PRÉCAUTIONS A PRENDRE POUR CONSERVER UN PIANO
Autant que possible, on doit laisser reposer cinq ou six heures avant d'y toucher un piano qui vient d'être accordé, afin que les cordes aient le temps de se fixer, de se happer contre les pointes du chevalet et du sillet, et qu'elles résistent davantage à l'ébranlement causé par le coup du marteau.
En général , on ne frappera pas trop fort sur le clavier, surtout immédiatement après que le piano aura été accordé. On remettra les cordes au fur et à mesure qu'elles casseront; car lorsqu'une corde casse, les autres du même unisson restant seules pour soutenir l'effort du coup de marteau ne tardent pas à se casser aussi ; et d'ailleurs le feutre des marteaux se coupe et se dégrade lorsqu'il ne frappe point d'aplomb sur toutes ses cordes.
Pour conserver l'égalité d'un bon piano, on évitera de toujours étudier sur les mêmes touches les cadences, les exercices à cinq notes et autres traits élémentaires que les commençants sont obligés de répéter un grand nombre de fois ; car il arrive souvent que le médium d'un clavier, où l'on fait habituellement ces exercices , est très-fatigué quand les deux extrémités sont encore dans leur état primitif. Il est donc infiniment préférable, pour la conservation de l'instrument, de changer d'octaves, afin de travailler également les différentes parties du clavier. Mais ce qui vaudrait mieux, ce serait d'avoir un mauvais piano pour faire les premières études, ou de faire usage d'un petit clavier muet.
On époussètera soigneusement l'intérieur avec un soufflet et un plumeau, en faisant la plus grande attention de ne rien froisser ni accrocher.
On aura la précaution de ne laisser tomber sur la table d'harmonie ni crayon , ni épingle, ni bouton , comme il arrive souvent, ni autres corps étrangers susceptibles d'occasionner
des grincements et des frisements qui gênent considérablement l'oreille et dont on a beaucoup de peine quelquefois à trouver la cause.
Quand on a fini de jouer, il faut essuyer le clavier pour ôter l'humidité des doigts.
Il faut toujours tenir le piano fermé, afin de soustraire l'intérieur à une partie de l'influence atmosphérique. On aura aussi l'attention de ne point poser d'épingles sur le couvercle des pianos fermés, car il arrive fréquemment qu'on oublie de les ôter, et qu'ouvrant le piano elles se trouvent pincées entre les deux parties du couvercle, dans lesquelles les têtes s'impriment et font à la fois chacune deux trous ; on voit souvent les plus beaux pianos gâtés par une infinité de petits trous qui proviennent de ce manque de précaution.
En changeant les pianos de place, on évitera les secousses violentes. Le transport de ces instruments doit se faire à bras ou dans des voitures bien suspendues, lorsqu'ils ne sont point emballés.
Les personnes de la province qui ont des pianos à faire transporter ne seront point fâchées de trouver ici de quelle manière on doit les emballer; car on ne rencontre que rarement dans les provinces des emballeurs qui aient l'habitude de le faire.
Maîiièi'e d'emballer un 'piano. — Piano carré.
Le piano étant sur ses pieds, on l'ouvre; on place des bandes de papier sur les bords de la caisse, tout autour où porte le couvercle quand il est fermé ; on assujettit la fausse table, dans toute sa largeur, au-dessus des tasseaux qui la supportent, en
plaçant des bandes de papier doubles assez épaisses pour que le couvercle force un peu dessus.
On ferme le piano ; ensuite on couvre le dessus et le tour avec de grandes feuilles de papier Joseph placées à côté les unes des autres ; puis on le recouvre avec du papier goudron d'une seule pièce, qu'on pose sur le piano en en laissant pendre les quatre côtés, et qu'on replie sur ses angles de manière à ce qu'il fasse une chemise qui ait tout à fait la formé de l'instrument ; on l'y assujettit avec une grande ficelle qui fait le tour des quatre côtés ; on en met deux autres dans la largeur, qui croisent la première, en ayant la précaution de placer des morceaux de papier plies en plusieurs doubles sur tous les angles du piano où portent les ficelles ; on place dans la caisse destinée à recevoir le piano un lit de foin très-épais, après c[uoi on renverse l'instrument sens dessus dessous, en le couchant ainsi sur du foin dans cette caisse, qui doit être assez grande pour laisser environ 3 ou 4 centimètres d'espace tout autour du piano ; on en démonte les pieds ^ , puis on remplit cet espace avec de la paille ou du foin, qu'on tasse dedans , et avec toute la force possible, aux quatre coins de l'instrument, afin qu'il ne puisse faire aucun mouvement.
Pour tasser la paille dans les coins, les emballeurs se servent d'une planche d'environ IS millimètres d'épaisseur , de 6 à 7 centimètres de large et d'environ 60 centimètres de long, qu'ils nomment hourroir^ parce qu'elle sert à bourrer. Ensuite on assujettit encore le piano au moyen de deux barres d'environ 5 centimètres d'épaisseur et d'une largeur à peu près semblable, qu'on place sur le fond, dans la largeur de la caisse, vers
' Quand les pieds sont en X , les volutes de ces X gênent quelquefois pour entrer le piano dans la caisse; dans ce cas, après avoir démonté les Xà l'avance, on les remplacera par de faux pieds ou des chevilles à vis, afin d'avoir de la prise pour le mettre sens dessus dessous dans la caisse.
les deux extrémités, et qui se clouent par dehors à cette caisse d'emballage. On rabat tout autour la paille sur le fond de l'instrument, on en met de nouvelle, de manière à en faire un lit épais; on enveloppe les accessoires, lyre, estrade^ colonnes ou X, avec du papier qu'on ficelle ; on place ces différentes parties sur le lit de paille, de manière à ce que les mouvements des pédales ne soient point touchés. Pour empêcher ces accessoires de vaciller, on place sur eux, entravers de la caisse, une barre qu'on cloue comme les deux précédentes, et l'on met sur le tout suffisamment de paille pour que le couvercle qui ferme la caisse puisse forcer un peu sur le contenu. On cloue ce couvercle tout autour, à des distances assez rapprochées.
Ce genre de piano doit toujours voyager sur champ, de manière à ce que le derrière de l'instrument soit dessous et la porte, c'est-à-dire l'ouverture, dessus; on marque sur la caisse d'emballage le côté de la porte par deux grands zéros noirs, qui par conséquent seront toujours placés sur la partie supérieure du colis lorsqu'il sera chargé, et on écrit fragile du côté du couvercle, pour indiquer qu'on doit faire attention de ce côté en billant ce colis avec d'autres dans le chargement ; de l'autre côté, on écrit : jnano^ bas à la partie inférieure, et haut à la partie supérieure , de crainte d'erreur en le chargeant, ainsi que la marque d'usage pour reconnaître les colis dans les roulages et gares.
Quand on déballera l'instrument, il faudra déclouer avec précaution le couvercle de la caisse et un de ses côtés , ainsi que les barres qui assujettissent l'instrument, en ayant le plus grand soin qu'il ne reste point de clous qui dépassent en dedans de la caisse ; ensuite on enlèvera le piano avec attention et de manière à ce qu'il ne frotte contre rien. On le posera sur champ sur deux chaises, la porte étant
toujours en haut. On montera les accessoires, et on renversera le piano sur ses pieds.
Piano à queue.
L'emballage du piano à queue se fait d'une manière analogue à celui que l'on vient de décrire pour le piano carré, en ayant la précaution de le faire marcher également sur champ, c'est-à-dire sur le grand côté de derrière, et en n'oubliant pas de marquer haut et bas, afin qu'on ne le charge pas à plat. Le déballage s'opérera aussi de la même manière que pour le piano carré.
Piano droit.
L'emballage du piano droit se fait encore d'une manière analogue à celui du piano carré , mais avec la différence qu'il doit voyager debout, tel qu'il est placé quand on le joue. On mettra d'abord du papier de soie sur le champ, au pourtour de la caisse, sous le couvercle d'en haut et sur le clavier, après quoi on fermera le piano à clef en haut et en bas. On le couvrira du même papier fin, puis on mettra par-dessus du papier goudron que l'on fera descendre jusqu'en bas, et qu'on assujettira bien partout avec de la ficelle placée en différents sens, en ayant toujours la précaution, comme on l'a dit plus haut , de placer des morceaux de papier plies en plusieurs doubles dessous la ficelle, aux angles où elle porte ; après quoi on penchera l'instrument un peu en avant, c'est-à-dire du côté du clavier; on introduira un côté de la caisse d'emballage pardessous, puis on redressera le piano, et on l'enfoncera comme
dans une niche, jusqu'à ce qu'il touche des barres garnies avec plusieurs épaisseurs de papier double ou du molleton, qu'on aura assujetties préalablement contre le fond de la caisse, en dedans, en haut et en bas, et de manière à ce que ces barres ne touchent pas la soierie qui garnit le derrière de l'instrument; ensuite on renversera la caisse sur le derrière de manière à ce que le piano soit à plat et porte bien sur ces deux barres. Ceci fait, on bourrera bien avec des tampons, de paille ou de foin, sur le couvercle vers ses deux extrémités, et surtout dans sa seconde moitié qui avoisine le fond de la caisse. L'on bourrera de même, sur les deux côtés de l'instrument, en haut à une certaine distance de la moulure du couvercle, et en bas au niveau des patins ; puis on mettra une barre entortillée de paille qui portera fortement sur le bout des patins, laquelle barre sera clouée à ses deux bouts par le dehors de la caisse. Une barre semblable sera mise également en travers sur le champ du plateau du clavier, parallèlement à la première, et clouée aussi par le dehors de la caisse ; après quoi on mettra de la paille, et l'on clouera le couvercle de manière à l'appuyer sur les barres que l'on vient de mentionner en y interposant de la paille, si cela est nécessaire. On relèvera le piano debout, on marquera le haut et le bas, en inscrivant piano el fragile^ ainsi que les marques d'usage pour reconnaître les colis. Le déballage des pianos droits s'opérera sans difficulté et sans qu'il soit nécessaire de le décrire. Quelquefois, au lieu de clouer les barres et le couvercle, on les visse pour déballer plus facilement et ne pas briser la caisse, lorsqu'on veut s'en servir à nouveau. Certains emballeurs, au lieu de tampons de paille, emploient des tampons en bois garnis de plusieurs épaisseurs de molletons, de drap ou de peau, rembourrés avec des étoupes; mais cet emballage, quoique très-bon également, est plus difficile à faire, à cause de l'ajustage qu'il exige. Lorsqu'on veut
envoyer des pianos outre mer, il est indispensable de mettre dans la caisse en bois une caisse en fer-blanc ou en zinc qu'on soude hermétiquement, après avoir bien assujetti le piano dans cette seconde caisse, pour empêcher l'humidité de passer et soustraire l'instrument à l'action de la mer. Quand les trajets sont courts, au lieu de métal à l'intérieur, on se contente quelquefois d'envelopper la caisse en bois avec une toile grasse goudronnée, qu'on applique à chaud; alors on est obligé de mettre la caisse en ballot, c'est-à-dire de la couvrir partout d'une certaine épaisseur de paille enveloppée par une forte toile d'emballage bien tendue et cousue tout autour avec de la ficelle, comme les ballots ordinaires. On lie le tout avec des cordes en croix ou placées aux deux extrémités, suivant la forme du ballot, et qu'on serre avec toute la force possible. Quelquefois on met les emballages ordinaires en bois sans toile grasse en ballot, pour amortir les chocs dans les déchargements et les voyages, et souvent cette précaution tourne contre le but qu'on s'est proposé, les déchargeurs prenant dans ce cas moins de soins que lorsque la caisse est simplement en bois. Lorsque les pianos seront mis en ballot, on reproduira sur la toile extérieurement les marques et les indications qu'on aura marquées sur le bois avant de l'envelopper.