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PIANOS A VIS DE PRESSION

Dans les pianos droits, les vis de pression sont disposées les unes à côté des autres, comme dans les pianos à queue ; seulement elles sont situées perpendiculairement sur la partie supérieure de l'instrument, et les chevilles ordinaires de l'autre extrémité de la corde sont placées sur le sommier des pointes d'attache, c'est-à-dire sur la droite de l'instrument ainsi qu'à sa partie inférieure.

Dans les pianos carrés, les vis de pression se trouvent situées le long du derrière de l'instrument, à la place où l'on met les chevilles des pianos à sommier prolongé ; elles sont horizontales et rangées trois par trois \ Les chevilles ordinaires sont sur la droite de l'instrument, comme d'habitude.

Ce genre de piano s'accorde avec un coin; on tourne les vis de pression ( comme je l'ai déjà dit) très-facilement avec une petite clef semblable à celle qui sert à fermer le piano et qui pour les pianos carrés a à peu près trente centimètres de longueur. Ces vis n'agissent que très-peu sur la corde ; car il faut vingt ou trente tours pour produire l'effet d'un tour de cheville ordinaire, ce qui entraîne des longueurs dans l'opération de l'accord, et oblige en outre de ne s'en servir que pour accorder le piano sans le faire changer bien sensiblement de ton.

Lorsqu'on veut le monter ou le descendre considérablement, on fait usage des chevilles ordinaires, placées à cet effet à l'autre extrémité de la corde : alors on accorde le piano comme d'habitude ; seulement dans les pianos droits et

' Ici les vis de pression n'agissent point sur un levier pareil à celui des deux autres espèces de pianos ; elles se vissent dans un petit support perpendiculaire en présence d'une espèce de cheville ordinaire, qui, au lieu de tourner sur elle-même, a la facilité de se mouvoir en avant et en arrière, et ces vis agissent sur la corde en poussant cette cheville.

à queue la position des chevilles par rapport au clavier rend l'opération difficile. Pour bien faire, il faut être deux pour accorder, l'un pour frapper le clavier et l'autre pour tourner les chevilles, à moins qu'on n'accorde en pinçant les cordes avec les doigts, ce qui n'est pas praticable pour tout le monde.

Les pianos à queue dont les cordes sont sous la table d'harmonie s'accordent en faisant mouvoir le clavier, parce qu'on ne peut pas se servir du coin.

Les pianos à vis de pression ne présentent aucune difficulté pour remettre des cordes ; on les monte au ton au moyen des chevilles ordinaires, le mouvement du levier de vis de pression étant trop peu considérable pour allonger suffisamment la corde; seulement, pour les remettre lorsqu'elles sont situées sous la table d'harmonie, on est obligé de lever le corps de l'instrument, qui est à charnières d'un côté et qu'on appuie sur un fort bâton de la même manière que les couvercles des pianos à queue. Dans cette position, les cordes étant à découvert, on remet celles qui sont cassées et on les monte au ton en les pinçant ; puis on ôte le bâton et on baisse le corps de l'instrument, en ayant constamment la précaution de ne point toucher au clavier pendant cette opération, car on risquerait de faire tomber les échappements et même de casser des marteaux en remettant l'instrument en place.

Je ne cite également ici la manière d'accorder ces pianos que pour ceux qu'on rencontre dans le monde; car je ne pense pas qu'on en construise encore.

J'ai fait aussi des pianos à queue à table renversée avec les cordes sous la table d'harmonie ; les chevilles , faites comme d'ordinaire, étaient placées dans ces pianos devant le sommier, sur une pente, pour diminuer l'angle de la corde et

faciliter son glissement. Pour accorder ces pianos on n'avait qu'à enlever le cylindre , et en se servant d'une clé courbe on tournait les chevilles avec facilité. On pouvait aussi accorder ces pianos avec la pédale de reculement pour une, pour deux et trois cordes successivement; ou bien j'avais placé une série de coins, un pour chaque note, qui, passant à travers la table d'harmonie , se tiraient par-dessus l'instrument. Chaque coin avait la faculté d'étouffer à volonté une ou deux cordes en le tirant plus ou moins de bas en haut : on pouvait donc les accorder avec autant de facilité que les pianos à queue ordinaires. Pour remettre les cordes, rien de plus aisé : le corps de l'instrument était à bascule dans le sens de sa longueur; deux pivots étaient placés l'un à droite , l'autre à gauche , au point où la queue de l'instrument s'équilibrait, pour le poids, avec l'autre partie , de manière que l'on pouvait sans effort lever l'instrument par-devant en faisant baisser la queue vers le parquet ; on tenait le corps de l'instrument dans cette position avec son bâton à charnière, qui formait arc-boutant , et l'on n'avait alors aucune difficulté à remettre les cordes. Cellesci remises et montées au ton en les pinçant, on rebaissait le corps de l'instrument, qu'on assujettissait dans la caisse avec des écrous à oreilles qui étaient faciles à tourner et à détourner, et le piano ainsi fixé présentait une grande solidité. L'avantage de cet instrument, c'était que le marteau poussant la corde contre la table d'harmonie comme dans les pianos droits, le son était entendu beaucoup plus fort par-dessus que pardessous, contrairement à ce qui arrive dans les pianos à queue ordinaires. Malgré les avantages de ce système, j'ai été obligé de renoncer à la construction de ce piano , par suite de la guerre que lui avaient déclarée des accordeurs inhabiles et un célèbre facteur rapporteur , qui n'est plus et auquel il faisait peut-être ombrage.

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