‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 32 sur 52 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Rapprochement de tous les faits exposés dans cet ouvrage, et qui ont un rapport immédiat avec Fart d'élever les vers à soie.

Lorsqu'il s'agit d'un art aussi directement lié avec l'intérêt des nations et des familles, un auteur ne saurait trop , selon moi , prendre soin de rendre familière la connaissance des faits qui sont relatifs à cet art.

Si celui qui élève les vers à soie a lu seulement une fois cet ouvrage, les observations que je vais faire lui épargneront la peine de relire certains chapitres ; les faits rapprochés feront d'ailleurs beaucoup plus d'impression que lorsqu'on les a lus épars et isolés.

Je ne dissimule pas que quelques lecteurs trouveront inutiles beaucoup de choses que je vais dire, parce qu'elles ne sont d'aucune utilité pour l'intérêt pécuniaire, qui est le premier objet auquel tend l'art d'élever les vers à soie.

J'espère cependant que ceux qui voudront bien porter leur attention sur la série des faits que j'expose, trouveront qu'ils ont des rapports plus ou moins directs avec les résultats que se propose d'obtenir Y éducateur des vers à soie.

Je ne cacherai pas non plus qu'on pourra aussi

trouver étrange de voir que je fais rapplication du calcul à cet art avec la même exactitude que pour des objets d'une nature invariable , tandis que les choses dont nous parlons sont susceptibles de varier par l'influence de beaucoup de causes. Mais j'ai cru devoir faire correspondre la précision des calculs aux expériences que j'ai répétées pendant plusieurs années avec la plus grande exactitude, afin que ce que j'expose pût fournir des données sûres pour diriger les éducateurs des vers à soie.

Ce chapitre sera divisé en sept paragraphes :

1^ Faits relatifs aux œufs des vers à soie et à leur éclosion ;

2^ Faits relatifs à l'espace que doivent occuper ces insectes dans leurs différents âges ;

S** Faits relatifs à la consommation de la feuille dans les différents âges des vers ; observations à ce sujet ;

4^ Faits relatifs à l'augmentation et à la diminution des vers en poids et en grandeur ;

5*" Faits relatifs aux cocons contenant la chrysalide saine, ou altérée, ou morte ;

6^ Faits relatifs à la production des œufs ;

7*» Faits relatifs aux locaux et aux ustensiles.

§ l^' Faits relatifs aux œufs des vers à soie et à leur éclosion.

Pour faire une once d'œufs de vers de la

race la plus grosse de quatre mues, il en faut 37,440 (1).

Si tous ces œufs fournissaient le ver, et que tous les vers se conservassent sains, on retirerait de cette once d'œufs à peu près 373 livres de cocons, parce que 150 cocons pèsent à peu près une livre et demie.

Pour faire une once d'œufs de vers communs de quatre mues, il en faut 39,168.

Si tous ces œufs produisaient le ver, et que tous ces derniers se conservassent sains, on retirerait de cette once d'œufs à peu près 1621 livres de cocons, parce que 360 cocons pèsent à peu près ime livre et demie.

Pour former une once d'œufs de vers de trois mues, il en faut 42,200. .

Si tous ces œufs étaient dans les mêmes conditions que ceux dont je viens de parler, on en retirerait à peu près 105 livres de cocons, parce que 600 cocons pèsent à peu près une livre et demie.

D'après ces faits positifs , on jugera facilement , par la quantité de cocons qu'on retire, combien il y a eu d'œufs qui n'ont pas produit le ver, et combien il en est mort dans les différents âges. Cela ser-

(1) Je fais observer que Tonce dont parle Tauteur est un peu plus petite que l'once française. D'après les informations que j'ai prises, la livre de 28 onces de la Lombardie équivaut à peu près à 25 onces de France. C'est d'après ce rapport que j'ai fait la réduction en poids français. Mes calculs peuvent n'être pas bien justes, mais il n'y a pas cependant de gi*andes erreurs. (Le Traducteur.)

vira eûsuite pour fixer ropinion sur la bonté des diverses méthodes employées pour élever les vers à soie.

Depuis l'époque de la ponte jusqu'au moment qu'on ôte les œufs du linge, c'est-à-dire dans l'espace d'à peu près neuf mois, ils ne perdent qu'environ ~Q de leur poids.

Depuis le moment que les œufs des vers à soie ordinaires de quatre mues se mettent dans Yétuve, jusqu'au moment où ils commencent à éclore , ils perdent, terme moyen, 47 grains par once ; ce qui équivaut à :;^ de leur poids total.

Le poids des coques des œufs, après la naissance des vers, équivaut à 1 1 6 grains par once ; ce qui est à peu près ^ du poids total .

En conséquence , déduction faite de la diminution des œufs dans Yétuve, et du poids des coques^ 54,625 vers à soie venant de naître font une once, tandis que, pour faire ce poids, 39,168 œufs suffisaient.

39,000 vers à soie provenant d'une once d'œufs peuvent tous manger le premier jour, et être à leur aise sur un espace d'environ 20 pouces carrés.

Faits relatifs à V espace que doivent occuper les vers à soie dans leurs différents âges.

Les vers d'une once d'œufs occupent :

Dans le premier âge, un espace d'à peu près 7 pieds 4 pouces carrés ;

Dans le second âge, dé 14 pieds 8 pouces carrés;

Dans le troisième âge, de 34 pieds 10 pouces carrés ;

Dans le quatrième âge , de 82 pieds 6 pouces carrés ;

Dans le cinquième âge, de 183 pieds 4 pouces carrés.

Comme le ver monte dans le cinquième âge, j'aurais bien voulu indiquer ici le poids des matériaux qu'il faut pour former les haies et les cabanes pour une once d'œufs, c'est-à-dire 120 livres de cocons; mais je n'ai pu établir de base fixe, attendu que les végétaux employés varient beaucoup eii poid5, selon leur nature. Par exemple, 160 livres de paille de colza équivalent à plus de 450 livres de bruyère, et celle-ci à plus de 750 livres de genêt, etc.

Faits relatifs à la eonsammation de feuille que font les vers à soie dans leurs différents âges; observations à ee sujet.

n résulte des comptés faits avec la plus grande exactitude que la quantité de feuille tirée de l'arbre, qu'on a consommée pour chaque once d'œufs, monte à 1,609 livres 8 onces, partagées comme il suit :

Ziik —

Premier âge, feuille mondée. .

6éiv.

Second âge, idem. . .

Troisième âge, idem. . .

Quatrième âge, idem. . .

Cinquième âge, idem. . .

1^3621. » ODC

Par once d'œufs^ feuille mondée (1 ). i ,362

Mais cette feuille a perdu de son poids en la mondanft.

Voici les proportions :

lÉpluchures de feuille.

Dans le premier âge 11. 8ouc.

Dans le second 3

Dans le troisième 9

Dans le quatrième 27

Dans le cinquième 102

Éplucbures par once d'œufs. . 142 1. 8 onc.

En tout 1,5041. 8 onc

Pendant tout le temps de l'éducation des vere, les 1,609 liv.8 onces de feuQle tirée de l'arbre ont perdu, par l'évaporation et autres causes, outre répluchement sus-indiqué 105 »

En totalité. . .... \ 1,6091. 8 onc.

1421. 8 onc

(i). J'ai donné quelques idées, dans le courant de cet ouvrage, sur ce qu'on entend par feuille mondée. Je \ais mieux m'cipKquer.

On met plus de soin à monder la feuille dans les premiers âges-; alors on tire tous les petits rameaux et les queues des feuilles, afin qu'elles soient dépouillées le plus possible de ce qui est inutile. Cette opération a plus d'utilité dans les deux premiers âges, parce qu'alors on coupe la feuille très-menu, tout devant servir.

On a vu que la feuille distribuée sur les claies pour une once d'œufs a été de 1 ,362 livres. .

Dans le troisième âge, réplucbement se fait arec moiiis de soin^ et encore moins dans le quatrième et le cinquième.

Uépluchement est très-utile, en ce qu'on met sur les claies quinze et même vingt pour cent de moins de matière que les vei-s à soie ne peuvent manger; cette matière augmenterait la litière et rhuraidité sans besoin ni motif.

Dans le cinquième âge^ et même dans le quatrième, quand la «aison est bonne, on met sur les claies la feuille mêlée d'une grande quantité de mûres, de i^ameaux et de pétioles, quoiqu'on sache que les vers ne les mangent pas. 11 faudrait, à cette époque, trop de temps et de travail pour monder la feuille avec soin, et ce serait peut-être peine perdue. Ces matières, alors grosses, dures, ligneuses, ne fermentent pas facilement, quoiqu'elles augmentent beaucoup la litière. Si les ateliers sont constamment aérés et secs, ces substances non-seulement ne nuisent pas, mais même elles tiennent la litière un peu gonflée, et facilitent Tintroduction de Tair pour la sécher.

Lorsque les vers à soie trouvent quelque feuille qui ne leur plaît pas, ils ne la mangent point. 11 y a quelquefois des feuilles de couleur châtain, qui ont un peu fermenté; si elles ne sont pas tout à fait gâtées, les vers les mangent comme si elles étaient saines, et je ne me sois jamais aperçu qu'elles leur eussent nui. 11 paraît donc que ce conmiencement d'altération n'avait porté aucune atteinte à la substance sacchaiûne et résineuse.

Il est indifférent qu'on ôte ou qu'on laisse les bourgeons; j'ai nourri avec eux des vers à soi^ pendant tout le troisième âge, aucun n'est mort : cependant la durée de cet âge et la mue furent plus longues; les vers étaient moins gros que ceux nourris avec la feuille. Si on laisse les bourgeons dans le quatrième âge, les vci's ne les mangent pas, parce qu'ils ont de la peine, avec leurs scies déjà dures, à déchirer les feuilles molles, de la même manière qu'on aurait de la peine à couper du papier mouillé avec des ciseaux. Ils mangent toujours avec peine, et quelquefois même ils ue veulent pas la feuille flétrie, par la môme raison qu'ils refusent les bourgeons.

Durant la vie des vers on tire des claies, en fumier :

Dans le premier âge 4 liv. 8 onc.

Dans le second 4 8

Dans le troisième 19 S

Dans le quatrième 60 »

Dans le cinquième 660 »

Total 745 liv. 8 onc.

Les simples matières stercoreuses qu'on trouve dans la litière ou dans les résidus non mangés qu'on ôte des claies, recueillies avec soin, pèsent à peu près :

Celles du premier âge ». » liv. 1 onc. 4 gros.

Celles du second i 3 »

Celles du troisième 3 9 4

Celles du quatrième. 189 4

Celles du cinquième 132 » »*

Total. . . . . 155 H v. 7 onc. 4 gros-

Distrayant 155 liv. 7 onc. 4 gros des 745 liv- 8 onc, il reste 590 liv. 4 gros de suhstance végétale, y compris les pétioles , les mûres , les brins de feuille, etc., que les vers n'ont pas mangés. Si Ton défalque les 590 liv. 4 gr. de feuille des 1 ,362 liv. qu'on avait iootises sur les claies, les vers^ n'auront effectivement mangé que 771 liv. 7 onc. 4 gr. de feuille pure.

Il suit des faits ci-dessus exposés :

1** Que, pour obtenir une livre et demie de cocons, il faut à peu près 20 liv. 4 onc. de feuille,, telle qu'on la cueille sur l'arbre , et qu^il en faut

1 ,609 liv. 8 onc. pour obtenir 130 liv. de cocons que doit produire une once d'œufs ;

2'' Que de cette quantité de feuille cueillie sur Tarbre, déduisant les 142 liv, 8 onc. d'épluchures et les 105 liv. de diminution, effet de Tévaporation de rhumidité de la feuille, il ne faut qu'à peu près 16 liv. 8 onc. de feuille par liv. de cocons, c'est-àdire 1 ,362 liv. par 120 liv. de cocons ;

3^ Que, déduisant des 1 ,362 liv. les 590 liv. 4 gr. de résidu, c'est-à-dire de petits rameaui, de queues, de mûres, etc., qu'on a ôtés des claies avec la litière, 9 liv. j à peu près de feuille ont suffi pour obtenir 1 liv. l de cocons, et par conséquent 771 1. de feuille effectivement mangée ont suffi pour obtenir 120 liv. de cocons ;

4° Que les 1 ,362 liv. de feuille\nise sur les claies n'ayant fourni que 745 liv. 12 onc. de fumier, y compris les purs excréments, et 120 liv. de cocons, ee qui fait en tout 865 liv. 12 onc, il s'est perdu dans l'atelier, en gaz et vapeurs aqueuses, iln poids de matière de 496 liv. 4 onc;

5° Que les trois quarts à peu près des 496 liv.

4 onc de matière ayant été extraits, comme on l'a vu (Chap. VIII), pendant les derniers six jours do cinquième âge, il s'ensuit que, dans ces jours , les susdites matières étaient du poids de 30, 40 et 30 liv. par jour ;

6^ Que, pour un atelier contenant les vers de

5 onces d'œufs, comme est celui dont nous avons^ parlé, il doit s'être dégagé, chacun des susdits jours,

de 300 à 450 livres de substances gazeuses et vaporeuses sous forme invisible.

Ces derniers faits , que j'ai cités ailleurs , et qui paraîtraient incroyables s'ils n'eussent été démontrés par des calculs rigoureux , rapprochés de cette manière, montrent à l'évidence combien sont formidables les ennemis qu'on doit combattre dans l'atelier.

On ne connaît point ces ennemis dans les climats chauds ou originaires des vers à soie, parce que ceux-ci sont toujours en contact avec l'air extérieur qui circule librement partout , et en éloigne les gaz et vapeurs méphitiques .

Quoique les éducateurs, parmi nous, ne connaissent pas la force de la cause matérielle qui tue les vers, ils savent cependant que, dans le dernier âge, il faut tout ouvrir dans l'atelier. Mais souvent aussi, pour éviter un mal, ils s'exposent à d'autres, c'est-àdire aux mauvais effets du froid et du vent, qui peuvent endurcir les vers et les faire tomber au moment qu'ils se disposent à faire le cocon. Il n'y a que la douce et continuelle agitation de l'air intérieur qui soit utile, et qui rapproche les vers à soie de leur climat originaire.

On est étonné d'apprendre qu'un seul ver , qui , venant d'éclore, comme je l'ai dit plus haut, ne pèse qu'un centième de grain, puisse consommer à peu près, en 30 jours , plus d'une once de feuille, c'est-à-dire qu'il détruise en substance végétale à peu près 60,000 fois son poids primitif.

Il résulte de mes expériences que , dans les climats plus ckauds que le nôtre , les vers à soie consomment un peu moins de feuille que ce que je viens d'indiquer, parce qu'elle est plus nutritive.

Sur le sol fortuné de la Dalmatie, j'obtins, en 1 807, une livre et demie de cocons par 1 5 liv. de feuille , et je retirai de 15 liv. de cocons une livre et demie de soie, moins fine cependant que la nôtre. Malgré la richesse de produits de cette province, pour laquelle la nature a tant fait , il y a pourtant dans ce moment très-peu de mûriers.

§IV

Faits relatifs à F augmentation et à la diminution des vers à soie en poids et en grandeur.

Augmentation progressive.

Cent vers à soie venant de naître pèsent à peu près. . 1 gr.

Après la lr« mue, ils pèsent à peu près 15

Après la 2« mue. . 94

Après la 3e mue 400

Après la 4« mue j,628

Arrivés à leur plus grand volume, à peu près. . . 9,500

En 30 jours les vers ont donc augmenté de 9,500 fois leur poids.

J^e ver à soie venant de naître est long d'à peu près. . . 1 lig.

Après le premier âge, il Test de 4

Après le 2* âge, de 6

Après le 3* âge, de. . . 12

Après le 4« âge, de. , . 20

Dans le 5«, une grande quantité acquiert la longueur d'à-

peu près. * . . , 40

La longueur de cet insecte a donc augmenté de 40 fois en 28 jours.

Diminution progressive.

Cent vers à soie arriTés à leur maturité pèsent à peu

près 7,760 grains.

Cent chrysalides pèsent 3,900

Cent papillons femelles 2,990

Cent papiUons mâJes iJOO

Cent femelles ayant déposé leurs œufs 980

Cent femelles mortes naturellement, ayant déposé

les œufs, et presque tout à fait sèches. . . . 3S0

Dans l'espace de 28 autres jours, le ver à soie a diminué de 30 fois son poids.

Sa longueur, depuis son plus grand accroissement jusqu'au moment qu'il se change en chrysalide, a diminué d'à peu près trois cinquièmes.

Pendant et immédiatement après l'accouplement ^ il semble que le papillon a augmenté en poids : cent papillons qui , avant l'accouplement, pesaient 2,990 grains, en pèsent, immédiatement après, 3,200. L'humeur injectée par le mâle a été d'un plus grand poids que tout ce qu'a perdu naturellement la femelle dans le même temps.

Le ver, diminuant progressivement de poids dans les derniers 28 jours de sa vie , c'est-à-dire depuis le moment qu'il est arrivé à sa perfection comme ver jusqu'à celui qu'il meurt sous la forme de papillon , ne mange rien, se soutient avec sa propre substance, et cependant il accomplit les plus importantes fonctions et opérations de sa vie.

Les faits que j'ai exposés démontrent combien est grande la force de vitalité du ver à soie, et que d'efforts et d'erreurs il faut pour le rendre malade et le faire périr.

Faits relatifs aux cocons qui contiennent la chrysalide vi^ vantCj ou altérée, ou morte.

Lorsque les cocons sont parfaitement formés, ils diminuent, dans les premiers quatre jours, de trois quarts pour cent de poids chaque jour ; les autres jours , leur diminution est peu de chose.

Mille onces de cocons parfaits sont composées :

De chrysalides vivantes . 842 onces.

De dépouilles laissées par les vers lorsqu'ils deviennent chrysalides 4V2

De cocons purs 4^372

Total 1,000 onces.

Chaque cocon sain , provenant d'un bon atelier, contient donc la septième partie, et même deux treizièmes de pur cocon , comparé au poids du cocon contenant la chrysalide.

Malgré cela, le fait est qu'on n'obtient des cocons, pour terme moyen, avec les. moulins à soie, que la douzième partie en soie filée, c'est-à-dire que 140 onces de cocons avec la chrysalide saine, qui contiennent à peu près %i onc. de cocons purs , ne produisent en général que 12 onces de soie.

Rapprochons maintenant tous les faits que je viens d'exposer.

Il résulte qu'à peu près 97 liv. 8 onc. de feuille donnent 7 liv. et demie de cocons ; que 7 liv. et demie de cocons , avec la chrysalide saine , donnent à peu près 18 onc. de cocons purs ; que ces 18 onc. de cocons ne donnent que 8 onces de soie filée.

Le rapport entre le poids de la feuille et celui du cocon pur serait donc, à quelque chose près, comme 87 à 1 , et le rapport de la feuille avec la soie filée , comme 152 à 1.

Lorsque le propriétaire a obtenu des mûriers 228 livres de fçuille, il a donc contribué à la production d'une livre et demie de soie, et à quelques onces de bourre de soie , comme nous le verrons plus bas.

Les proportions entre la soie filée qu'on retire des cocons et les cocons mêmes peuvent varier plus ou moins , selon que les vers ont été bien ou mal élevés.

Dans l'année 1814, qui fut très-mauvaise, mes cocons m'ont donné près de 15 onces de soie très^ fine par 7 livr/?s et demie de cocons. J^en ai même obtenu 13 onces par sept livres et demie, des cocons de rebut.

Le rapport entre le poids des cocons contenant la chrysalide saine qu'on fait filer, et celui de la bourre qu'on ne peut pas filer de la même manière , est , pour terme moyen , de 19 à 1 , c'est-à-dire qu'il y a une livre de bourre par 19 liv. de cocons qu'on file.

€e que j^ai dit plus haut démontre que le poids de la soie , des étoupes et de la chrysalide provenant d'une quantité donnée de cocons, n'équivaut pas au poids des cocons mêmes. La raison en est qu'il se trouve dans des cocons deux autres substances : ime que les fileurs font profiter et vendent à bas prix , et une autre qui , étant de nature gommeuse, se dissout et se perd dans la chaudière.

Le rapport entre la qualité de la soie filée qu'on obtient des cocons , et celle des étoupes suscites , est comme 1 1 à 40, ou H à 4 , c'est-à-dire qu'il y a 4 onces d'étoupes par H onces de soie.

En général , dans \ 5Ô livres de cocons , on trouve à peu près une livre et demie de cocons doubles , c'est-à-dire formés par deux vers, et qui valent moins que la moitié de^ cocons simples.

A peu près 506 pieds de bave filée, extraite de cocons de trois mues , pèsent un grain.

Le cocon de trois mues donne deux grains ^33^ de soie , si on fait le calcul que , pour terme moyen , on extrait à peu près 1 1 onces de soie de 3,000 cocons pesant 7 livres et demie.

Le même cocon donne donc à peu près 1 , 1 66 pieds de bave. On trouve dans une once de cette bave filée environ 291 ,456 pieds.

458 pieds 4 pouces de bave filée , extraite d'un cocon commun de quatre mues, pèsent un grain.

Ce cocon donne 3 grains ^ de soie, parce que, pour le terme moyen , on tire à peu près 1 1 onces de soie filée de 1 ,800 cocons , qui pèsent 7 livres et de-

mie. Ce cocon donne 1 ,760 pieds de bave filée. L'once de cette bave filée a 364,000 pieds.

4SI1 pieds 8 pouces de bave filée, tirée du gros cocon de quatre mues, pèsent un grain.

Ce même cocon donne 9 grains ^ de soie filée , parce que , terme moyen , on obtient à peu près i 1 onces de soie par 750 cocons , qui pèsent 7 livres et demie. Ce cocon donne par conséquent à peu près 3,885 pieds de bave filée. Une once de cette bave fait 243,880 pieds.

On peut conclure que , terme moyen , le ver à soie , en formant le cocon , fait un fil de soie qui a un sixième de lieue. N'est-ce pas ui^ fait merveilleux?

Les proportions entre les bons çoepns percés qui ont servi pour la production des OBufs ^\ les dépouilles qu'ils renferment varient un peu. Ces cocons ne peuvent pas 3e filer, parce que la continuité de la bave a été rompue par le papillon. Les cocons vides et percés sont toujours sales dedans et dehors, et , lors même qu'ils sont parfaitement secs , ils retiennent quelque peu de matière. Ils ne sont d'ailleurs jamais aussi propres que ceux qui ont été coupés avec la chrysalide en vie ; en conséquence ils pèsent davantage.

Pour ne rien laisser de caché à ceux qui élèvent les vers à soie , je leur fais connaître d'autre part les proportions différentes qu'offirent les cocons percés dont sont sortis les papillons :

Mille onces de ces cocons ne pèsent plus qu'à peu

près 170 onces.

Les dépouilles des vers devenus chrysalides pèsent. . .5 ^1^ Les dépouilles de la chrysalide que laisse le papillon en sortant du cocon pèsent 774

483 onces.

Les 1 ,000 onces de cocons choisis pour les œufs ont donc donné un peu plus de la sixième partie du poids du cocon devenu vide; il pèse 170 onces, lorsque les 1 ,000 onces de cocons avec la chrysalide Tide n*ont donné en cocons purs que 153 onc.

Avant de finir de parler des cocons à chrysalide saine, je vais citer un fait qui pourra surprendre : il faut 13,860 cocons pour former un poids de \ ,000 onces. On a vu que les dépouilles de cette même quantité de vers qui ont fait leur cinquième mue dans le cocon pèsent 4 onces et demie. Supposons que le ver, à son plus haut degré d'accroissement , n'ait pour terme moyen que trois pouces de longueur et neuf lignes de circonférence; la peau a donc deux pouces et un quart carréjs de superficie. Les 12,860 peaux avaient donc une superficie de S!8,935 pouces carrés. Cette superficie équivaut à 110 pieds , et ne pèse , comme on Ta vu , que quatre onces et demie.

Connaissant de cette manière les différentes pro-» pc^tionà des cocons qui ont la chrysalide saine, nous verrons que celles du cocon dont la chrysalide est calcinée ou gangrenée sont bien différentes.

Ces proportions méritent d'être connues , parce qu'elles ont des rapports intimes avec l'art d'élever les vers à soie au plus grand avantage du propriétaire.

Les idées qu'on a sur les cocons qui ont le ver calciné sont encore généralement confuses. Beaucoup d'éducateurs se plaignent des pertes qu'ils éprouvent de vendre à bas prix , à celui qui fait filer la soie , les cocons légers , et celui qui les achète nie qu'il y ait pour lui un grand avantage.

L'acheteur peut bien quelquefois n'avoir pas tort ; mais cependant les pertes du vendeur sont réelles et grandes , et on a peine à comprendre comment il a pu, pendant des siècles , se contenter de se plaindre, au lieu de chercher à découvrir et à détruire la cause de ses pertes (Chap. XII).

Cocons avec le ver calciné et sans tache.

Mille onces de ces cocons contiennent, en vers ou chrysalides momies , et enveloppés de substance saline sèche. • 642 onces. Cocon pur 358

Total. 1,000 onces.

La proportion entre le poids de la momie et celui du pur cocon vide est comme 1 8 à 1 0.

Sept livres et demie , c'est-à-dire 120 onces de ces cocons , contiennent donc à peu près 44 onces de cocons purs.

Comme ces cocons non tachés rendent 12 onces de soie filée par 21 onces de cocons purs , il est évident qu'on tire des 50 onces de cocons purs ,

En soie filée, à peu près .28 onces V,

Plus , en étoupes et autres substances qui se perdent. 2i V,

Total 50 onces.

Si celui qui fait filer n obtient que 12 onces de soie de 7 livres et demie de cocons ayant la chrysalide saine , tandis qu'il en obtient 25 onces d'un même poids de cocons avec la chrysalide calcinée et non tachée , en achetant de ceux-ci il a 13 onces de plus de soie par 7 livres et demie de cocons , c'est-à-dire le double. Par conséquent , si les cocons communs se payent, par exemple, 3 fr. la livre, ceux qui sont calcinés et non tachés devraient se payer 6 fr.

Il faut à peu près 1 ,1 00 de ces derniers pour faire une livre et demie (1).

(1) J'ai effectivement trouvé presque égal le poids du cocon vide et sain dont j'avais tiré le ver calciné , et celui du concon dont j^avais extrait' la chiTsalide saine.

Cependant celui qui fait filer trouve bien souvent un obstacle qui Fempêche de tirer des deux qualités de cocons la même quantité de soie. Cet obstacle dépend de la légèreté même du cocon qu'aie ver calciné.

n est presque indispensable que, lorsqu'on file le cocon , il renferme un corps pesant , tel qu'est la chrysalide saine , pour qu'il ne sorte pas del'eau avec trop de facilité. Si la chrysalide est ime momie ^ elle pèse moins que celle qui est saine , et le cocon ne produit pas de l'avantage à celui qui fait filer , parce qu'il échappe

Cocons tachés dont la chrysalide est calculée.

Mille onces de ces cocons contiennent en chrysalide momie , avec

la substance saline 600 onces.

En cocons purs 400

Total 1.000 onces.

La proportion entre le poids du cocon plein et celui de cocon vide est donc de 3 à 2.

Sept livres et demie de cocons, c'est-à-dire 120 onces , contiennent à peu près 50 onces de cocons purs ; mais , comme dans presque tous les cocons tachés leur substance a été altérée et gâtée , le fileur ne peut savoir s'il tirera de 7 livres et demie de cocons la moitié de soie qu'il obtient de ceux qui ont la chrysalide saine. Moins il tirera de soie de tels cocons , plus grande sera la proportion en étoupes de soie , et les étoupes valent moins que les cocons dont la chrysalide est saine.

Mille de ces cocons pèsent une livre et demie.

Cocons dont la chrysalide est gangrenée, tachés ou non tacJiés.

En général on ne peut séparer la momie de ces cocons ; le ver ou la chrysalide sont devenus en partie un savon animal noir , qui reste attaché à l'intérieur du cocon. Quelquefois la momie est trèsaisément tiors du bassin, et embarrasse la fîleuse^ qui s'en délivre le plus tôt possible.

Cela fait voir combien il est avantageux que la chrysalide soit saine dans tous les cocons; elle pèse alors six ou sept fois autant que le pur cocon.

noire ; elle est parfois détachée, mais le plus souvent elle est fixée au cocon.

Une partie de ces cocons se file; la tache n'en altère et n'en gâte pas toujours la soie. Les fileurs ne sont jamais certains de la quantité de soie qu*on peut en extraire ; en général , ils ne se soucient point de ces cocons , quoiqu'il y ait des personnes qui supposent qu'on gagne beaucoup à les acheter.

La soie qu'on file des cocons dont la chrysalide est altérée n'est jamais aussi belle que celle de ceux dont la chrysalide est saine.

Huit cent soixante cocons ayant la chrysalide noire pèsent une livre et demie.

V éducateur perd toujours deux tiers ou trois cinquièmes sur cette qualité de cocons.

Je dois dire ici , ^a parlant de ces trois espèces de cocons, qu^ je n'ai failles expériences que sur ceux qui m'ont été remis de divers endroits. Mes calculs pounrai^t bien ne pas s'accorder avec oeux des autres observateurs.

Je finirai ce paragraphe par l'observation suivante : l'art de filer la soie est encore généralement entre les mains de gens ausaî ignorants que ceux qui élèvent les vers à soie (i ) .

Par exemple , tout le monde sait que , sur deux fileuses filant chacune 7 livres et demie de cocons

(1) Cela pouvait être vrai en Lombardie lors de la première publication de rouvi*age, mais depuis lors, en Lombardie aussi bien qu'en France, Tart de filer les cocoqs a faK d'immenses progrès. B.

de la même qualité , une d'elles extraira constamment 8 onces de soie , tandis que Tautre n'en obtiendra que 6 onces et demie, et moins encore. Il y a même des fîleuses si ignorantes , qu'en donnant trop fréquemment dès coups du petit balai , elles détruisent plusieurs couches de soie qui enveloppent encore le cocon ; d'autres extraient moins de soie du cocon, uniquement parce qu'elles filent dans de l'eau trop chaude.

On perd beaucoup tous les ans par la maladresse et la négligence des fileuses (1) .

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