‹ L'Art d'accorder soi-mème son pianoChapitre 56 sur 98 · ARTICLE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE SEIZIÈME

Pianos de formes différentes et de dispositions particulières. Manière de les accorder et d*y remettre les cordes.

Nous savons accorder les pianos ordinaires et y remettre des cordes, nous allons, dans cet article, nous occuper de ceux dont la forme et la disposition particulières pourraient embarrasser les amateurs et les accordeurs de province. Ce sont : les pianos transpositeurs, les pianos à queue, les pianos droits à cordes obliques, les pianinos, les pianos à cordes verticales, les pianos à mécanisme en dessus, les pianos à vis de pression, les pianos à sommier prolongé, dont les groupes de chevilles sont placés deux à deux sur la même ligne oblique, les pianos à sommier ordinaire, dont les groupes de chevilles suivent une marche irrégulière, et les pianos à quatre cordes.

Pianos transpositeurs.

On nomme piano transpositeur celui qui a la faculté de monter ou de descendre d'un ou de plusieurs demi-tons.

Toutes les personnes qui s'occupent sérieusement de musique savent que la transposition à première vue exige beaucoup de travail et d'habitude, et qu'elle présente toujours une difficulté si la musique est quelque peu chargée de modulations. Il est même des cas où cette difficulté devient non pas

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insurmontable, mais extrêmement grande : par exemple lorsqu'en improvisant un accompagnement de piano sur la partition d'orchestre il s'agit encore de transposer : dans cette circonstance, cette opération se complique singulièrement, et devient un travail des plus épineux . Un piano muni d'un mécanisme transpositeur est donc d'une utilité réelle, puisque, par une opération fort simple, il permet de baisser ou de hausser à volonté le ton du piano.

Les amateurs qui se livrent à l'étude du chant, et qui n'ont pas ordinairement l'habitude de lire toutes les clefs, doivent comprendre combien un tel instrument peut leur être utile. En effet, une des difficultés que la plupart d'entre eux éprouvent, difficulté qui bien souvent les arrête, est de transposer leurs exercices de chant dans différents tons : avec un piano transpositeur ils n'éprouvent plus d'embarras, et ne perdent plus de temps à étudier un accompagnement dans un ton autre que celui où il est écrit.

Plusieurs systèmes de transposition ont été proposés ; les deux qui sont les plus connus sont : celui de M. RoUer et le mien. Le premier est à peu près abandonné , à cause des dérangements fréquents qu'il occasionnait à l'instrument; le second, qui obvie aux inconvénients du premier, reste dans la facture et s'exécute journellement dans ma fabrique. Dans les pianos transpositeurs de M. RoUer, les marteaux offraient la faculté de frapper les cordes de leur demi-ton voisin, soit en montant, soit en descendant, au moyen du mouvement latéral du clavier avec la mécanique à droite ou à gauche, de sorte que le diapason se trouvait haussé d'un demiton par le premier de ces mouvements, et baissé de la même quantité par le second. Il résultait de la mobilité de cette mécanique de fréquents dérangements dans l'instrument : les marteaux et les étouffoirs venant se placer en face d'autres cordes

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que celles qui leur étaient affectées àl'état normal, déterminaient des emprunts aux marteaux et étaient de la précision aux étouffoirs ; et ces dérangements ont fait naître des préjugés contre tous les systèmes de pianos transpositeurs. On déplaçait le clavier et la mécanique de ces pianos en introduisant dans un trou pratiqué sur le devant de l'instrument une clef particulière, qu'on tournait à droite pour le monter et à gauche pour le descendre, jusqu'à ce qu'on entendît un tac semblable à celui que produit le pêne d'une serrure, ce qui avertissait que le clavier était arrivé à sa nouvelle position ; pour le remettre dans sa position première on imprimait à la clef le mouvement contraire^ qui faisait le même bruit lorsque le clavier y était revenu. Pour accorder ces instruments il fallait placer le clavier dans sa position naturelle et procéder ensuite comme dans les pianos ordinaires ; seulement, après avoir accordé la dernière touche des dessus, on reculait le clavier vers la droite pour accorder les cordes supplémentaires destinées à produire le nouveau la naturel rendu par la même touche que le précédent, mais plus haut d'un demi-ton; ensuite, on replaçait le clavier, on accordait la basse, puis on le reculait d'un demi-ton vers la gauche : on accordait alors les cordes supplémentaires produisante nouveau la plus bas d'un demi-ton que le la grave ordinaire; après quoi, on mettait le clavier à sa place. Dans ces pianos, les cordes se remettaient comme dans les pianos ordinaires. Mon système est tout différent, plus simple, et n'est sujet à aucun dérangement; il consiste dans le seul déplacement du clavier. Il est fondé sur le principe que les mêmes cordes doivent être frappées par les mêmes marteaux. Le châssis de la mécanique proprement dit demeure fixe et arrêté dans la caisse, comme dans un piano ordinaire. Le soulèvement simultané de toutes les bascules et des prolongements d'échappement, au moyen d'une barre transversale additionnelle, suffit

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pour éloigner momentanément du clavier toutes les parties du mécanisme, en même temps que le clavier, à l'aide d'un leyier et d'un indicateur, est susceptible de recevoir un mouvement de translation latéral équivalant à une ou à plusieurs largeurs de touche, ce qui produit l'élévation ou l'abaissement d'autant de demi-tons. Loin de nuire à la solidité de l'instrument, ce mécanisme peut, au contraire, en prolonger la durée. Ce piano s'accorde comme les pianos ordinaires; seulement, pour accorder les notes supplémentaires dans la basse et dans les dessus il faut faire glisser le clavier à gauche ou à droite, suivant le besoin, au moyen d'un levier terminé par un bouton placé sous le parquet du clavier (fig. 45, L). Mais avant d'opérer ce déplacement il faut préparer la place au clavier en faisant glisser un petit bouton, M, situé sur la droite de ce clavier pour les dessus et un autre, N, sur la gauche pour la basse (même fig. 45). Le bouton indicateur porte une petite barre qui, correspondant à une barre semblable placée sur la joue du clavier, indique que le piano est au ton naturel. Si l'on fait glisser l'indicateur de gauche N de manière à ce que cette même marque soit en face d'un point, on baissera le piano d'un demi-ton à l'aide du levier L, comme on l'a indiqué plus haut ; si on le fait glisser de deux points, on le baissera de deux demi-tons, et en face de trois points de trois demi-tons, à l'aide toujours du même levier. Si l'on effectuait ces opérations successivement par demi-ton et si l'on éprouvait quelque difficulté à faire glisser le régulateur, cela viendrait de ce qu'il serait trop pressé intérieurement par le clavier, et il faudrait alors repousser tant soit peu celui-ci vers la droite, par le levier qui sert à le faire mouvoir. Lorsqu'on veut remettre le piano au ton naturel^ il faut faire l'opération inverse, c'est-àdire reculer le clavier d'un ou de plusieurs demi-tons à l'aide du levier L, puis faire glisser le régulateur N en avant, afin que

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les deux marques semblables se trouvent l'une en face de l'autre, comme elles étaient primitivement. Pour faire transposer dans les dessus, on opère d'une manière analogue, c'est-àdire que l'on fait glisser le régulateur de droite M jusqu'en face d'un point, etque l'on pousse le clavier vers la droite à l'aide du levier situé sous le parquet du clavier. Lorsqu'au contraire on remet le piano au ton naturel, on fait l'opération inverse. Souvent les points et les petites barres situés sur la gauche du clavier dont on a parlé plus haut, et qui indiquent les demitons, sont accompagnés d'une des lettres «, ^ #, ^, / ff, etc., pour indiquer, en descendant successivement, /«, sol #, sol naturel^ fa #, et les points semblables qui sont placés sur la droite pour indiquer les demi-tons en montant^ sont accompagnés des lettres «, a jf[, désignant /«, /«#, etc. Alors, sur la touche produisant le la du diapason se trouve gravée la lettre «, et sur la barre qui règne au-dessus des touches blanches derrière les dièses, on verra également répétées les lettres qu'on vient d'indiquer, c'est-à-dire «, g Pf, g, / j:|, etc., en descendant, et « j:f, etc., en montant; de sorte que la lettre a gravée sur la touche pourra, par le déplacement du clavier, se trouver placée successivement en face de chaque lettre gravée sur la barre , et indiquera alors au premier coup d'œil à quel ton le piano est transposé [voyezlB, fig. 45, qui représente en petit le clavier d'un piano transpositeur avec ces indications) . Cette transposition n'est sujette à aucun dérangement : seulement, il faut éviter qu'il ne se trouve des touches appuyées pendant qu'on opère le déplacement du clavier, car ces touches appuyées pourraient rester baissées, et l'on serait obligé d'ouvrir le piano pour les faire relever par l'intérieur. Les professeurs de chant apprécieront tous les avantages de cette invention : elle leur donne la possibilité de prendre à leur gré le diapason le plus favorable aux différentes voix

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