EXTRAITS DE RAPPORTS ET APPRÉCIATIONS D'ARTISTES
SUR LA FABRICATIOIT ET LES PRINCIPAUX PERFECTIONNEMENTS DES PIANOS DE M. MONTAL.
Académie de l'Industrie agricole) maniifactiirière et commerciale.
Extrait d'un rapport fait au comité des manufactures de l'Académie de l'Industrie, sur la manufacture de pianos de M. Montai, par M. La Hausse, professeur de musique, ancien accordeur, et membre du conseil d'administration. {Journal des travaux de V Académie de l'Industrie française, vol. XVI, pages 132 et 133.)
Je viens aujourd'hui vous présenter le résultat de l'examen approfondi auquel s'est livrée votre commission au sujet de l'établissement de M. Montai, ancien élève et facteur de pianos de l'Institution royale des Jeunes Aveugles, membre de la Société académique des Enfants d'Apollon et de notre Académie depuis deux ans, auteur de plusieurs ouvrages, et particulièrement de L'Art d'accorder soi-même son piano^ in-S", avec planches et figures, etc..
Ce n'est pas sans intention que je rappelle ici les divers titres dont M. Montai peut accompagner son nom, car il est nécessaire que vous compreniez tout d'abord qu'il s'agit en lui d'un homme dont la position et les talents tendent évidemment à faire un personnage historique...
Si on ne l'a vu, de ses yeux vu, il est impossible de se figu-
rer qu'un aveugle se reconnaisse dans les immenses détails qui constituent un piano moderne. Il n'est donc pas inutile que nous attestions ici le miracle d'une fabrique importante dirigée par un aveugle, non pas seulement dans l'ornière commune d'une routine banale, mais dans la voie des améliorations et des perfectionnements les plus avancés...
En considérant l'ensemble des travaux de M. Montai, votre Commission, Messieurs, reconnaît que ses efforts ont tendu à perfectionner réellement toutes les parties du piano ; que tout y est raisonné, établi avec soin, précision, un grand fini d'exécution ; qu'on y trouve toutes les améliorations dont les plus habiles facteurs font usage, indépendamment de celles qu'il ne doit qu'à ses propres investigations ; qu'il a enrichi ses pianos des formes les plus gracieuses et les plus élégantes ; enfin, que ces instruments présentent aux acheteurs une garantie non équivoque , car elle repose à la fois sur un véritable amour de l'art, qui a porté M. Montai à sacrifier souvent ses propres intérêts, et sur des connaissances théoriques et pratiques que sont loin de posséder comme lui, aveugle ! la plupart des voyants constructeurs de pianos.
Nous espérons, en conséquence, que la Commission supérieure accueillera favorablement la recommandation que nous lui faisons du nom de M. Montai, pour la répartition de ses encouragements.
Signé : La Hausse , rapporteur,
A la suite de ce rapport il a été décerné à M. Montai une médaille d'honneur en argent pour ses pianos.
APPENDK'.E. 29T
Société d'E!ncourag;«meiit pour riudnstrie nationale.
Extrait d'un rapport sur les mécanismes nouveaux et les divers perfectionnements introduits par M. Montai dans la manufacture des pianos droits , par M. Kerris. ( Bulletin de la Société d'Encouragement , page 688.)
Messieurs, M. Montai, aveugle et ancien professeur à l'Institution royale à Paris, déjà avantageusement connu de la Société comme accordeur et comme auteur d'un ouvrage intitulé VArt d'accorder soi-même son piano^ s'est signalé à votre attention par des innovations fécondes et des perfectionnements nombreux dans la facture des pianos droits.
Ces succès combinés du théoricien et du praticien ont ici doublement droit à vos encouragements et à votre sympathie, puisqu'ils ont été obtenus sans le secours des yeux, par les seules lumières du tact et du raisonnement.
Votre Conseil d'Administration décerne à M. Montai la médaille de platine.
Signe : Kerris, rapporteur.
A la suite de ce rapport il a été décerné à M. Montai une médaille de platine.
Société libre des Beaux- Arts.
Extrait d'un rapport de M. Delaire , au nom de la Commission chargée d'examiner les- pianos droits de M. Montai. Séance du 17 avril 18Zi7. [Annales de la Société libre des Beaux-Arts^ tome XVI, année 1846l8Zi7, p. 67.)
En résumé, les pianos perfectionnés de M. Montai ont une puissance de son bien supérieure à celle des meilleurs pianos carrés, et qui ne peut être comparée qu'à celle des pianos à queue. Il a été honoré d'une médaille en bronze pour ses pianos qui ont figuré à l'Exposition de 1844, et récemment de la médaille de platine de la Société d'Encouragement.
Par ces motifs, Messieurs, la Section de Musique est d'avis que M. Montai mérite d'être compris pour une médaille d'argent dans la distribution des encouragements que vous accorderez dans votre prochaine séance publique solennelle, et elle vous propose en conséquence de renvoyer la demande de M. Montai ainsi que ce Rapport à la Commission des récompenses.
Messieurs, permettez-moi de vous faire observer que ce Rapport de votre Section de Musique n'est qu'une équitable appréciation des heureuses innovations de M. Montai. Peutêtre aurait-il été plus louangeur si j'avais eu à vous exprimer mon opinion personnelle et en toute autre qualité que comme délégué de la Société libre des Reaux-Arts ; car, malgré les principes d'impartialité que je m'applique à suivre en toutes circonstances, j'aurais eu bien de la peine à ne pas me laisser dominer par des sentiments de bienveillance à l'égard d'un
compatriote qui, à un titre bien plus puissant encore, doit appeler sur lui l'intérêt et les sympathies de tous.
Signé : Delaire, rapporteur.
A la suite de ce rapport il a été décerné à M. Montai une médaille d'argent, maximum des récompenses de la Société libre des Beaux- Arts.
(Société d'Encourag^ement pour FinduBtrle nationale.
Extrait d'un rapport fait par M. Kerris, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur un système de pianos droits à contre-tirage rectiligne, et sur quelques améliorations de détail ayant pour objet de prolonger la durée de l'accord, d'augmenter la sonorité des basses et de remédier au tassement des tables d'harmonie, par M. Montai , facteur de pianos. {Bulletin de la Société d'Encouragement, décembre 1847, p. 673.)
Messieurs, vous connaissez déjà les travaux remarquables de M. Montai dans la facture des pianos droits. La récompense que vous lui avez décernée a puissamment contribué à exciter le zèle de ce facteur, en lui inspirant le désir d'ajouter quelque chose aux améliorations qu'il soumit l'an dernier à l'examen de la Société ; nous avons donc aujourd'hui à suivre M. Montai dans une voie nouvelle, où l'expérience a déjà confirmé la sûreté de ses progrès.
Quelques mots suffiront pour indiquer l'influence que le système de M. Montai est appelé à exercer, au profit de l'industrie nationale, sur la fabrication des pianos destinés à l'exportation, notamment pour les deux Amériques. Jusqu'à présent les pianos français, malgré la préférence qu'ils méritent, et qu'on leur accorde, sous le rapport de la qualité du son et des soins apportés aux détails de leur construction intérieure.
n'ont pas toujours soutenu convenablement à l'étranger, surtout dans les pays méridionaux, la concurrence des pianos anglais, parce que ceux-ci, bardés de fer, sont regardés comme plus solides, moins sujets aux déformations causées par les alternatives de la chaleur et de l'humidité, et mieux entendus pour la tenue de l'accord. Il semble donc essentiel que les facteurs français fassent de nouveaux efforts pour vaincre les préventions qui se sont élevées contre la partie réputée faible de leurs instruments. Ici encore ils doivent chercher non-seulement à égaler, mais encore à surpasser leurs rivaux, ainsi que M. Montai en a conçu l'espoir, en marchant, avec l'assurance d'une conviction complète, dans une voie qui lui semble plus sûre pour atteindre un résultat digne de l'émulation de tous les facteurs.
D'après cet exposé, et vu l'importance des perfectionnements introduits par M . Montai dans la facture des pianos droits, à l'effet de prolonger de beaucoup la durée de l'accord, d'augmenter la sonorité des basses et de remédier au tassement des tables d'harmonie, le Comité des Arts mécaniques a l'honneur de proposer au Conseil :
1° De remercier M. Montai de sa communication ; - 2° D'insérer le présent Rapport au Bulletin, avec le dessin et la description de la nouvelle caisse de piano droit à contretirage.
Signé : Kerris, rapporteur.
A la suite de ce rapport, il a été décerné à M. Montai une médaille d'or.
Athénée des Arts.
Extrait d'un rapport fait à l'Athénée des Arts sur les pianos fabriqués par M. Montai.
Votre Commission, reconnaissant qu'il y a plusieurs parties dans la facture des instruments de M. Montai qui lui appartiennent en propre, qu'il a beaucoup perfectionné celles qui sont dans le domaine public; que ses travaux, auxquels il s'est livré depuis plus de douze ans, ont eu pour résultat d'apporter un perfectionnement notable dans la facture des pianos, tant sous le rapport de la solidité de la construction que sous celui de la qualité de son ; que la sonorité dans les pianos de M. Montai est très-supérieure à celle des pianos droits ou carrés des autres facteurs; que le nouveau système de transposition est entièrement de l'invention de M. Montai, a l'honneur de vous proposer. Messieurs, de décerner à cet artiste la médaille d'argent à titre de récompense de ses découvertes et de ses perfectionnements.
Signé : Taskin, rapporteur.
Pour Ed. Hocmelle, Doré.
Aix.
Paris, le 19 juillet 1847.
A la suite de ce rapport, il a été décerné à M. Montai une médaille d'argent, maximum des récompenses de l'Athénée des Arts.
Académie de l'Industrie agricole, manafactnrière et commerciale.
Extrait d'un rapport ait à l'Académie de l'Industrie , au nom du Comité des Manufactures , le là octobre 18Zi7 , sur les travaux de M. Montai, par M, Sainte-Fare Bontemps , secrétaire du Comité d'Agriculture. (Journal des Travaux de l'Académie de l'Industrie française , volume XVII, p. 122.)
Les bornes d'un rapport ordinaire seraient tout à fait insuffisantes, Messieurs, pour yous faire bien connaître tous les services que M. Montai a rendus à la facture des pianos en général, et notamment des pianos droits, dont il s'est plus particulièrement occupé.
Nous livrons à vos méditations individuelles, après avoir suffisamment expliqué ses causes et ses effets, un perfectionnement nouveau, d'une grande importance et d'un avenir certain. Plus vous l'examinerez avec attention, plus vous reconnaîtrez combien il mérite d'être approuvé, d'être propagé tel qu'il existe dans ce moment, tel qu'il peut exister longtemps à la satisfaction générale. Vous reconnaîtrez toutefois avec nous que le contre-tirage est susceptible de légères modifications, qui ne lui feront certainement pas défaut, qui sont faciles à pressentir, et vous n'oublierez pas surtout qu'il n'est, en quelque sorte, qu'à ses premiers moments d'existence, et que c'est par un pas de géant qu'il a célébré sa naissance.
Conformément aux usages ordinaires, vous ordonnerez sans doute le renvoi du nom de M. Montai à la Commission supérieure, pour qu'elle puisse, lorsqu'elle sera constituée en commission des récompenses, préciser les marques de bienveillance
qu'elle doit lui accorder. Nous nous plaisons à croire qu elles seront suffisantes ; mais elles ne seront jamais exagérées.
Si vous pensez que la publication de ce Rapport soit utile, nous vous demandons son insertion dans un des numéros du Journal de l'Académie.
Signé : Sainte-Fare Bontemps, rapporteur.
A la suite de ce rapport, il a été décerné à M. Montai une médaille d'honneur en or.
Extrait d'un article par Henri Blanchard, à l'occasion de l'Exposition
des produits de l'industrie française.
[Gazette musicale, 1849, p. 260.)
Homère et Milton pouvaient bien penser et faire écrire des vers ; mais, aveugle comme ces illustres poètes, M. Montai fait faire et fait lui-même de fort bons pianos, construits avec autant de précision dans la forme, le mécanisme, que de force et de douceur dans le son. Il résulte évidemment de cela que M. Montai dans sa partie est au moins aussi fort que Milton et Homère dans la leur. Il a publié de plus un excellent traité sur Fart, si c'est un art, d'accorder le piano, attendu qu'il est un excellent accordeur lui-même.
Signé : Henri Blanchard.
Extrait d'un article de M. Fétis, à l'occasion de l'Exposition universelle
de Londres, 1851.
{Gazette musicale, 1851, p. 331. )
M. Montai me paraît mériter une mention particulière. Bien qu'aveugle depuis l'âge de cinq ans, il n'en a pas moins le génie des mécaniques et la main d'un habile ouvrier. Ce que les yeux lui refusent est racheté par la finesse du tact et de l'ouïe. Longtemps il a dû lutter contre le préjugé soulevé
contre ses instruments par son état de cécité ; mais sa modeste confiance en lui-même, soutenue par une inébranlable fermeté, ont triomphé des obstacles accumulés autour de lui par la malveillance. A son début, M. Montai fut accordeur, et ce fut ainsi qu'il apprit à connaître tous les systèmes de construction des pianos. Devenu facteur lui-même, il commença par imiter; mais bientôt après, entraîné dans la carrière souvent dangereuse de l'invention, il imagina divers perfectionnements, parmi lesquels il en est trois qui ont été spécialement récompensés par les jurys des Expositions françaises et par les Sociétés d'Encouragement. Huit médailles ont été décernées à M. Montai, à diverses époques. Quatre pianos droits ont été placés par lui à l'Exposition de Londres ; et dans chacun il a fait usage des inventions par lesquelles les histruments sortis de ses ateliers se distinguent.
M. Montai est, je crois, le premier facteur français qui a fait l'application du mécanisme d'Érard, à double échappement, au piano droit, en le modifiant en raison du mode inverse de l'attaque de la corde par le marteau. Ce mécanisme fonctionne très-bien, et la répétition de la note à tous les degrés de force s'exécute sans peine dans tous les instruments du facteur dont il s'agit. Tous sont transpositeurs ; mais le système par lequel s'exécute la transposition appartient en propre à M. Montai. Dans ce système, le mouvement de translation s'opère par un simple levier, et ce mouvement soulève les échappements pendant la moitié de la course, et les laisse redescendre sur la touche voisine pendant la seconde moitié, en sorte que le clavier ne peut accrocher ni détériorer les échappements pendant son mouvement latéral; la mécanique reste immobile, et les marteaux, ainsi que les étouffoirs, conservent leurs positions en face de leurs cordes respectives. Par là se trouve résolu le problème dont M. Mercier avait cherché la solution par son
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système de touches brisées, auquel il a renoncé en le cédant à M. Adisson, de Londres.
Les pianos droits de M. Montai diffèrent aussi de ceux des autres facteurs par un système de contre-tirage, qui consiste en plusieurs tringles de fer armées d'écrous, lesquelles sont placées derrière l'instrument, en face des pièces verticales de la charpente et à une certaine distance de chacune d'elles. Ces tringles traversent les sommiers supérieur et inférieur, agissent sur eux en s' allongeant ou se raccourcissant par l'effet des écrous, et, maintenant la caisse dans ses conditions normales, opposent une résistance proportionnelle au tirage des cordes, conservent l'élasticité de la table d'harmonie, en la protégeant contre les fléchissements de la caisse, et enfin prolongent la durée de l'accord de l'instrument. Nul doute que ce système, très-supérieur à la résistance passive du barrage ordinaire, ne soit destiné à passer dans l'usage général, après l'expiration du brevet de M. Montai.
Les instruments de ce facteur ingénieux se distinguent aussi par une pédale d'expression qui, agissant sur les marteaux, les approche progressivement des cordes et abaissent le clavier dans la même proportion, de manière à diminuer la puissance d'attaque et à produire une sonorité douce qui se combine d'une manière heureuse avec l'effet produit par la pédale à lever les étouffoirs. Cette pédale permet de nuancer les traits par un changement de sonorité sans que les mains quittent le clavier ; ce qui ne peut se faire avec la pédale qui porte les marteaux sur une corde, parce que ceux-ci pourraient s'accrocher et se briser si les doigts restaient sur les touches pendant le mouvement de translation.
Le premier piano droit à cordes obliques de M. Montai est un très-beau meuble dans le genre de Boule. Le mécanisme est traité avec beaucoup de soin, mais les sons du médium sont un
peu trop couverts, ce qui tient à la garniture des marteaux. Un autre instrument de grand format, à cordes verticales, en bois de rose avec des ornements très-riches, est d'une sonorité plus brillante. Le troisième, plus petit, est également à cordes verticales; et enfin le quatrième est un véritable piano vertical de l'ancienne forme, à cordes longues. Celui-ci se fait remarquer par une grande puissance sonore, par son égalité et par la légèreté du mécanisme. Tous ces instruments sont transpositeurs. Fétis.
Extrait d'un article d'Adrien de la Fage à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris en 1855.
{Gazette musicale, 1855, page 359.)
Quelques compositeurs, au moment où ils vont terminer une symphonie ou une ouverture, s'amusent à faire reparaître tout à coup un motif qu'ils ont déjà amplement traité, comme pour recommander à l'auditoire de ne pas l'oublier, parce qu'ils n'auront plus à y revenir. J'en vais faire autant, et j'espère qu'on ne m'en saura pas mauvais gré. Il s'agit de reparler encore un instant des pianos.
Un de nos plus habiles facteurs, et l'un de ceux qui ont toujours offert au public non-seulement de bons pianos, mais des pianos d'une grande beauté et d'un excellent goût, a le malheur d'être aveugle. Assurément il aurait fallu l'être plus encore que lui pour ne pas remarquer cette année son exposition, vraiment magnifique et aussi riche en nombre qu'en qualité. Aussi Tavais-je bien vue, quoique le nom de M. Montai fût omis dans le Catalogue à la place où l'on aurait dû le trouver ; je voulais en parler avec étendue, et pour avoir attendu trop
longtemps, je me vois aujourd'hui privé de cette satisfaction.
M. Montai est un de nos facteurs modernes qui ont le plus cherché les perfectionnements de tous genres et porté leurs soins tour à tour sur toutes les parties de l'instrument. Les pianos droits étant devenus d'un usage général et s' adaptant mieux que tous les autres à des appartements réduits au plus extrême point de rétrécissement,telsquelesontles nôtres, c'est surtout à perfectionner leur construction que M. Montai s'est appliqué. Il a d'abord cherché à remédier par divers moyens de contre-tirage à l'effet de tension des cordes, qui réagit sur les parties les plus essentielles de l'instrument. Il s'appliquait en même temps à trouver l'égalité du son, en adoptant pour les basses l'usage des cordes enroulées, et il apportait à la construction de celles-ci des précautions de soudure d'une importance plus grande qu'on ne le pense. C'était déjà un moyen de suppléer au défaut de longueur ; M. Montai en a trouvé un autre dans la disposition des mêmes cordes en éventail^ où, droites dans les dessus, les cordes vont en obliquant progressivement jusqu'à la basse, de manière à donner à la dernière la plus grande longueur possible.
A l'égard de la mécanique, M. Montai a modifié l'échappement simple et l'échappement double de façon à diminuer le nombre des parties qui entrent dans la construction, et il a employé le cuivre pour les enfourchements. Il a tâché aussi que ses pianos transpositeurs conservassent une parfaite solidité dans toutes leurs parties. En somme, et comme résultat général, M. Montai atteignait déjà le but qu'il semblait poursuivre, savoir : d'élever les qualités du piano droit au niveau de celles du piano à demi-queue.
Il avait en même temps porté ses idées sur un autre point : il voulait donner aux cordes du piano toute l'expression dont
elles sont susceptibles et en prolonger le son autant que possible.
Une application nouvelle du système de M. Pape , qui consiste à diminuer le parcours des marteaux, et par conséquent à obtenir l'affaiblissement du son, a été obtenue au moyen d'une pédale d'expression.
En parlant, il y a quelque temps, de la pédale expressive de M. Mercier, je m'étonnais qu'il n'eût pas préféré le système de jalousie usité dans l'orgue à l'ouverture entière et tout d'une pièce de la partie postérieure du piano ; j'ignorais alors que M. Montai faisait précisément usage du moyen que j'indiquais, et qu'il avait construit des pianos accompagnés d'une pédalejalousie.
A ces deux pédales M. Montai en ajoute une troisième pour obtenir le son prolongé sur une ou plusieurs notes, sans être obligé de laisser les doigts sur la touche.
Ainsi que je le disais en commençant, son exposition ne pouvait être plus riche : il a offert à l'admiration des visiteurs dix pianos , qui malheureusement sont dispersés, ce qui fait disparaître en partie ce qu'une telle réunion aurait eu d'imposant.
J'ai vu avec un extrême plaisir que parmi les instruments exposés par M. Montai il s'en trouve en bois de diverses sortes non employés jusqu'à présent dans la fabrication des pianos; tels sont l'ébène verte de la Guadeloupe et la racine d'olivier d'Algérie, outre le thuya, qui a déjà fait quelques efforts pour faire concurrence au palissandre et à l'acajou. Et franchement, je voudrais bien voir des couleurs un peu gaies devenir à la mode. Nos meubles sont aussi tristes que nos habits, et nos habits aussi tristes que nos personnes. L'acajou n'était déjà pas trop éclatant; on lui a substitué le palissandre, qui est infiniment plus sombre ; je le préfère cependant
à ces placages de mauvais goût dans lesquels on veut faire revivre des formes usées, et surtout à certains ornements modernes qui annoncent des habitudes de servile adulation, et montrent dans les pianos même jusqu'où peut aller la dégradation de l'espèce humaine.
"Adrien de la Fage.