‹ L'Art d'accorder soi-mème son pianoChapitre 6 sur 98 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

1808, une lettre de 20 pages in-8'' sur une nouvelle manière d'accorder les forté-pianos.

Cette lettre contient en effet une partition formée de douze quartes justes, au moyen de laquelle l'auteur dit pouvoir diviser l'octave en douze demi-tons égaux, sans avoir besoin de faire usage du tempérament. On y trouve ce singulier principe, que si l'on accorde rigoureusement juste l'octave ascendante ut ut et la quinte ut sol, la quarte sol ut, qui résulte de la comparaison du son aigu de la quinte et de l'octave, sera un peu faible, au lieu d'être rigoureusement juste, comme on l'a toujours enseigné, et qu'il faudra alors pour ajuster cette quarte baisser un peu le sol^ ce qui revient à tempérer la quinte ut sol. J'avoue que le principe de cette partition excita singulièrement ma curiosité ; étant parvenu à me procurer cet ouvrage, je répétai scrupuleusement, et à différentes reprises, l'expérience de la quarte faible et la partition de l'auteur, et j'acquis de nouveau la certitude, que j'avais déjà, qu'il était complètement dans l'erreur. Si l'on accorde juste l'octave ut ut et la quinte ut sol, la quarte sol ut se trouve rigoureusement juste, et cette quarte devient forte ou faible selon qu'on diminue ou qu'on augmente la quinte. Je me suis convaincu de même que si l'on fait une succession de douze quartes rigoureusement justes, non-seulement on n'obtient pas un tempérament supportable, mais qu'on arrive au mauvais résultat que produit la succession de douze quintes justes ; voilà ce qui explique pour quelle raison cette partition n'a point été approuvée, comme s'en plaint l'auteur dans ses Considérations sur les divers systèmes de la musique ancienne

INTRODUCTION. xi

et moderne, et pourquoi, dans cet ouvrage, son dépit le pousse à critiquer si amèrement les oreilles des savants et à les accuser d'être plus aptes aux leçons de l'abbé Sicard qu'à faire des expériences de monocorde ' .

Blanchet père, facteur de pianos à Paris, publia, peu de temps après, une petite brochure in-8° de 13 pages, dont la plus grande partie est employée à des réflexions et à des généralités obscures sur le tempérament, duquel l'auteur parle sans expliquer en quoi il consiste. La partition y est composée d'un mélange de quintes descendantes et ascendantes , et ne renferme presque pas de preuves, ce qui la rend difficile à exécuter. A en juger par l'altération indiquée à chaque quinte, l'auteur paraît vouloir suivre le tempérament moyen, qui divise l'octave en douze demi-tons égaux ; et sur ce point on ne peut que l'approuver, car ce tempérament est le meilleur que l'on puisse employer maintenant.

Vers la même époque, Tournatoris, facteur d'instruments, fit paraître sur l'accord du piano un petit poëme de 10 pages in-8*'.

Cet opuscule est assez bien versifié pour un sujet aussi ingrat ; les principes qu'il renferme sont en général exacts, mais incomplets et parfois obscurs, à cause des inversions. Sa lecture ne peut être considérée que comme propre à satisfaire la curiosité, et non comme une étude sérieuse pour apprendre à accorder.

Godin donna une méthode qui ne contient guère qu'une partition expliquée extraite des ouvrages de Martini. Les

' Tome II, page 162.

Page 1