‹ L'Art d'écrire un livre, de l'imprimer, et de la publierChapitre 28 sur 60 · DES EPREUVES · texte numérisé non relu

DES EPREUVES

Pour se rendre compte de ce que fait un auteur quand il demande une correction, il suffit de réfléchir k la différence qu'il y a entre Técriture et la typographie.

Dans une page d'écriture courante, on met autant qu'on veut de lignes, et de mots à chaque ligne; on espace au hasard de la plume; arrivé à la fin d'une ligne, on laisse du blanc ou on coupe les mots sans compter. En typographie, les pages doivent avoir le même nombre de lignes, toutes exactement de même longueur, sauf à la fin des alinéas : dans chacune des lignes prise isolément, il faut espacer également tous les mots; on ne doit pas faire plus de trois ou quatre coupures de lignes par page.

A moins donc que l'auteur ne remplace un mot ou un passage par un texte de longueur égale, la ligne en est allongée ou raccourcie, il faut remanier plus ou moins jusqu'à ce que, en augmentant ou en diminuant l'espacement d'un nombre suffisant de lignes, on arrive k faire place k la correction ; enfin, si le nombre de lignes de la page se trouve

dépassé, il faut reporter de page en page les lignes en trop jusqu'à ce qu on tombe juste.

Or, dans une page comme celles du présent livre, il v a en moyenne lOoO lettres ou pièces diverses : espaces, cadra tins, cadrats, interlignes, lingots et garnitures. Il faut, quand il s'agit de corriger une page composée en feuille, desserrer la composition, remanier tout et en faire autant pour les pages (jui suivent, jus(pi"à ce qu'on tombe juste. Tout cela peut représenter une somme respectable d'heures de travail, et par suite, d'argent. Ces modifications sont toujours coûteuses à exécuter, parce qu'elles ne peuvent être faites (ju à l'heure ien conscience), tandis que la composition primitive» est le plus souvent donnée aux pièces (à la tàchei et se fait ainsi économiquement.

Nous arrivons maintenant à 1 im des travaux les plus importants de l'art décrire. La correction des épreuves n'est pas seulement un travail très long, qui demande une attention sévère, qui décide de la pureté du texte et de la forme défîtive d'un ouvrage : elle impli([ue encore, outre une connaissance parfaite de la langue , l'observance des usages graphiques et typographiques, et la conciliation des exigences de l'auteur avec les conditions techniques de l'imprimerie.

11 faut ajouter à cela la situation aussi diftîeile que délicate où se trouve placé l'auteur, entre deux devoirs également impérieux : donner à son ouvrage toute la perfection obligée, et ne pas bovdeverser de fond en comble, à force de corrections imprévues, les conditions siu* lesquelles l'éditeur et l'imprimeur se sont fondés pour traiter.

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