ARTICLE VINGTIÈME
Moyen de réparer les principaux dérangpements qui peuTeut survenir dans le mécanisme du piano lorsqu'on est privé d'un ouvrier facteur.
Toutes les personnes de la province avec lesquelles j'ai été en relation m'ont engagé à traiter dans cet ouvrage , comme extrêmement utile , la manière de faire réparer par un ouvrier intelligent les principaux dérangements que peut éprouver le mécanisme d'un piano.
Chacun sait qu'en province on est quelquefois obligé de rester toute une saison sans jouer du piano, faute de pouvoir se procurer un ouvrier facteur pour remettre un ressoi-t d'échappement^ desserrer un marteau qui reste en Vair^ donner un peu de jeu aux touches qui ne relèvent pas^ et autres choses pareilles, qui n'exigent que peu de temps et de travail pour les personnes de l'art, mais qui paraissent être la pierre philosophale à celles qui ne sont point initiées au mécanisme de ce bel instrument.
J'ai cru devoir me rendre d'autant plus volontiers à cette invitation que j'ai disposé la matière de manière à être utile à un grand nombre de musiciens, qui se font accordeurs, et à de jeunes accordeurs, qui y trouveront réunis et coordonnés les moyens de remédier aux accidents qu'ils rencontrent fré-
quemment dans l'exercice de leur profession, service dont ils me sauront peut-être quelque gré, car l'esprit de métier pousse souvent les anciens à en faire un mystère.
Je diviserai cet article en quatre parties ; la première traitera des anciens pianos à pilotes, la seconde des pianos carrés à échappement, la troisième des pianos à queue, et la quatrième des pianos droits.
Pour la plupart des réparations, il est nécessaire de savoir retirer le clavier de sa place, et c'est par cette étude que nous allons commencer.
Manière de retirer le clavier.
D'abord on ouvrira le couvercle du piano, que l'on appuiera sur ses supports; on ôtera la fausse table d'harmonie, on lèvera les étouffoirs, comme si l'on voulait remettre des cordes. On retirera la barre d'inscription qui orne le clavier, en l'enlevant perpendiculairement et fortement avec les deux mains pour la sortir des rainures dans lesquelles elle est engagée à ses deux extrémités ; ensuite , on ôtera les touches si do de la première octave dans la basse, si do du médium, c'est-à-dire delà troisième octave, et si do des dessus ou de la cinquième octave , pour mettre à découvert six vis qui généralement sont placées deux à deux sous ces touches pour fixer le clavier (fig. 46, A, B, C) . On les dévissera, ainsi que l'auberonnière o, petit piton qui entre dans la serrure (fig. 46) ; ensuite on prendra le clavier
par le châssis avec le pouce et l'index de chaque main, aux places A, C, que laissent vides les si do, si do qu'on a retirés dans la basse et dans les dessus. On élèvera le clavier de quelques lignes avec force pour le dégager d'une espèce de retraite ou de renfoncement de la caisse , puis en même temps on le tirera à soi pour le sortir de sa place , en ayant la grande précaution de ne point appuyer sur les touches, car on courrait risque de casser les marteaux que ces touches tiendraient levés. Auparavant on s'assurera qu'ils sont bien tous baissés, en les regardant à travers les cordes à la place des étoulfoirs. Le clavier à moitié sorti, on le reprendra par les côtés, afin que lorsqu'il cessera d'être appuyé sur la caisse on puisse le soutenir pour le porter sur une petite table disposée à l'avance pour le recevoir '.
Lorsque ces anciens pianos ont une pédale céleste, qui, comme on doit se le rappeler, est une barre de bois mince garnie de petites languettes de peau moelleuse situées au-dessus des marteaux, cette pédale tient au clavier; on est alors obligé, pour retirer le clavier, de tenir le pied appuyé surlamarchede la pédale afin de faire décrocher un mouvement intérieur qui empêcherait complètement de le sortir. Mais pour les personnes qui n'ont pas l'habitude de sortir et d'entrer les claviers, il serait mieux de dévisser ce mouvement par le dessous de la caisse, afin qu'elles fussent plus à leur aise, en mettant par ce moyen le piano dans la condition de ceux qui n'ont pas cette pédale.
Lorsque le piano sera à cinq octaves et demie ou à six octaves, les deux vis d'en haut et quelquefois les deux du milieu,
' On ne sera point étonné d'éprouver quelquefois beaucoup de résistance pour retirer le clavier quand le piano aura été exposé ;l l'humidité ou que la caisse aura cédé au tirage des cordes. Dans ce cas, il faudra, avant de le rentrer, le frotter sur les côtés et par dessous avec du savon bien sec.
au lieu de se trouver au-dessous de si do, se trouveront audessous de mi fa, voisin en montant; quelquefois même une vis isolée sera placée sur le côté du châssis, sous les touches delà demi-octave, qu'il faudra toutes enlever pour l'apercevoir.
Dans ces pianos à cinq octaves et demie, ainsi que dans beaucoup d'anciens pianos à six octaves, souvent les marteaux des dessus ne sont point fixés comme les autres après le clavier ; ils tiennent à une mécanique particulière, nommée hoîte, et qui se retire par une ouverture pratiquée derrière le piano, quoique les touches de ces marteaux tiennent au grand clavier, que l'on retire par devant.
Pour retirer cette boîte, il faut, après avoir éloigné l'instrument du mur, dévisser quatre vis destinées à fixer une petite planche carrée qui ferme cette ouverture afm de cacher la mécanique ; ensuite on dévissera également deux vis situées aux extrémités de la barre de ces petits marteaux, et on retirera cette mécanique sans difficulté, en ayant toutefois le plus grand soin de ne point lever les marteaux, car on les casserait certainement.
Dans les pianos à cinq octaves qui ont été remis à six, on trouvera souvent que les touches de la sixième octave tiennent à un petit clavier particulier qui se retire par devant après avoir ôté le clavier primitif de cinq octaves. Pour sortir ce petit clavier additionnel, il faudra dévisser les vis qui lui sont propres, et les chercher sous ces touches, car ordinairement elles n'ont point de place fixe.
Maintenant que tous les cas qui pourraient embarrasser pour retirer la mécanique d'un ancien piano ont été prévus, nous allons parler des réparations principales, en commençant par les plus importantes, par celles qui remédient aux accidents qui empêchent une note de résonner.
Une note ne parie point quand son marteau est cassé ou simplement gêné dans son mouvement, quand la touche ne
relève pas, ou lorsque le pilote de cette touche est trop bas pour lancer le marteau jusqu'à la corde. Ces trois cas vont former la matière de trois paragraphes.
Raccommodage d'un marteau et d'un faux marteau.
Les accidents qui arrivent ordinairement dans les anciens marteaux peuvent se rapporter à six, savoir : 1° Ils se cassent dans leur charnière (voy. fig. 47, C), 2° dans leur mortaise (iîg. 48, MM) ; 3° ils s'arrêtent dans leur pointe (fig. 1 1 et 12, P); 4" ils empruntent sur des cordes voisines des leurs ; 5° ils s'arrêtent contre le sommier dans les dessus ; et 6" enfin leurs têtes se décollent.
r Lorsqu'on raccommode la charnière d'un marteau, il faut retirer le clavier de sa place, dévisser la partie supérieure de la barre des marteaux, qui est une règle de bois mince, fixée sur la partie inférieure par huit ou dix petites vis WV, etc. (voy. fig. 49). Pour enlever cette partie de la barre des marteaux, il faudra aussi dévisser la pédale céleste lorsqu'il y en aura une (même fig. 49, PP), en ôtant les visvvvvv qui assujettissent ces branches ; après on ôtera le morceau de peau qui servait de charnière au marteau et qui alors se trouve à découvert ; on nettoyera sa place avec un couteau ou un ciseau ordinaire de menuisier; ensuite on prendra le marteau, et l'on décollera le talon , morceau de bois rapporté par dessous et destiné à pincer le morceau de peau blanche qui forme cette charnière. On décollera ce talon en introduisant une lame mince de couteau entre lui et le manche du marteau contre lequel il ,est rap^ porté (voy. fig. SO, T). Pour faciliter le décollage, et par là em.pêcher le bois d'éclater, on fera bien d'appliquer un fer chaud (fig. 67) de chaque côté du talon, ou de le tremper un
instant dans de l'eau bien bouillante ' . Le talon étant séparé du marteau, on ôtera le petit morceau de peau qui reste et on grattera la colle des deux parties décollées ; on coupera un morceau de peau semblable à celui qui y était, c'est-à-dire de la largeur du talon et d'environ deux ou trois centimètres de long. On collera l'extrémité de ce morceau de peau dans l'entaille que laisse vide au manche du marteau le petit morceau de peau qu'on vient de décoller. On collera le talon à saplace, et on entortillera le tout avec un morceau de fil {ûg. 51, F) jusqu'à ce que la colle soit sèche ; ensuite on ôtera le morceau de fil, on grattera la colle, on mettra le marteau en place, de manière à ce qu'il soit également éloigné de ses deux voisins ; on collera le morceau de peau sur la barre des marteaux, on mettra le clavier à sa place pour voir si le marteau ne touche bien que ses cordes, afin de pouvoir l'avancer ou le reculer, au besoin , avant que la colle que l'on vient de mettre sur la barre soit sèche. Lorsqu'il ne touchera bien que ses cordes, on retirera le clavier, on revissera la partie supérieure de la barre des marteaux, enlevée précédemment, ainsi que la pédale céleste, s'il y en aune. On rentrera le clavier, on le vissera en place et on remettra les touches qui ont été ôtées.
2° Pour raccommoder un marteau cassé dans sa mortaise (voy. fig. 48, MM), il faut retirer le clavier, dévisser la partie supérieiu^e de la barre des marteaux et décoller la charnière du marteau de dessus la barre, ensuite préparer deux petites éclisses en bois, aussi minces que du placage, auxquelles on donnera pour largeur l'épaisseur du manche du marteau ; après quoi on mettra de la colle bien chaude aux deux par-
' L'eau bouillante ne devra être employée qu'avec réserve lorsque le dessous du talon sera garni d'un morceau de peau destiné à empêcher le bruit du pilote ; car ce morceau de peau pourrait être décollé ou détérioré.
ties cassées, et on les joindra l'une contre l'autre , en ayant la précaution de bien arranger la peau qui garnit l'intérieur de la mortaise ; on collera de chaque côté du manche les deux petites éclisses, et l'on attachera le tout avec du fil (voy. fig. 52, EE); on laissera sécher le collage, on ôtera le fil , on grattera la colle , on mettra le marteau en place , on collera la charnière sur la barre ayec les précautions que l'on a vues précédemment, et l'on remettra le clavier en place. Quelquefois on sera dans la nécessité de faire un marteau neuf; pour cela, rien de difficile, lorsqu'on sait un peu travailler le bois. On choisira un morceau de bois de même nature que celui du manche du marteau , on le taillera exactement pareil, et l'on décollera la tête de l'ancien marteau pour la faire servir au nouveau, en ayant le soin de ne point enlever la peau , mais seulement de la décoller un peu par ses extrémités, afin de pouvoir détacher la tête; par ce moyen, le nouveau marteau produira la même qualité de son que l'ancien. Si l'on décollait tout-à-fait la peau, ou si l'on en mettait une nouvelle, on risquerait d'avoir un marteau qui rendît un son plus mou ou plus sec que ses voisins. Si cela arrivait, il faudrait décoller la peau d'un côté et la serrer plus fort si le son était trop mou, et, au contraire, la desserrer s'il se trouvait trop sec. Dans ce second cas, pour trouver l'égalité, on sera quelquefois obhgé de coller une peau fine par-dessus la première , pour donner au marteau un son plus mou et plus moelleux, ou bien de piquer la peau avec un peigne formé de quatre ou cinq aiguilles emmanchées (fig. S 3).
3° Si un marteau s'arrête dans sa pointe ou dans son guide (voy. fig. 10 et 11 , P), c'est-à-dire si en frottant contre l'un des côtés de sa mortaise elle l'empêche de retomber, on lèvera les étouffoirs et l'on passera à travers les cordes un petit tournevis pour repousser légèrement la pointe du côté opposé à celui où
l'on supposera qu'elle gêne le marteau. Si l'on ne réussit pas cette première fois à dégager le marteau, on le repoussera successivement de différents côtés, jusqu'à ce que le marteau retombe bien librement. Quelquefois, pour faire cette opération , on sera obligé d'ôter le clavier, la pédale céleste cachant les pointes.
4° Lorsqu'un marteau emprunte, c'est-à-dire lorsqu'on frappant ses cordes il en touche une voisine; par exemple si en frappant le do naturel il touche une corde du si naturel ou une du do dièse , il faut tenir le marteau appliqué contre les cordes, le lever en passant les doigts par-dessous la mécanique, ou le tirer en l'air par le manche avec le petit crochet fig. 54 , C, qu'on passe à travers les cordes , tracer avec un crayon ou une plume l'excédant du marteau sur ses cordes , retirer le clavier et couper cet excédant avec un marteau à rogner (fig. 55) ; ensuite remettre le clavier en place, et essayer si le marteau ne touche bien que ses cordes.
5** Lorsqu'un marteau s'arrête contre le sommier , il faut s'assurer s'il ne touche bien que ses cordes, ou s'il est trop en arrière; pour y porter remède, on retirera le clavier et l'on rognera légèrement le marteau par-derrière s'il ne touche juste que ses cordes; si , au contraire, il est trop en arrière, on décollera sa charnière de dessus la barre pour la recoller un peu plus en avant. Si plusieurs marteaux frottaient contre le sommier ou s'ils empruntaient par-derrière, on pourrait coller une ou deux épaisseurs de carte ou une épaisseur de placage derrière le châssis du clavier, pour le forcer de s'enfoncer un peu moins dans le piano et pour faire trouver les marteaux un peu plus sur le devant.
6** Lorsque la tête d'un marteau est décollée, il suffît pour la remettre de tirer le clavier, de gratter la colle des deux parties décollées, d'en remettre de nouvelle et d'appliquer sa
tête exactement à la même place qu'elle occupait, en l'attachant momentanément a^ec mie aiguillée de fil, pour donner le temps à la colle de prendre.
Ordinairement , le faux marteau ne se dérange que dans sa charnière, qui est faite avec du parchemin, et il se coupe facilement (fig. 36, C).
Pour renouveler cette charnière, on ôtera le clavier, on dévissera la partie de la barre sur laquelle elle est fixée, on prendra le faux marteau cassé, et l'on refendra avec une petite scie à main la place où l'on doit introduire le parchemin (fîg. 37); ensuite on prendra un morceau de parchemin d'environ un pouce carré , on introduira un peu de colle dans la fente du faux marteau, on y fera entrer le parchemin en le tirant par les deux côtés qui excèdent la largeur du faux marteau , après on coupera de largeur avec des ciseaux le parchemin, on remettra le faux marteau en place, on collera la charnière sur la barre, on revissera cette barre, et l'on rentrera le clavier.
Passons actuellement aux causes qui empêchent une toiH che de relever, lesquelles peuvent se rapporter à six.
Réparations des accidents qui empêchent une touche de relever.
Une touche ne relève point quand elle est gênée dans ses pointes ; quand le pilote d'étouffoir passe à côté de la touche , au lieu de porter dessus ; quand deux touches se frottent l'une contre l'autre, ou quand des ordures se sont glissées entre elles deux ; quand la mouche de drap du balancier sur laquelle la touche se meut est usée ou trop mince ; ou enfin quand son pilote de marteau frotte contre un de ses voisins.
r Lorsqu'on ■veut faire marcher une touche qui est gênée dans ses pointes , il faut examiner quelle est celle des deux pointes qui l'arrête; retirer cette touche de sa place, ce qui se fait facilement dans ce genre de piano ; changer un peu la direction de cette pointe, en la forçant avec des pinces plates ou en la frappant de côté , à diverses reprises , avec un marteau, jusqu'à ce qu'on lui ait trouvé une position qui ne gêne plus la touche. Si ce moyen ne réussissait pas, il faudrait, avec une petite lime mince et étroite ou une petite lime ronde, selon le besoin , limer légèrement dans l'intérieur des mortaises le côté où l'on présume que la pointe frotte ; dans ce cas, on agirait avec précaution, car si l'on élargissait trop la mortaise, la touche claquerait en jouant, ce qui est un trèsgrave inconvénient dans un clavier. Il faudra bien se garder de gratter dans ces mortaises avec un clou , un canif, ou un outil tranchant, comme cela arrive à quelques personnes, car on ne manquerait pas alors de gâter la touche sans remède.
2° Si la touche est gênée par le pilote d'étouffoir, qui passe à côté au lieu de porter sur le morceau de peau destiné à le recevoir, ce que l'on verra facilement, après avoir retiré la touche ,- à l'empreinte que fera l'extrémité du pilote au bord de la peau, au lieu de la faire au milieu, pour faire marcher la touche on décollera le morceau de peau^, et on le recollera ensuite, en le faisant déborder un peu la touche du côté où le pilote glissait, afin qu'il tombe sur cette peau au lieu de passer à côté.
3" Si une touche frottait contre sa voisine sur le devant du clavier, on l'en éloignerait en forçant un peu de côté la pointe qui la guide à cette extrémité ; si , au contraire , c'est au fond du piano que le frottement a lieu, on ôtera un peu de bois sur le côté de la touche avec un râcloir ou un rabot, ou bien on la courbera légèrement après l'avoir fait chauffer.
4" Lorsque des ordures se sont introduites entre deux touches et les gênent, pour faire jouer ces touches il suffit de les retirer, d'enlever le corps étranger et de les remettre en place.
5° Si la mouche de drap qui garnit la pointe du balancier d'une touche est mangée aux vers , usée , ou trop mince , cette touche ne se relève jamais au niveau des autres et souvent ne parle qu'avec peine. Dans ce cas, pour la faire aller il faudra simplement ôter la touche, remettre une mouche de drap plus forte ou une mince par-dessus celle qui y est déjà et rentrer la touche à sa place ; et si elle se trouve plus haute ou plus basse que ses voisines , on changera la mouche de drap pour une autre d'une épaisseur différente, jusqu'à ce que la touche soit bien de même hauteur que les autres.
6" Lorsqu'une touche est arrêtée par son pilote de marteau qui frotte contre un de ses voisins , ce qui arrive fréquemment dans les pianos où les dessus ont une petite mécanique , pour la faire aller on force seulement un peu ce pilote de côté avec les doigts ou avec des pinces , de manière à l'éloigner de celui contre lequel il frottait.
Les moyens de réparer les accidents qui peuvent arriver à une touche étant connus, il ne reste plus qu'à apprendre la manière de régler l'attaque du clavier.
Manière de re'gler rattaque du clavier.
Quelquefois le marteau sera en bon état, la touche relèvera bien , et cependant la note ne parlera pas ; ce sera alors le pilote, dont la fonction est de pousser le marteau vers les cordes, qui sera trop bas. Pour faire parler la note, il faudra simplement dévisser avec les doigts la tête du pilote lorsqu'il y aura peu à le hausser; et lorsqu'il y aura à l'élever de beaucoup il faudra le dévisser de la touche, avec des pinces, jusqu'à ce qu'on
soit armé aune hauteur convenable, qu'on reconnaîtra quand le marteau frappera suffisamment fort la corde sans cependant rester appliqué contre elle. Lorsque la touche est appuyée, le marteau doit encore être éloigné de 4 à 5 millimètres de la corde. 11 arrive souvent que l'on est obligé de rehausser tous les pilotes d'un vieux piano afin de redonner aux m arteaux l'attaque qu'ils ont perdue par le service : c'est ce qu'on appelle régler l'attaque du clavier.
Examinons maintenant les différents cas qui peuvent empêcher une note d'étouffer.
Réparations des étouffoirs.
Lorsqu'une note n'étouffe point, le dérangement qui empêche de fonctionner l'étouffoir se rapporte aux suivants, savoir : 1° l'étouffoir se casse dans la charnière , 2° le ressort s'affaiblit ou se casse , 3° le drap qui garnit la tête se décolle ou se ronge, 4° l'étouffoir emprunte et ne touche point toutes ses cordes, et S° le pilote ne retombe point.
1° Pour renouveler la charnière, il faut enlever de sa place le châssis d'étouffoirs en dévissant les charnières, s'il y •en a; dévisser les vis qui se trouvent sur la barre de derrière, afin de pouvoir séparer les deux parties de cette barre qui sont posées l'une sur l'autre ; ensuite on ôtera le morceau de parchemin qui reste sur la partie inférieure de la barre ; on refendra avec une scie à main , comme dans le faux marteau , l'extrémité de la lame d'étouffoir destinée à recevoir le parchemin, que l'on y introduira de la même manière aussi que dans le faux marteau (fig. S8) ; après quoi on coupera le parchemin de largeur, on mettra la lame d'étouffoir à sa place, à égale distance de ses voisines ; on collera le parchemin sur la barre , et l'on revissera ensuite les deux parties de cette
barre; on remettra le bout des ressorts à leur place, sur les lames , et on replacera le châssis d'étouffoirs dans le piano.
2° Pour renforcer un ressort trop faible , il suffit d'en augmenter la courbure; pour cela on le lèvera de sa place, on le laissera passer entre deux lames, afin de pouvoir le courber plus facilement, puis on le remettra sur l'étouffoir.
Quand un ressort est cassé, il faut le remplacer par un semblable (fig. 59), avec une corde de cuivre d'une grosseur convenable , séparer les deux parties de la barre de derrière de la même manière que nous venons de le voir pour renouveler une charnière ; ôter de la partie supérieure de cette barre le morceau de ressort qui reste, en le tirant par-devant avec des pinces après l'avoir dérivé par-dessous ; ensuite remettre le nouveau ressort à la place de celui que l'on vient d'ôter et le river par dessous comme ses voisins, revisser les deux parties de la barre et remettre le tout en place.
3" On recollera le drap d'une tête d'étouffoir en le fixant à cette tête avec un morceau de fil qu'on fera passer dans la partie ployée et par-dessus la lame , après avoir mis de la colle dans l'entaille du bois de la tête (fig. 60, F). Lorsque le drap sera usé, on en coupera plusieurs petits morceaux d'une grandeur convenable, que l'on collera en place les uns sur les autres, de la manière qui vient d'être indiquée, en faisant bien attention que ce drap ne touche pas les cordes voisines de celles qu'il doit étouffer.
Lorsque le drap d'un certain nombre de têtes d'étouffoir sera usé, au lieu de recoller plusieurs draps ou molletons, il vaudra mieux décoller celui qui porte sur les cordes , ou bien le rogner avec des ciseaux et le remplacer par un feutre de laine très- doux, de celui que l'on fabrique actuellement pour
les étouffoirs, et qui était inconnu à l'époque de la construction des anciens pianos.
4" Si un étouffoir emprunte et ne touche point toutes ses cordes, on en décollera la tête, qu'on recollera de la manière suivante.
L'étouffoir étant vissé en place , on ôtera la barre de devant (fig. 7, B;, C), qui est simplement entrée par ses deux extrémités dans des rainures ou bien fixée avec de petites vis. On piquera la tête de l'étouffoir par devant avec une grande aiguille emmanchée ou une alêne fine ; on mettra de la colle sur la tête , on lè\era de la main gauche la lame de l'étouffoir où elle doit être collée , tandis que de l'autre main on la tiendra par l'aiguille pour la présenter sur ses cordes, au-dessous de la lame, qu'on laissera tomber et qui pèsera sur la tête par le poids du ressort; on fera en sorte que le drap ne touche juste que les cordes qu'il doit étouffer, puis on mettra la barre en place, et on laissera sécher la colle quelque temps avant d'appuyer la touche qui correspond à l'étouffoir que l'on vient de poser.
S° Lorsqu'un pilote est gêné pour retomber, il tient l'étouffoir en l'air et l'empêche de retomber sur ses cordes. Pour dégager ce pilote^ il faut redresser la tige si elle est un peu courbée , ou la frotter avec du papier de verre quand elle est en bois, ou bien passer une pointe de fer un peu forte dans le trou du sommier destiné à le recevoir , ou , enfin , pousser avec un tournevis la corde qui, passant trop près de son trou, gêne ce pilote. Disons maintenant un mot sur les pédales.
Pédales.
Il est difficile à un amateur de faire marcher une pédale céleste. Comme elle n'est pas très-utile, je lui conseillerai d'at-
tendre la rencontre d'un facteur. La pédale de forte, beaucoup plus usitée, a pour objet, comme on l'a vu, de lever les étouffoirs afin de laisser vibrer les cordes, en sorte que tout le piano n'étouffe plus lorsque cette pédale reste accrochée : pour la faire aller il suffira de lever les étouffoirs, de détourner un peu sur eux-mêmes les petits crochets qui fixent sur le sommier la tringle inférieure pour pouvoir l'enlever, et de savonner avec du savon sec cette tringle d'un bout à l'autre , surtout aux endroits où il y a des frottements. Si ce moyen ne suffisait pas, il faudrait démonter les mouvements de fer qui sont à l'intérieur et les graisser avec une petite goutte d'huile comme font les serruriers pour les serrures^ ou bien changer le ressort et en mettre un plus fort ; même opération à faire pour la pédale d'étouffoirs , c'est-à-dire frotter les parties en bois avec du savon, et huiler le fer où il y a des frottements.
PIANOS CARRES A ECHAPPEMENTS.
Dans les pianos carrés à échappements, les touches ne peuvent point sortir de leur place sans que le clavier soit hors de l'instrument. Il est donc encore plus nécessaire d'acquérir une grande habitude de retirer le clavier de ces nouveaux pianos que de le retirer des anciens , puisque sans cela on ne saurait, en quelque sorte, y faire aucune réparation.
Manière de retirer le clavier.
Pour retirer le clavier, il faut, comme dans ceux d'ancienne facture, ouvrir les pianos, ôter la fausse table d'harmo-
no RÉPARATION DES PIANOS CARRÉS A ÉCHAPPEMENTS.
nie, lever les étouffoirs et retirer la barre d'inscription lorsque cela est possible; car cette barre n'est pas toujours d'une seule pièce, comme dans les anciens pianos. Le clavier est quelquefois à tiroir, c'est-à-dire qu'une partie de la barre d'inscription se retire avec le clavier pendant que l'autre partie reste fixée à la caisse , ce qu'on reconnaîtra jfacilement à une petite moulure qui orne la barre d'un bout à l'autre au joint des deux parties.
Ici le clavier se fixe de différentes manières ; quelques fois il n'est point vissé : il entre simplement dans la caisse comme un tiroir, au moyen d'une rainure pratiquée de chaque côté ; d'autres fois, il est assujetti par-dessous le fond du piano avec de grandes vis dont la tête se cache dans des trous fraisés, ou bien qui sont à oreilles; mais le plus ordinairement il se visse par-devant le châssis , au-dessous du bout des touches. Pour apercevoir ces dernières vis , il faut retirer une' réglette, d'environ 4 centimètres de large, qui orne le devant du clavier , et qui est fixée par ses deux extrémités, introduites dans des mortaises pratiquées dans la caisse de chaque côté du clavier. Lorsqu'on veut ôter cette réglette, il suffit de la tirer à soi par le milieu en la faisant un peu ployer. Quelques facteurs y mettent deux ou trois petites vis , qu'on aura la précaution de défaire préalablement.
De temps en temps on trouvera des vis du clavier qui , au lieu d'être sur le devant, comme d'ordinaire , seront cachées sous les touches. Pour les défaire , il faut enlever deux touches de leurs pointes, afin de pouvoir passer le tournevis pour les dévisser; d'autres fois, sous le fond du piano on trouvera des vis à oreilles ou de simples vis qui le traversent pour fixer le clavier par-dessous.
Enfin, certains claviers sont suspendus, c'est-à-dire que,
lorsqu'ils sont mis en place, on les élève en introduisant pardessous quatre réglettes de bois, de 8 à 10 millimètres d'épaisseur, qu'il faut avoir bien soin d'ôter avant de tirer le clavier , car sans cela on casserait tous les marteaux qui s'accrocheraient à la table d'harmonie ; quelquefois , au lieu de ces réglettes de bois , on introduit un châssis entier pour le hausser.
Pour sortir le clavier de la caisse, il y a différentes manières de le prendre , selon la construction de l'instrument. Lorsque la barre d'inscription peut s'enlever , on le tire en le prenant par la barre des marteaux ou en appuyant les doigts de chaque main sur les touches, derrière les pointes, dans les dessus et dans la basse. Quand il est à tiroir, il y a ordinairement de chaque côté une poignée découpée pour le prendre; ou d'autres fois on trouve vers le milieu du clavier , derrière la réglette qui orne son fronton , une poignée en fil de fer assez gros et enfoncée dans le châssis, qu'on fait sortir avec les doigts ou avec un tournevis, après avoir ôté cette réglette. Si l'on est privé de ces deux moyens, ce qui arrive parfois, ce genre de clavier devient difficile à tirer, surtout lorsque le bois est enflé. On est réduit à humecter ses mains avec de la salive et à appliquer les quatre doigts sur les joues de chaque côté du clavier pendant qu'on appuie le pouce sur le devant de la caisse, afin de rassembler toutes ses forces pour parvenir à le retirer.
Lorsqu'on est arrivé à ce point , on doit mettre la plus grande attention à ne pas appuyer sur les touches , car on casserait infailliblement contre la table d'harmonie tous les marteaux qui seraient levés.
Souvent les marteaux sont trop serrés, ou l'humidité a fait gonfler leur enfourchement, ce qui les fait rester en l'air ; dans ce cas , avant de bouger le clavier , on s'assure que les mar-
teaux sont tombés. A cet effet, on frappe avec force chromatiquement toutes les touches , et l'on regarde à travers les cordes à la place des étouffoirs pour faire tomber avec un coin ou quelque autre chose les marteaux qui auraient pu rester en Tair, surtout dans les dessus, où l'on doit plus particulièrement fixer son attention.
N'étant plus embarrassés pour retirer un clavier, passons aux causes qui empêchent une note de parler dans un piano carré à échappements.
Ces causes sont : l'échappement qui ne fonctionne pas, le marteau qui est cassé ou simplement gêné dans son mouvement, et la touche qui ne relève point.
Réparations des accidents qui empêchent un échappement 'de fonctionner.
ÉCHAPPEMENT DE PETZOLD {fig. 13).
Dans toute espèce de réparation à un échappement, on est obligé d'ôter la touche de sa place. Pour cela, dans ce genre de piano , il faut retirer le clavier, lever le marteau suffisamment, afin que sa noix laisse passer l'échappement, qui tombera de lui-même ou qu'on poussera légèrement avec le doigt; ensuite sortir la touche comme d'ordinaire, en ayant soin de tenir le marteau toujours levé , et de faire passer V attrape-marteau ' entre les vis de pression qui règlent les échappements.
' On nomme attrape-marteau (fig. 13) une petite tige de fil de fer vissée à l'extrémité delà touche, armée à sa partie supérieure d'un morceau de cuir ou de bois garni d'une peau moelleuse destinée à recevoir le marteau après qu'il a frappé la corde.
Les accidents qui habituellement empêchent de fonctionner un échappement peuvent se rapporter à six, savoir : le ressort qui est trop faible ou bien qui est cassé, l'échappement qui est gêné dans sa charnière ou pivot , l'échappement qui est réglé trop haut , le drap ou le feutre de la noix du marteau destiné à recevoir l'échappement qui est décollé, et la vis de pression qui est mal réglée.
i° Lorsqu'un ressort est trop faible^ la note ne parle point parce que ce ressort ne renvoie pas l'échappement sous le nez de la noix du marteau. Pour le renforcer on ôtera la touche de sa place ; l'échappement étant tombé, on augmentera la courbure du ressort avec une petite pince ronde très-fine, après avoir eu l'attention de mettre une broche de gros fil de fer dans l'œil du ressort pour le remphr, afin de ne point le déformer pendant cette opération, ce qui gagerait complètement ce ressort.
2° Si un ressort est cassé, on procédera de la manière suivante pour le remplacer ; on retirera le clavier comme d'ordinaire, on ôtera la touche, on dévissera la vis V (fig. 13) qui se trouve le plus près de l'échappement et qui en fixe le chevalet sur la touche, avec la précaution de ne point toucher à la petite vis D (même figure) située à l'extrémité du chevalet, car on déréglerait l'échappement de hauteur, ce qui multiplierait la difficulté pour le faire marcher. L'échappement étant ainsi dévissé, on arrachera le morceau de ressort qui reste dans le chevalet , en le tirant avec la petite pince , dont on introduit une de ses branches dans l'œil, qui en général reste en partie après cette portion du ressort : ensuite on prendra une bobine n" 4 ou S de fil de cuivre écroui, qui se vend à cet effet chez les marchands de cordes de pianos; on fera l'œil du ressort 0 (fig. 61), qui doit être formé de trois tours très-près les uns des autres, en tournant à la main sur une broche de fil de fer u° 12
OU 1 4 le fil de cuivre, après l'avoir fixé par le bout dans un étau * . Quand l'œil du ressort sera fait, on coupera le fil de cuivre et l'on donnera au ressort la forme qui est représentée à la figure 61 , puis on introduira dans la rainure de l'échappement, et par-dessous le talon, la partie supérieure S du ressort ; après quoi l'on introduira également la partie inférieure I dans le petit trou pratiqué sur le chevalet pour la recevoir ; on mettra une broche dans l'œil du ressort pour qu'il ne se déforme point , on retirera par-dessous le chevalet, avec des pinces, le bout inférieur;, que l'on coupera environ une petite ligne plus loin que l'extrémité de la petite rainure destinée à le recevoir. Puis on fera au bout un petit crochet d'à peu près deux millimètres, qu'on fera entrer dans le petit trou préparé à l'extrémité de la rainure pour le recevoir ; puis on frottera dessus toute la partie du ressort avec un tournevis, pour le bien faire enfoncer dans ses petites rainures, en ayant le soin, pendant cette opération, de tenir la broche de l'œil appliquée contre le chevalet de l'échappement. Le ressort étant ainsi rivé, on revissera sur la touche le chevalet, on lèvera momentanément l'échappement avec les doigts pour couper le ressort de longueur et recourber un peu son extrémité, comme on le voit en S (fig. 61), afin que par le frottement elle ne s'accroche pas dans le bois. On ôtera de Fœil la broche qui y sera constamment restée, on remettra la touche en place, on relèvera l'échappement, on fera jouer la touche pour voir s'il rentre bien librement dessous le marteau, et l'on remettra le clavier dans le piano, après s'être assuré que tous les échappements sont bien relevés, et,je le répète, en ayant
* Les facteurs ont ordinairement pour faire les ressorts une petite mécanique dans le genre de celle qui sert à faire les bouclettes; mais j'ai cru devoir de préférence pour faire un ressort choisir le moyen que je viens d'indiquer, comme étant plus simple et causant moins d'embarras aux amateurs.
toujours le plus grand soin de ne point appuyer de touches pendant qu'on rentre le clavier, afin de ne point casser de marteaux, avis que je répète souvent, à cause de son importance. Dans les derniers pianos construits avec l'échappement dé Petzold on a placé sur la touche devant l'échappement un grand ressort terminé par un petit crochet qui vient s'agrafer dans une petite lanière de peau ou un fil de soie double fixé à l'échappement (fig. 62), dont l'effet est de le ramener à sa place en le tirant par-devant au lieu du petit ressort ordinaire qui le pousse par derrière ; l'avantage de ce grand ressort est de durer plus longtemps et de ne casser presque ja* mais.
3° Quand un échappement est gêné dans son pivot, c'est-àdire à sa charnière, cette gêne provient du drap ou du bois qui est gonflé par l'humidité. Pour le faire aller, il suffit quelquefois d'ôter la touche et de faire jouer l'échappement avec les mains, en le pressant fortement tour à tour contre les deux côtés de la mortaise où se fait l'articulation.
Si ce moyen ne réussit pas pour donner une parfaite liberté à l'échappement, il faudra sortir la goupille qui lui sert de pivot, en la poussant par une de ses extrémités avec une broche de même grosseur, telle qu'un poinçon ou une grosse aiguille à coudre dont la pointe serait cassée , et aussitôt que l'autre extrémité de la goupille sortira assez pour pouvoir la pincer, on achèvera de la tirer avec des pinces. Ensuite on prendra l'échappement, et on limera légèrement le tenon de chaque côté, ou on le frottera avec du papier de verre ; on sera aussi quelquefois obligé de passer une broche dans le drap qui sert de garniture aux trous du pivot, puis on remettra l'échappement en faisant rentrer le ressort dans sa rainure, et l'on renfoncera la goupille à sa place ; après quoi l'on fera aller l'échappement à la main, pour voir s'il joue librement.
et dans ce cas on mettra la touche à sa place ; autrement, on recommencera l'opération.
4" Lorsqu'un échappement est réglé trop haut, il ne rentre point à propos sous la noix du marteau, et la note ne parle que rarement ou ne parle pas du tout, quoique d'ailleurs tout soit en bon état.
On reconnaîtra qu'un échappement sera bien réglé de hauteur lorsqu'il rentrera constamment sous le nez de la noix en laissant relever la touche très-lentement et sans la moindre secousse ; alors il y aura presque toujours un petit espace entre sa partie supérieure et le nez, ce qui permettra à la touche de balancer un peu en appuyant dessus très-légèrement, sans cependant que le marteau bouge, chose dont on se rendra parfaitement compte sur tous claviers à échappements. Toutefois, on fera attention que l'attrape-marteau soit bien réglé de hauteur, c'est-à-dire qu'il ait la même inclinaison que ses voisins^ afin que le marteau ne descende qu'au degré convenable pour laisser à l'échappement la liberté de rentrer sous la noix.
Pour baisser un échappement qui est trop haut, il faut sortir la touche et dévisser un peu la petite vis à régler D, située à l'extrémité du chevalet de l'échappement (fig. i 3) ; ensuite on remettra la touche en place, et l'on essayera. Si l'on n'a pas trouvé la première fois le degré de hauteur convenable, on recommencera l'opération.
Pour hausser un échappement qui est trop bas, on vissera la visD, en ayant toutefois l'attention de desserrer un peu la petite vis V qui fixe le chevalet sur la touche, car sans cette précaution on risquerait de casser cette vis.
Nota. Dans certains échappements on trouvera quelquefois une troisième petite vis, dite de rappel, située sur le chevalet entre les deux vis ordinaires, et qu'on aura soin de dévisser
avant de toucher aux autres ; cette yis devra être serrée un peu fort quand l'échappement sera réglé.
5° Quelquefois le drap ou le feutre qui garnit la noix à l'endroit où l'échappement vient porter se décolle dans sa partie supérieure et empêche ainsi l'échappement de rentrer à sa place. Pour remédier à cet accident, il suffit de sortir le marteau et de mettre une légère couche de colle derrière cette garniture.
6° On nomme vis de pression d'échappement des vis fixées dans une barre placée d'un bout à Fautre du clavier, au-dessous des marteaux, derrière les échappements, lesquelles font échapper en pressant sur le talon de l'échappement lorsqu'on appuie la touche : on enfonce ces vis pour faire échapper davantage, c'est-à-dire pour que l'échappement abandonne plus tôt le marteau ; et au contraire on les dévisse pour empêcher d'échapper, c'est-à-dire pour que le marteau ne soit abandonné par l'échappement que lorsqu'il est le plus près des cordes. Un échappement bien réglé doit quitter le marteau environ à trois millimètres de la corde dans les dessus, et à peu près à quatre millimètres dans la basse. Lorsque le marteau n'échappe pas assez, il étouffe le son et reste collé contre les cordes (on appelle cela bloquer) ; et lorsqu'il échappe trop loin, le coup manque d'attaque et de force : à cet égard, on doit consulter les marteaux voisins, afin d'obtenir une égalité aussi parfaite que possible.
Je me suis étendu sur l'échappement de Petzold, parce qu'il est le plus généralement usité en France et que c'est celui auquel il arrive le plus fréquemment des accidents lorsqu'il n'est pas parfaitement fait. C'est maintenant le lieu de mentionner le demi-échappement anglais ; mécanisme généralement employé en Angleterre dans les pianos carrés, et qui en France a fait place à l'échappement de Petzold. C'est un échap-
pement qui , au lieu de pousser immédiatement le marteau, pousse un faux marteau dans le genre de celui qui est à double pilote, et qui sert d'intermédiaire. Cet échappement échappe par devant; on le règle au moyen d'une petite vis de fil de cuivre terminée par un anneau ; on peut ôter la touche sans démonter le clavier. Les accidents de cet échappement sont à peu près les mêmes que les précédents, et l'on pourra les réparer sans difficultés par des moyens analogues à ceux que j'ai déjà expliqués. Certains facteurs ont introduit aussi dans les pianos carrés le mécanisme anglais (fîg. 14), qui était employé généralement dans les pianos à queue, en plaçant la fourche en biais sur la barre des marteaux ou en perçant la noix sur l'angle pour faire arriver le marteau sur les cordes à la place où il doit les frapper (voyez pour la réparation de ce mécanisme l'article des pianos à queue).
Je traiterai avec moins de détails de l'échappement anglais, et ne signalerai que ce qui pourrait embarrasser, ses principes étant au fond les mêmes que ceux des précédents. L'intelligence suppléera à la différence des moyens d'exécution lorsqu'on aura les objets sous les yeux.
ÉCHAPPEMENT ANGLAIS (fîg. 14).
Dans ce mécanisme, il faut pour sortir une touche, après avoir retiré le clavier, enlever ensemble tous les marteaux, en dévissant leur barre aux deux extrémités et partout où elle pourrait être fixée au clavier. Les accidents qui peuvent se présenter dans cet échappement sont à peu près les mêmes que dans celui de Petzold, savoir : le ressort qui s'affaiblit, l'échappement qui est mal réglé de hauteur, qui est gêné dans sou pivot et qui échappe trop ou n'échappe pas assez.
1° Le ressort de cet échappement ayant à peu près la forme d'un arc de cercle fixé par une de ses extrémités sur la touche devant l'échappement, il suffit pour le renforcer de lui donner un peu plus de courbure, en le faisant glisser entre deux doigts comme si on décrivait un arc de cercle allongé ; quelquefois même, pour faire cette opération, il ne sera pas nécessaire de retirer le clavier.
Si le ressort est trop faible, pour lui redonner sa force première on n'éprouvera pas de difficulté à le remplacer par un morceau de corde de cuivre de même grosseur et bien écroui; on donnera à ce nouveau ressort la forme de l'ancien, et on le fixera sur la touche en enfonçant son extrémité dans le petit trou destiné à le recevoir.
2° Souvent cet échappement n'a point de chevalet pour se régler de hauteur; il joue simplement dans une mortaise pratiquée sur la touche même, qui est traversée par une goupille sur laquelle on met l'échappement à cheval, au moyen d'une fente perpendiculaire pratiquée à sa partie inférieure, afin qu'il puisse pivoter. Quand on veut le hausser , il faut coller à la partie supérieure de cette fente un morceau de drap fin sur celui qui y est déjà : s'il se trouve trop haut, il n'y a pas autre chose à faire que de le diminuer un peu à sa partie supérieure en le limant.
3" Lorsque, pour jouer dans sa mortaise sur la touche, cet échappement est gêné, cela provient du bois qui a travaillé : pour le faire marcher , il faut le retirer de sa place et le limer légèrement de chaque côté à sa partie inférieure, puis le replacer.
4° Dans ce mécanisme les vis de pression pour faire échapper sont fixées horizontalement dans la barre même des marteaux, au lieu de l'être perpendiculairement dans une barre particulière ; on fait échapper davantage en tour-
nant ces vis à droite , comme d'ordinaire , et on empêche d'échapper en les tournant à gauche.
Raccommodage d'un marteau à échappement.
Les accidents qui arrivent ordinairement à ce marteau sont les quatre suivants :
1° il se casse dans son manche , 2° il emprunte sur une corde voisine des siennes, 3° il frotte contre le sommier, et 4° il est trop serré dans l'enfourchement ^ .
i'' Lorsqu'on veut remettre un manche à un marteau, il faut sortir le clavier, ôter la noix de sa place en desserrant la petite vis E, qui règle son enfourchement (fîg. 13), se procurer un manche préparé par les mécaniciens en bois pour pianos, ou, à défaut, prendre un morceau de bois de même nature que le manche cassé, qui en général est en cèdre, mais qui est aussi quelquefois en érable ou en noyer ; en faire un de même grosseur, au moyen d'un rabot, d'une lime et de papier de verre , si l'on n'a pas de filière comme celle dont les mécaniciens se servent pour cet objet; ensuite couper à ras de cette noix le fragment du manche ; avec un poinçon marquer sur le bout du manche qui reste dans la noix le centre du trou , qu'on doit
' On rencontrera des pianos à mécanisme anglais où les cnfourchements ordinaires seront remplacés par des plaques en cuivre (fig. 14), qui fixent les marteaux par octave, c'est-à-dire douze par douze ; dans ce cas, pour remettre un manche il faudra dévisser la plaque qui fixe l'octave dont le marteau fait partie, enlever les douze marteaux qui tiennent ensemble par la broche qui leur sert de pivot commun et désenfiler de cette broche tous ceux qui empêchent de sortir le marteau cassé; après avoir mis le nouveau manche à la noix, on renfilera les marteaux et on remettra le tout en place, en faisant bien attention de ne pas forcer les broches, ce qui arrive fort souvent, car alors, au lieu d'un marteau dérangé il y en aurait plusieurs, et c'est un grave inconvénient dans ce système.
repercer pour faire disparaître le bois de l'ancien manche, afin de faire place au nouveau ; après quoi on percera ce trou avec une vrille fine (fig. 63), puis successivement avec de plus grosses , jusqu'à ce qu'on ait tout-à-fait enlevé le bois de l'ancien manche (fig. 64) , ce qu'on reconnaîtra facilement par la différence de sa couleur. Au lieu d'employer une grosse vrille, on fera bien, pour achever d'évider le trou ^ de se servir d'une mèche à cuiller, c'est-à-dire d'une espèce de petite gouge semblable à une mèche de vilebrequin emmanchée dans un manche d'outil ordinaire (fig. 65). On aura toutefois la précaution de percer le trou exactement dans la même direction que l'ancien, c'est-à-dire perpendiculairement à la noix s'il l'était, ou avec la même pente s'il se trouvait en biais ; car sans cela l'extrémité du manche du marteau ne tomberait pas à égale distance de ses deux voisins, et le marteau ne frapperait pas les cordes à la place convenable. Le trou étant percé dans la noix , on y collera le manche ; ensuite on percera le trou dans la tête du marteau, de la même manière qu'on l'a fait dans la noix; seulement, au lieu de ne le percer que de quelques lignes de profondeur, on le percera de part en part , ce qui donnera la facilité de se servir d'une petite queue -de -rat à bois pour évider le trou. Après quoi on mettra la noix du marteau dans son enfourchement ; on tournera sa petite vis, afin que la goupille soit serrée et cependant joue librement; on enfilera la tête du marteau dans le manche, jusqu'à ce qu'il soit convenablement placé par rapport à ses deux voisins ; on rognera par-derrière le marteau le bout du manche qui excède, en le laissant néanmoins dépasser d'une ligne ; on mettra le clavier en place pour examiner si le marteau touche bien ses cordes ; on l'avancera ou on le reculera, selon le besoin; on le collera dans cette nouvelle position; on affleurera le manche du marteau s'il dépasse
encore; enfin, on remettra le clavier en place, et on le vissera.
Lorsque le manche d'un marteau sera cassé bien en pente, on pourra se dispenser d'en mettre un neuf : il suffira de coller l'une avec l'autre les deux parties cassées, avec de la colle bien chaude; de les attacher avec du fil (fig. 66, CC), qu'on n'ôtera que lorsqu'on sera sûr que la colle sera parfaitement sèche ; mais il sera mieux de laisser le fil, pour donner plus de solidité quand la pente des deux parties cassées ne sera pas très-longue.
2° Lorsqu'un marteau emprunte, il faut pour corriger l'emprunt tenir le marteau appliqué contre les cordes, en le levant avec les doigts par-dessous la mécanique, ou bien il faut le tirer par le manche avec le petit crochet fig. 54, qu'on passe à travers les cordes; ensuite on trace avec un crayon ou avec une plume l'excédant de la peau du marteau sur ses cordes; on retire le clavier, et l'on coupe cet excédant avec un couteau à rogner (fig. 55); on remette clavier en place, et l'on essaye si le marteau ne touche bien que ses cordes. Quelquefois le marteau empruntera, et cependant il ne sera pas plus large que ses cordes ; seulement il sera trop en avant ou trop en arrière , et touchera une corde voisine au préjudice d'une des siennes. Dans ce cas, pour corriger l'emprunt, il faut dévisser l'enfourchement de dessus la barre des marteaux , limer avec une petite queue-de-rat à bois dans le trou de l'enfourchement , de manière à l'allonger comme un ovale, afin de pouvoir l'avancer ou le reculer, selon qu'il aura été nécessaire de limer le trou devant ou derrière pour remettre le marteau à sa vraie place sous les cordes. Ou bien il faut courber le manche pour faire arriver le marteau sous ses cordes, en le chauffant avec un fer (fig. 67) ou avec de l'esprit-de-vin enflammé que l'on tient au bout d'une tige en fer garnie à son extrémité de fil ou de toute autre matière spongieuse .(fig. 68). Ce second procédé de chauffer les marteaux
pour les mettre sur les cordes est utile, surtout dans le mécanisme anglais, où la noix étant fixée dans une broche tenue par une plaque en cuivre on ne peut l'avancer ni la reculer , comme quand elle fonctionne dans une fourche isolée pour chaque noix.
3° Lorsqu'un marteau frotte contre le sommier , ce qui ne peut arriver que dans les dessus , on examine s'il frotte sur le côté gauche ou par-derrière ; si c'est sur le côté gauche , il suffit pour le dégager de faire tourner un peu son enfourchement sur lui-même en le poussant vers la droite; ou de chauffer un peu le manche du marteau quand la noix est fixe ; si c'est par-derrière qu'il frotte , on rogne seulement un peu la peau dans cette partie du marteau , dans le cas où il toucherait bien sa corde de devant ; si au contraire il ne la touchait pas suffisamment, il faudrait ne rien couper, mais dévisser son enfourchement et limer le trou comme pour corriger un emprunt , afin de pouvoir l'avancer un peu en avant. Si plusieurs marteaux frottaient contre le sommier, ou bien s'ils empruntaient par-derrière, il y aurait nécessité, comme je l'ai déjà dit dans la première partie de cet article, de coller une ou plusieurs épaisseurs de carte derrière le châssis du clavier dans les dessus, afin que ce dernier s'enfonce un peu moins dans le piano et que par-là les marteaux se trouvent un peu plus en devant; ou bien, au lieu de coller des cartes, il faudrait dévisser un peu la vis, que certains facteurs mettent sur le champ du châssis . derrière le clavier.
4° Souvent la petite vis qui règle l'enfourchement d'un marteau est trop serrée, ou bien l'humidité a fait enfler le drap qui garnit cet enfourchement ; alors le marteau , se trouvant gêné dans son pivot, reste en l'air et ne retombe pas en place : pour le faire marcher, il suffit de desserrer la petite vis, afin que le pivot soit un peu plus libre; ou bien, si les marteaux
sont tenus ensemble par des broches comme on l'a vu plus haut, il faut dévisser toute l'octave, désenfiler les marteaux jusqu'à celui qui ne retombe pas, agrandir le trou de sa garniture en passant dedans une broche plus forte que celle qui lui sert de pivot, afm de lui donner du jeu, et remettre le tout en place.
Réparations des accidents qui emjjêchent de relever une touche dans un piano à échappements.
Dans ces pianos les accidents qui empêchent de relever une touche sont les mêmes que ceux des anciens pianos , à l'exception de deux seulement. Ainsi une touche ne se relève pas si elle est gênée dans ses pointes, ou quand le pilote d'un étouffoir passe à côté de la touche au lieu de porter dessus , ou parce que deux touches se frottent l'une contre l'autre , ou bien à cause des ordures qui peuvent s'être glissées entre elles, ou lorsque la mouche de drap du balancier sur laquelle la touche se meut est usée ou trop mince, ou lorsque la goupille qui sert de pivot à l'échappement est un peu sortie de sa place et frotte contre un autre échappement, ou enfin parce qu'un attrape-marteau frotte contre un de ses voisins.
Pour réparer les cinq premiers de ces accidents, relisez dans la première partie de cet article , pages 163, 164 et 165, les paragraphes 1°, 2°, 3% 4", 5% et vous reviendrez ici pour 6° et 7".
6° Lorsque la goupille d'un échappement est sortie de sa place , il suffit simplement , pour faire aller la touche , de la retirer et de renfoncer la goupille. Si elle rentrait facilement, au bout de quelque temps elle pourrait ressortir : on ferait bien alors de la river un peu de chaque côté, en frappant avec
un marteau sur une de ses extramités , pendant que l'autre porterait sur un corps dur^ comme une enclume ou un gros marteau, ou, mieux encore, de la changer pour une plus grosse, afin qu'elle forçât davantage dans le tenon de l'échappement^ en ayant la précaution de la rouler sous le taillant d'un ciseau de menuisier ou tout autre instrument tranchant, pour lui faire une sorte de pas de vis léger, à la place où elle doit forcer dans le bois, afin qu'elle s'y happe et qu'elle ne glisse pas. Quand elle sera entrée en place, on la coupera bien à fleur de chaque côté avec des pinces coupantes. Néanmoins, il faut prendre garde qu'elle ne force pas trop, car si elle était par trop grosse, le tenon de l'échappement pourrait se fendre et l'on s'exposerait à ce qu'elle ne pivotât pas librement dans les garnitures des trous du chevalet de l'échappement.
7° Si un attrape-marteau frotte contre un de ses voisins, on ploiera un peu la tige de cet attrape-marteau pour l'éloigner de celui contre lequel il frotte.
Réparations des étouffoïrs.
Dans les pianos à échappements les étouffoirs sont sujets aux mêmes dérangements et leur réparation est exactement la même que pour les anciens pianos. Afin d'éviter les répétitions, nous renvoyons à la 'première partie de cet article , page 166.
Claquements dans les pianos carrés à pilotes et à échappements^ et moyens dy remédier.
On nomme claquement certain bruit qui se fait quelquefois entendre lorsqu'on frappe une touche, et qui est le résul-
tat du choc de deux parties dures du mécanisme. Tous les claquements peuvent se rapporter à onze , que je diviserai en trois classes ; claquements de la touche , claquements du maitéau, et claquements de l'étoulfoir. Une touche claque contre sa pointe de devant, contre la barre d'inscription en se relevant, contre le pilote d'étouffoir, et enfin contre sa voisine, surtout une touche noire contre une blanche.
1" Une touche claque contre sa pointe de devant lorsque la mortaise de cette touche , dans laquelle la pointe entre , est agrandie par l'usure. Le moyen de remédier à ce défaut est de remplacer la pointe par une plus forte , qui empêche la touche de vaciller de droite à gauche , ou bien de flipoter la touche , c'est-à-dire de faire une petite incision à côté de la mortaise et d'y enfoncer de force un petit coin de bois dur qu'on y colle , ce qui fait céder le bois de la touche et par là rétrécit la mortaise. Ce moyen est moins bon que le premier et il est d'une difficile exécution pour ceux qui ne sont point facteurs. La meilleure manière d'empêcher de claquer un clavier est donc de le remonter sur pointes, comme disent les ouvriers , c'est-à-dire d'en renouveler toutes les pointes, ou bien, quand les pointes sont ovales et que les mortaises sont garnies comme on les fait maintenant, il suffit de tourner cette pointe ovale un peu sur elle-même avec une petite clef courbée , destinée à cet effet (fîg. 69) , ou bien de renouveler la garniture de la mortaise, qui en général est en Casimir, mais qui est quelquefois aussi en peau (fig. 70).
2° Les touches en se relevant claquent contre la barre d'inscription , lorsque cette barre a travaillé par les variations de température et qu'elle s'est rapprochée des dièses, ou bien lorsqu'ayant été mal ajustée elle descend un peu trop bas. Pour empêcher le claquement des dièses, lorsque la barre d'inscription est rapprochée, il faut un peu rogner, avec un
ciseau bien tranchant, Fébène des dièses par-derrière , c'està-dire à l'endroit où ils frappent contre la barre, et lorsque c'est dessous la barre que les touches frappent, il faut, avec un rabot, ôter simplement un peu de bois sous cette barre.
3° Une touche claque contre le pilote d'étouffoir lorsque la peau qui garnit l'extrémité de cette touche pour recevoir le pilote est décollée ou trop mince ; pour détruire ce bruit, il suffit de recoller la peau ou d'en remettre une plus épaisse.
4" Quelquefois une touche noire frappe contre une blanche, quand l'ébène est plus large que le bois de sa touche ou qu'elle déborde seulement d'un côté. Quand cela arrive, on n'a besoin que de limer le bord de l'ébène qui dépasse pour faire cesser ce bruit.
Un marteau claque lorsque son enfourchement n'est point assez solidement fixé sur sa barre , lorsque la petite vis qui règle l'enfourchement n'est pas assez serrée , lorsque le drap de l'enfourchement est usé , et enfin, lorsque la noix du marteau se trouve trop près de certains barrages de la table d'harmonie. *
1° Si le claquement provient de l'enfourchement qui n'est pas assez assujetti sur la barre des marteaux, on le fera passer en serrant davantage la grosse vis F (fig. 1 3) qui est destinée à le fixer sur la barre ; quelquefois on sera obligé de la remplacer par une un peu plus forte, afin que le pas morde davantage.
2° Quelquefois la petite vis E qui règle l'enfourchement , pour pincer plus ou moins le pivot du marteau , n'est pas assez serrée ; alors ce pivot lève la partie supérieure de l'enfourchement et la fait claquer contre la tête de la vis. Il suffit alors de serrer un peu cette vis, car si on la serrait par trop le marteau serait gêné et ne retomberait plus. On doit seulement
porter son attention à ce que la partie supérieure de l'enfourchement n'ait plus de jeu , et cependant que le marteau joue librement.
3° Le mouvement du pivot , après un certain temps d'exercice , finit par couper le drap de l'enfourchement dans lequel il joue. Pour renouveler ce drap , on ôtera le marteau, on dévissera l'enfourchement de dessus la barre , on arrachera l'ancien drap , on en coupera un petit morceau de neuf de même largeur et de même épaisseur que celui qu'on vient d'ôter; on le pliera en deux , on le présentera ainsi plié entre les deux parties de l'enfourchement, on l'y collera après avoir introduit un morceau de fil de fer ou de cuivre entre les deux parties pliées , afin de faire l'empreinte du pivot ; on serrera la petite vis à régler, afin de presser le drap jusqu'à ce que la colle soit sèche ; après quoi l'on rasera bien le drap s'il déborde, et on mettra l'enfourchement en place ainsi que le marteau.
4° Souvent le poids des cordes fait un peu baisser la table d'harmonie , ce qui rapproche quelques-uns de ces barrages des noix de marteau , de sorte que ces noix frappent quelquefois contre les barrages quand elles se trouvent au-dessous. Pour faire cesser ce claquement , il faudra, avec un crayon ou une pointe à tracer, marquer sur le barrage la place où la noix touche , retirer le clavier et ôter , avec un ciseau bien tranchant , un peu de bois à l'endroit marqué , ce qui ne tirera à aucune conséquence pour la solidité de la table d'harmonie.
Dans les anciens pianos , les marteaux claquent contre leur barre , contre leurs pointes , contre la pédale céleste et lorsque leur tête ou leur talon est décollé.
1" Pour les empêcher de claquer contre leur barre , il faut dévisser la partie supérieure de cette barre , décoller la char-
nière du marteau de dessus , et la recoller en la changeant un peu de place ; quand la peau sera trop molle, on sera quelquefois obligé de remplacer la charnière.
2° Quand les marteaux claquent dans leur pointe, il suffit de regarnir leur mortaise avec de la peau moelleuse ou de changer un peu la direction de cette pointe.
3" Le claquement des marteaux contre la pédale céleste vient ordinairement d'un dérangement dans la position de celle-ci ; pour y remédier on aura le soin de bien la remettre à sa place, et on courbera légèrement ses branches pour l'élever un peu plus , si cela était nécessaire.
4° Si les claquements proviennent de la tête ou du talon , qui peuvent être décollés , le seul moyen de faire disparaître ces claquements est de recoller la tête ou le talon.
Les claquements des étouffoirs ont pour cause le décollement de la peau moelleuse qui garnit la tête d'un pilote , une lame qui frappe contre la barre de derrière, l'usure de la garniture de sa fourche, ou enfin la barre de devant qui donne contre le couvercle du piano.
1° Lorsque la peau moelleuse de la tête d'un pilote est décollée , une partie dure claque contre la lame de l'étouffoir. Dans ce cas on recolle simplement la peau du pilote.
2° Lorsque le claquement dépend d'une lame qui se heurte contre la barre de derrière, on détruit ce claquement en décollant la charnière de la lame, après avoir dévissé la barre, et en la recollant on la changera un peu de place.
3° Lorsque l'étouffoir est à pivot, il faut changer la garniture de la fourche comme il a été dit ailleurs pour les fourches de marteau.
4° Il arrive encore que les lames d'étouffoir lèvent leur barre de devant et la font claquer quelquefois contre le couvercle du piano. Alors on lève le couvercle par ses charnières.
et l'on place sur la barre des étouffoirs un morceau de peau ou de drap afin d'empêcher le choc de bois contre bois.
Sifflements.
On nomme sifflements certains petits cris aigus qu'on entend parfois en même temps que la note lorsqu'on frappe une touche. Ces sifflements sont l'effet du ressort de l'échappement, du ressort de l'étoufîoir, qui sont gênés, ou de la tige d'un pilote qui frotte contre une corde , ou bien encore de la colle qui a été employée trop claire pour coller les garnitures des pivots de la mécanique et des étouffoirs et qui ayant traversé le drap frotte contre ces pivots.
1° Lorsque le sifflement est occasionné par un ressort, on frotte dans sa rainure avec la pointe d'un crayon, et si ce moyen ne suffit pas, on augmente la courbure de ce ressort, ou bien on le change.
2° Lorsqu'il résultera du frottement du pilote , on le détruira en poussant avec un tournevis la partie de la corde comprise entre la pointe d'attache et la pointe du sillet contre laquelle il frotte , afin de changer un peu sa direction.
3° Quand il proviendra de la garniture du pivot, il faudra passer une broche dans le trou de cette garniture, ou, si ce moyen ne réussit pas, changer le drap ou le pivot.
Pédales.
Quoique dans les pianos à échappements la pédale céleste soit plus facile à retirer de sa place et à réparer que dans les anciens , je conseillerai cependant ici , comme dans la première partie de cet article , d'attendre la rencontre d'un fac-
teur pour la réparer , attendu le peu d'importance de cette réparation. Si néanmoins quelques amateurs voulaient l'entreprendre, je dirai qu'elle se réduit à corriger les emprunts de quelques-unes des languettes , à en renouveler quelques autres et à faire marcher le mouvement de la pédale lorsqu' est gêné.
1° Pour corriger les emprunts, on enlèvera le châssis de étouffoirs, on tiendra le pied appuyé sur la marche qui fai mouvoir cette pédale, on frappera la note qui emprunte, e avec des ciseaux qu'on introduira entre les cordes on couper la partie de la petite languette qui touche des cordes autres que les siennes.
2° On remettra les petites languettes qui manquent en prenant de la peau bien moelleuse et pareille à celle qui a été employée ; on en coupera de petits morceaux semblables à ceux de la pédale, on dévissera la pédale à ses deux extrémités pour la sortir de dessous les cordes, on collera ces petits morceaux de peau à la place de ceux qui manquent, on remettra la pédale en place , on appuiera dessus la marche , on frappera les notes qui correspondent aux nouvelles languettes , pour voir si elles ne touchent bien que les cordes de leurs marteaux; si elles en touchent d'autres, on les rognera avec des ciseaux , comme on vient de l'indiquer.
3° Lorsque les mouvements ne marchent point,, cela ne peut venir que du bois du levier qui a travaillé , ou du ressort qui est trop faible. Si c'est le levier qui est gêné dans son mouvement, on grattera avec un racloir ou une lime ce levier de chaque côté du trou où passe la goupille qui lui sert de pivot. Si c'est le ressort qui est trop faible, on frottera avec du savon bien sec ou avec un peu de suif la place du levier où ce ressort porte , ainsi que tous les autres endroits où il y a des frottements. Si ce moyen ne réussissait pas pour faire
marcher la pédale, il faudrait absolument changer le ressort.
La pédale de forte a pour objet , dans ces pianos comme dans les anciens , de lever les étouffoirs , mais cela a lieu par un moyen différent ; ici les étouffoirs sont levés par une petite baguette en bois ou en métal de 6 à 8 millimètres de diamètre^ placée perpendiculairement dans un trou qui traverse de part en partie milieu du sommier des pointes.
Lorsque cette pédale ne marche pas , cela ne peut provenir que d'une gêne de cette baguette, du mouvement qui la pousse, ou de trop de faiblesse dans le ressort. On est obligé ici , comme dans la pédale précédente , de frotter avec du savon sec ou avec du suif les endroits où il y a des frottements, ou, quand cela ne suffit pas , d'ôter du bois, ou bien encore de changer le ressort. Mêmes moyens à employer pour les mouvements des autres pédales.
Souvent les pédales, sans s'arrêter, font un bruit qui consiste en une sorte de coassements très- gênants pour l'oreille quand on joue. Ces coassements viennent en général des frottements occasionnés par le pivot de la pédale contre les garnitures des ressorts sous les mouvements , et des tringles à transmettre les mouvements dans leurs guides. Pour détruire tous ces bruits il suffit de frotter la place avec du savon sec ou avec du suif.