‹ L'Art d'écrire un livre, de l'imprimer, et de la publierChapitre 30 sur 60 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

Pour tirer de sa coopération tout l'eUet utile qu'il a droit d'en attendre, l'auteur doit être fixé sur les attributions de ceux qui, à l'imprinierie, collaborent avec lui à la correction de son livre.

Tout d'abord il faut remarquer que le mot « correction » •comprend deux opérations très distinctes dont la plus essentielle est la lecture, tandis que la correction proprement dite n'est qu'un travail manuel fait sur les indications des correcteurs ou de l'auteur lui-même. C'est avec les correcteurs •seuls que celui-ci collabore directement, et ses notes, ses observations, ne vont qu'à eux.

Le véritable office des correcteurs consiste donc à lire les épreuves, puisque la notation en marge des cliangements à faire :.i"est qu'un sig-ne conventionnel pour louvrier qui les exécute, et qui s'appelle, non correcteur, mais corrif/ciir.

Ce qui est vrai du correcteur est vrai de l'auteur : pour lui aussi, corris'er c'est lire. Mais comme il v a autant de degrés dans la lecture que dans tous les autres travaux de l'esprit, il

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est bon cjiie les écrivains sachent la mesure de travail qui s y dépense à l'imprimerie, et qu'ils en fassent autant si ce n'est davantage.

Ce n'est donc pas le correcteur qui exécute les corrections : il ne fait que les marquer en marg'e comme ferait l'auteur. Celui (|ui corrige réellement est le corrigeur. Penché sur la galéc où elle est posée, il desserre ou détacfue la composition selon qu'il s'agit d'un placard ou d'une épreuve en pages, écarte les lettres à la place où est la correction à faire, les prend à l'aide d'une pince, les remplace, les supprime, les transpose; il fait de même les remaniements de mots ou de lignes, avec le travail (pii on résulte pour les espaces et les interlignes. Cet ouvrier, en qui on se représente à tort un correcteur, n'exécute là qu'un travail de typographie, il n'a rien à voir avec le manuscrit : il ne fait autre chose que do déconqjoser et recomposer en suivant aveuglément les indications notées sur l'épreuve.

En fait, cependant, c'est ce travail-là qui inq^orle à l'auteur ; il est généralement accompli avec une exactitude impeccable; c'est très rare de voir revenir dans l'épreuve suivante une faute signalée sur la précédente. Si les correcteurs étaient toujours aussi habiles à leur besogne que le corrigeur à la sienne, les pauvres auteurs économiseraient lUie bonne partie du sang et de l'eau qu'il leur faut suer trop st>uvent à passer par les « dures épreuves » et les <( corrections cruelles » dont ils sont trop souvent accablés.

Souhaitons-nous donc, dans nos rêves de félicité typogra-

phique, des corrigeurs qui soient toujours aussi bons, et des correcteurs qui deviennent meilleurs à mesure que le cours des âges poussera lliumanité dans la voie du progrès.

Voici donc ce qui se passe. Le placard, composé et tiré en épreuves, est lu par un des plus jeunes correcteurs, relu, corrigé, tiré de nouveau, et adressé avec la copie à l'auteur.

Au retour du placard, un correcteur plus expérimenté le lit, le donne à corriger, le relit. On met en pages, et on adresse à l'auteur ce qui est FépreuA^e « en seconde )>.

Cette seconde, revenue à l'imprimerie, est parfois lue, corrigée, relue, par un correcteur encore plus capable, et retournée à l'auteur.

De même pour l'épreuve en bon à tirer, sans compter la lecture en tierce^ qui se fait, comme nous l'avons rappelé précédemment, au moment de commencer le tirage définitif.

Ainsi, de compte fait, chaque épreuve passe à l'imprimerie par plus de six lectin^es.

Pour corriger sérieusement une épreuve, il faut employer trois manières de lire dont chacune supplée à l'insuffisance des deux autres.

Voilà qui paraît d'abord extraordinaire, mais sans compter que tout le monde relit souvent plusieurs fois les livres qui lui plaisent, il faut d'abord savoir que, de ces trois manières, deux sont exclusivement spéciales au travail de la correction ; quant à la troisième, c'est tout simplement celle dont nous lisons tous.

Donc il y a d'abord la lecture typoyraphiqiie, où l'attention

'MO l'ai'.t DÉcmuE un livre

du correcteur s'attache tout particulièrement à la recherche des fautes typog^raphiques. On ne peut pas bien faire plusieurs choses à la fois : or il y en a plus dune à réaliser dans un ouvrage écrit, et la première est que les mots et les phrases, soient exactement présentés, dans un texte ordonné selon les. rèjj^les de Fart.

(]ette préoccupation ne laissant pas à l'esprit la liberté nécessaire pour observer l'ellet intellectuel de l'ouvrao^e, le correcteur passe à une seconde lecture, qui s'appelle en elïet la lecture intellectuelle, et où, ne s'occupant plus des fautes, d'impression, il examine si les mots, les phrases, les idées, sont d'accord avec le dictionnaire, la t;rammaire. voire même la logique. C est là qu'il relève les fautes de français, les. oul)lis, les contradictions, les anachronismes, toutes ces bévues enlin, qui échappent aux auteurs: c'est là qu'il peut rendre des services signalés, et comme c'est généralement le plus, éprouvé des correcteurs qui prend ce soin, il est rare que le correcteur n'ait pas raison. Le correcteur typographe, s'il est expérimenté, corrige « au doigt et à l'œil », c est-à-dire en suivant du doigt sur la copie j)endant (piil lit 1 impression. Cette seconde lecture se fait, soit avec un lectevu", soit au doigt ; on peut du reste sim[)li(ier considérablement cette nu'thode par la super[)osition de l'épreuve pliée convenablement sur la copie.

Certains correcteurs ha])iles à lire au doigt ne font cpi'une lecture pour les travaux courants.

Vient entin la troisième lecture, qu'on peut appeler Iik

lecture littéraire^ qui se fait couramment, avec cette allure m.oyenne, dég-agée, dont un lecteur ordinaire suit les pages d'un livre en s' abandonnant à ses impressions, et qui est comme la répétition générale de ce drame ou, hélas! de cette tragédie qui s'appelle la mise en vente d'un livre. Il peut se dégager de cette troisième lecture des impressions ou des aspects utiles à signaler à l'auteur.

Ainsi s'achève ce qu'il faut appeler « les lectures » de chaque épreuve. Si, après tant de soins, l'auteur se contentait de lire purement et simj^lement, une seule fois, les épreuves qu'on lui a envoyées, il faut convenir qu'il serait digne de tous maux, car tant de travail a été dans son intérêt. Il lira donc trois fois au moins, et chaque fois à un point de vue différent, les épreuves à corriger; de plus, dans l'intervalle d'une épreuve à l'autre, il relira ses recueils d'épreuves précédentes, pour y découvrir et marquer d'un signe particulier ces fautes insidieuses qui se dérobent jusqu'au dernier moment, et dont il finit par rester toujours quelqu'une d'irréparable.

Ajoutées au nombre de celles de l'imprimerie, les neuf lectures de l'auteur compléteront un total de nombreux contrôles par où aura passé un livre imprimé, et cependant un livre sans vine seule faute est un phénomène rarissime.

Loi'squ'on rapproche ce regret de l'étonnement qui nous frappe devant la correction presque impeccable de ces journaux qui se rédigent et s'impriment en quelques heures, on se sent pris de mélancolie et de découragement à voir arriver ses épreuves. Mais il ne faut pas se laisser abattre ; il n'y a là

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qu'une apparence trompeuse. D'abord, si on lisait d'un bout à l'autre un de ces in-folios que forme l'année d'un journal, on y trouverait plus d'une faute, surtout si le journal est d'une époque récente, car depuis ces derniers temps cette correction est bien déchue. Ce qui fait la différence, c'est que les journaux ne sont plus guère que des reproductions de textes imprimés qui se composent presque sans erreur; les trois quarts des matières, feuilletons, annonces, documents, faits divers, remplissages, sont composés à loisir, et les articles du jour sont en grande partie corrigés par leurs auteurs. D'ailleurs il est juste de rendre aux compositeurs spéciaux de ce genre de typographie l'honneur qui leur est dû : chacun reconnaît (pie « les journalistes », comme on appelle ces ouvriers, sont les premiers virtuoses de la corporation.

Au moment où il s'apprête à lire la première épreuve de son livre, l'auteur doit prendre sa tète dans ses deux mains pour réfléchir aux conditions et aux conséquences du labeur qui commence pour lui. 11 a fallu le travail de plusieurs hommes pour seulement mettre l'épreuve en état de lui être soumise, et lui, il est seul, devant un texte épuré sans doute, mais où il lui faut vériiier cluKjue phrase, cluujue mot, chaque lettre, ainsi que K>s dispositions et les détails typographiques.

Nous montrions tout à l'iieure comment et pourquoi c'est pour lui un devoir de mettre à tout le moins autant de soin à son travail qu'en ont mis les correcteurs de l'imprimerie : de là suit ([ue. pour les égaler, il faudrait que son attention fût triple de la leur : c'est poiuquoi nous avons conseillé de relire

les recueils d'épreuves pendant les intervalles qui en séparent les arrivées.

Cependant quand il se sera ainsi pénétré de ses devoirs, il faudra qu'il s'arme de tout son sang'-froid pour résister à l'aspect de la transformation que l'imprimerie a fait sulnr à son ouvrag-e.

Nous avons remarqué quelle intensité de lumière et d'évidence l'impression ajoute à la pensée écrite; c'est surtout à la première épreuve que l'auteur est frappé de cet effet : ce qu'il voit est un autre livre où qualités et défauts, défauts surtout, ressortent en relief sur le fond du discours.

Mais comme l'amour-propre ne ^^erd jamais ses droits, surtout à un pareil moment, l'auteur ne voit que les qualités qui ont g-randi, et il ne voit plus les défauts, qui n'ont pas diminué.

A moins donc qu'on ne soit du nombre de ces heureux auteurs qui n'écrivent que pour se féliciter eux-mêmes de leurs ouvrages, on devra se ceindre les reins, non d'un baudrier de triomphateur, mais de la corde d'un pénitent qui va confesser ses fautes avec un ferme propos de les réparer.

Le procédé de correction universellement usité dans l'imprimerie n'a rien de sacramentel ; il est le meilleur, voilà tout : chacun pourrait donc corrig-er à sa façon pourvu que les corrections fussent clairement indiquées. C'est ainsi que pour les thèses d'étudiants, qui sont généralement le début de nous tous dans l'art difficile de corrig-er nos sottises imprimées, les corrections se font en numérotant chaque faute et

en reportant à la fin de l'épreuve l'indication du changement à faire, précédée du même numéro.

Mais pour qui se mêle du métier d'écrire, il n'est pas permis d'ig'norer ce que tout auteur doit savoir, à son grand avantage d'ailleurs, puiscjue le procédé est aussi simple à apprendre que facile à pratiquer.

On trouve dans tous les ouvrages de typographie des spécimens dépreuves avec l'explication de la valeur des signes divers des corrections.

On en trouvera un dans VAliUcUiuch Ilachcllc de 1894. Bien qu'il y ait dans ce modèle trente-deux indications, on peut ramener à quinze environ les signes indispensables, dont nous donnons ici les figures et les usages.

I Ce signe sert à mar{[uei' toute lettre ou ponctuation à corriger. 11 se trace perpendiculairement à travers la lettre, dépassant la ligne en haut et en bas juscju'à la moitié de l'interligne.

Lorscpiil y a [)lus (rune lettre à corriger, au lieu

de trait vertical on trace une ligne horizontale au milieu de la hauteur des lettres à changer ou à supprimer, en prenant garde à ne les dépasser ni en avant ni en arrière, et en faisant le trait assez, fin pour ([u'il laisse distinguer les lettres ainsi rayées.

A Ce signe, placé dans l'espace blanc qui sépare deux lettres d'un mot ou deux mots entiers, indique qu'il faut intercaler là soit un mot soit une ou plusieurs lettres.

jjl Pour transposer dans la même ligne deux ou plusieurs

lettres d'un mot, deux ou plusieurs mots d'une phrase, on

fait circuler ce trait entre les espaces qui les séparent.

S'il s'agit de mots, le tracé s'allong-e en dessus et en

dessous à proportion de la longueur des mots à transpo-

ser

' > Sil y a lieu de transposer des lignes entières, on

trace un trait horizontal, à partir de la fin de la première ligne, dans l'interligne qui la sépare de la suivante, et arrivé à la lin de cet espace, on fait tourner le trait sur la marge, on le ramène dans l'interligne suivant, et ainsi de suite tant qu'il y a lieu.

^ Le deleatur, légère modification du d ([ui commence son nom, signifie en latin : «qu'il soit elfacé ». C'est un des signes les plus usuels, et qui indique toute suppression d'une ou plusieurs lettres, de mots entiers ; s'il s'agit de supprimer des lignes, des passages, il suffît de rayer les lignes, d'encadrer ou de croiser les passages. Pour les mots entiers, les rayer suffit aussi à la rigueur, mais il est plus sûr et plus clair de mettre en marge un i^ .

X II arrive assez souvent qu'une lettre , pour avoir été haussée par accident ou surchargée d'encre, dépasse le niveau de la composition et marque beaucoup plus noir que les autres ; par des causes analogues, les espaces et même les cadratins qui séparent les mots, au lieu de rester au-dessous des lettres, se trouvent haussés à leur niveau et laissent leur marque à l'impression. Ce signe, en forme de croix de saint André, indique qu'il faut les renfoncer.

31 G l'aiît d'écrire un livre

(^ Lorsqu'une lettre est d'un autre caractère que le mot dont elle fait partie, on la reproduit en marge en l'entourant d'un cercle.

,J^ Ce sig-ne, placé dans l'espace entre deux lettres, indique qu'il faut le diminuer.

3 Celui-ci, qu'il faut rapprocher dt'ux mots ou deux parties d'un mot, trop écartés.

( ) Cette ligne, terminée par deux courbes concentriques, se trace entre deux lignes trop écartées qu'il faut rapprocher.

|-j 1-| S'agit-il au conti'aire d'espacer des lignes trop

rapprochées, on (race le long de l'interligne qui les sépare un Irait horizontal ainsi barré de deux petites traverses verticales.

AY Lors([u il y a lieu d'espacer les mots dune ligne, ce signe, (|ui ressemble à un dièze, sert à 1 indiquer.

( ) Quand, après avoir supprimé un mot, on veut le

conserver, il suffît de l'enfermer dans une parenthèse et d'y faire au-dessous luie ligne de points.

Pour in(li(pier (ju il faut composer un mot en ita-

li(pie. on le souligne et on met en marge : ital.

— ^ Deux lignes parallèles sous un mot demandent (ju'il soit en petites capitales ; trois lignes, en grandes capitales.

Pour le romain, les majuscules, les capitales classiques, l'égyptienne, l'elzévir. le didot. l'antique, la normande, la latine, le petit-texte, etc., etc., on écrit en toutes lettres, en marge, le nom du caractère demandé.

Maintenant, pour inscrire les corrections, qu'elles soient tracées par des signes placés dans l'intérieur du texte ou seulement signalées par un trait vertical, toutes doivent être figurées sur la marge de droite, à la hauteur précise de la ligne où elles sont. Si cette marge est trop étroite pour les contenir toutes , au lieu de les inscrire en ligne droite , on fait monter ou descendre la ligne sans l'inten^ompre.

On écrit la première correction après avoir tracé d'abord entre elle et le texte un trait vertical; à droite de la correction ainsi faite, on en met un second; à droite de celui-ci, la troisième correction, puis un trait, et ainsi de suite jusqu'à la tin des corrections de cette ligne.

Dans les transpositions de mots ou de lignes un peu étendues ou compliquées, il est beaucoup plus simple de numéroter les mots isolément ou par groupes, dans l'ordre qu'on veut leur donner, et de tracer à droite et à gauche du numéro un trait aboutissant au commencement du mot ou du groupe ; c'est comme une accolade. Ce procédé, très facile et très clair, ne donne lieu à aucun malentendu.

Après une très longue pratique dont nous pouvons nous autoriser, nous avons adopté définitivement l'ordre suivant comme le plus simple, le plus sûr et le moins fatigant, pour lire et corriger les épreuves.

Il faut les lire trois fois. Les lire trois fois de suite, c'est comme si on ne les lisait qu'une : les trois lectures doivent donc être aussi espacées que possible. Or, comme en général on rend les épreuves du jour au lendemain, il convient de les

lire au moment où elles arrivent, le soir avant de se coucher, et le lendemain matin.

Une des grandes causes d inadvertance, c'est le voisinage entre une correction déjà faite et une faute à relever : la correction empêche de voir la faute à côté. Pour éviter cela, nous nous bornons, dans les trois lectures, à mettre simplement un trait léger au craA'on sur chaque faute, et rien qu'un gros point, au crayon, à la marge de gauche, pour indiquer qu'il y a une faute à cette ligne.

Ce n'est qu'après la dernière lecture que nous faisons les corrections, à l'encre, sur la marge droite, comme c'est l'usage.

Nous recommandons, les corrections finies, \me précaution très utile, et (pii ne demande cjue deux ou trois minutes : c'est de ^Jîiicourir les marges gauches en vérifiant, en face de chacun des points, si la correction signalée a été bien indi(piée. Il est rare ipie ce dernier coup d'ceil ne fasse jkis découvrir un ou deux oublis.

La méthode ([ue nous recommandons a ])our avantage, d'abord, en espaçant les lectures, de donner à lattention du répit pour se rafraîchir ; mais ce qui la rend surtout efficace, c'est qu'elle laisse le temps de dormir sur l'épreuve. Or. comnie nous l'avons rappelé à propos de la conceptitm des idées, rien, pour les inspirer et les mettre en ordre, n'est fécond et ordonnateur comme le sommeil. Aussi la correction du matin est-elle la plus clair voj^ante, surtout pour ce qui concerne les défectuosités des phrases.

Pour le classement de l'exemplaire des épreuves qui

restent k l'auteur, nous rappelons qu'il est bon de coller par colonne les feuillets de placard, de manière à en faire un cahier, et de relier les épreuves en feuilles par un fil continu qu'on passe de Tune à l'autre, en l'arrêtant alternativement en bas et en haut de chaque cahier. On pourrait se contenter de placer les feuilles dans un dossier, nuiis notre procédé est plus commode pour feuilleter.

C'est à la troisième épreuve que l'auteur, en écrivant sur le coin ou la marge : Bon à tirer, ou simplement : Bon, suivi de sa signature, donne k l'imprimeur l'autorisation de mettre la feuille sous presse, mais k condition que les corrections y indiquées soient préalablement exécutées. Si donc cette condition n'a pas été observée, et que des fautes se retrouvent après le tirage en bonne feuille, c'est-k-dire définitif, l'auteur sera en droit d'exiger que la feuille fautive soit imprimée en entier ou cartonnée, selon le cas.

Pour remplacer un passage ou des mots sur une impression en feuille, il faut en efl'et réimprimer quatre pages : un feuillet ne suffirait pas, parce qu'on ne peut brocher ni relier un feuillet k moins d'y mettre un onglet.

L'importance même de son droit suffit pour faire sentir k l'auteur quel soin il doit mettre k cette épreuve décisive, qui est le ne varietur du contrat d'impression. De son côté l'imprimeur, qui connaît sa propre responsabilité, doit redoubler de soin et de surveillance, et c'est ainsi qu'on verra le plus souvent manuscrit et tirage marcher sans encombre du faux titre au mot Fin et arriver k bon port.

320 l'ap.t d'écrip.e un livue

Nous terminerons jjar une observation qui, pour être toute de conscience, n'en engage pas moins la responsaljilité de l'auteur, au regard de cette fraternité de travail dont il doit s inspirer dans ses relations avec ses collaborateurs.

Rien ne l'oblige à s'occuper du titre courant ni des chiffres de la pagination ; il ne tient qu à lui de ne pas même les lire, car l'imprimeur seul en est responsable. Mais après ce qui est arrivé j^our un de nos ouvrages, nous ne pouvons nous dispenser d'avertir les écrivains que c'est pour eux un devoir de lire et de corriger le titre courant et le numéro de chaque page avec autant de sollicitude que le texte.

Il est donc arrivé que l'imprimeur, pour avoir repris sur une feuille le premier chiffre de la centaine qui précédait, a continué son foliotage avec une erreur de 100 pages en moins, et que, s'en étant aperçu longtemps après, il lui a fallu recomposer, recorriger et tirer à nouveau ces 100 pages! 11 ne nous en a même pas soufflé mot ; rien que 1 aveu lui en eût été trop pénible. Ce fut bien des années après, lorsqu'il était mort depuis longtemps, que son successeur nous avoua le désastre, sans même im mot d'amertume.

Depuis ce temps-là nous corrigeons religieusement les titres courants et le foliotage. en pensant à notre vieil imprimeur.

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