‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 31 sur 52 · H — § III · texte numérisé non relu

H — § III

Des locaux destines à conserver saine et fraîche la feuille du mûrier.

Selon moi , on n'a pas encore assez calculé les avantages ou les dommages que peut produire la feuille , selon le local où on la met avant de la distribuer aux vers.

Elle doit être au rez-de-chaussée ou dans des lieux souterrains, légèrement humides, et qu'on puisse fermer de manière qu'il n'y entre que la lumière suffisante pour voir à l'y mettre , à la remuer et à la monder. Ces qualités sont indispensables.

Lorsqu'elle est encore bien grasse ( Voyez la note de la page 44) , on doit la placer par couches de trois ou quatre pouces seulement, pour qu'elle ne s'altère pas. Lorsqu'elle est mûre , elle se conserve très-bien plusieurs jours , quoique les couches soient de près d'un pied , pourvu qu'elle ait été cueillie sèche. On doit cependant avoir soin de la remuer tous les jours , afin qu'elle reçoive bien le contact de l'air intérieur, et qu'elle ne s'affaisse pas trop.

Si , dans le local où on place les vers , l'air doit être constamment sec , dans celui où est la feuille il doit être frais et humide , sans être agité. Ce serait une perte sensible que l'air enlevât à la feuille trop de son humidité naturelle, non pas tant parce qu'elle se flétrirait que parce que je crois cette humidité un véhicule nécessaire pour que les diffé-

rentes séparations et sécrétions qu exige la santé de ranimai s'opèrent parfaitement, et pour qu'il dépose bien la soie dans ses réservoirs. Au reste la nature a donné beaucoup moins de substances aqueuses à la feuille mûre du mûrier qu'à aucune autre feuille des arbres que nous avons sur notre sol.

Si le local destiné à conserver la feuille est trèshumide, il ne l'altère pas , pourvu qu'il soit frais et tenu bien fermé : c'est la chaleur et l'amoncellement qui la gâtent.

On doit faire en sorte que ces locaux soient sous les ateliers , ou bien près ; on aura alors le grand avantage d'avoir toujours une provision de bonne feuille , surtout dans le temps de la grande frèze ou brife au cinquième âge. On sentira encore plus cet avantage s'il vient alors à pleuvoir pendant quelques jours , ou si la saison est pluvieuse.

Lotsque le propriétaire reconnaîtra , comme moyen de faire prospérer sa maison , l'exacte pratique de l'art d'élever les vers à soie , il ne trouvera plus ni embarras ni grande dépense pour préparer tout ce qui est nécessaire.

§ IV

Des ustensiles qui servent à V exercice de Fart d'élever les vers à soie.

Faire mieux qu'on n'a fait les différentes opérations dont se compose un art, en dépensant moins,

est un des premiers buts auxquels doivent tendre tous ceux qui Texercent,

Partant de ce principe, j'ai cru utile de faire faire une petite collection d'ustensiles de peu de dépense , et tous nécessaires pour exécuter les opérations qu'exige l'éducation des vers à soie.

Cet art n'avait pas eu jusqu'à présent d'ustensiles particuliers ; chacun employait à son choix tel ou tel ustensile différent pour la même opération. J'en donne ici une explication : on en verra la gravure à la fin de cet ouvrage .

Le grattoir (1). Il sert pour détacher les œufs des linges mouillés. Il est facile de le tenir dans la main : on introduit le côté du fil entre les œufs et le linge , et on parvient à en détacher beaucoup en peu de temps [Fig. 3).

Le thermomètre. J'en ai fait connaître l'usage dans un paragraphe qui en traite exclusivement (Chapitre IV, §11).

Le Poêle. Il çst destiné à chauffer l'atelier. Il le chauffe beaucoup mieux &'il est construit de manière à recevoir l'air extérieur qui entre dans l'atelier après s'être échauffé dans le poêle. L'air raréfié qui entre chaud chasse l'air intérieur. Si on veut, on peut boucher les trous qui servent de passage à Tair raréfié, lorsqu'il y a du feu dans le poêle; ces mêmes trous peuvent servir pour introduire de l'air froid, lorsque le feu du poêle est éteint [Fig. 5).

(1) Ou couteau à papier. B.

Petite$ boites pour faire éclore les œufs. Il doit y en avoir de plusieurs grandeurs , afin que chaque once d'œufs ait un espace d'à peu près 7 pouces 4 lignes carrés. Elles doivent être de carton si elles sont petites, et de planches minces si elles sont grandes, c'est-à-dire propres à contenir 10 à 20 onces d'œufs, ou d'un espace de 73 à 146 pouces carrés. Elles doivent être distinguées par des chiffres arabes bien visibles , placés sur tous les côtés (Fig. 6).

Claies ou tables. Elles servent, couvertes de papier, pour placer les vers à soie. Les miennes ont le fond de canne. On peut- les faire de toutes sortes de branches d'arbres. Il suffira que, dans aucun cas, ce fond ne soit pas d'un tissu trop serré , afin que le papier reçoive par-dessous le contact de l'air qui le sèche insensiblement.

La largeur des claies doit être de 2î9 à 37 pouces; leur longueur peut être de plusieurs toises. On doit les placer les unes sur les autres , sans qu^elles dépassent par aucun côté , pour ne pas gêner le mouvement des paniers carrés (PI. I, Fig. 4).

On peut écrire sur une ou plusieurs claies réunies, avec un pinceau , au bord extérieur, de combien de pieds carrés est la superficie de la claie. Si, supposons , la claie a 20 pieds de longueur et trois de largeur , on écrira 30 pieds carrés , etc, (PL II , Fig.l).

Cuiller. Elle est faite de manière à pouvoir la manier avec beaucoup de facilité pour remuer les œufs (Ftgf. 8).

Petites tables de transport. Ce sont des planches minces d'à peu près un pied de largeur, et assez longues. Elles doivent être appuyées sur les côtés de la largeur des claies. Elles ont un manche au milieu qui sert à les transporter facilement. Elles doivent être très-unies , afin que les vers à soie y montent sans aucun obstacle. Il y a un bord d'à peu près un demi-pouce sur trois côtés (Fty. 9).

Soupiraux. Ils doivent tous s'élever et s'abaisser à volonté, moyennant deux rainures dans lesquelles la planche monte et descend. Il faut pouvoir les fixer à la hauteur qu^on veut , s'ils sont au pavé, et les faire glisser plus ou moins , s'ils sont au plafond ou plancher (Fty. 10).

Perçoir (1). Ce fer, percé à l'extrémité, est fait de manière qu'à chaque coup qu'on donne à sa partie supérieure avec un marteau, il perce plusieurs doubles de papier qu'on a placés sur une espèce de piédestal fait exprès. On perce beaucoup de feuilles de papier dans très-peu de temps (2!) . Ces feuilles servent ensuite à couvrir les petites boîtes d'œufs , lorsque les vers commencent à nattre. Beaucoup de personnes emploient, au lieu de papier percé, un voile clair ou du canevas, et obtiennent le même effet [Pig. 11 , aetfe).

(1) Ou emporte-pièce. B.

(2) 11 existe maintenant (1860) à Annonay (Ardèche) plusieurs fabriques de papiers percés à la mécanique, dits filets en papier y. et qui sont d'un usage général dans tout le midi de la France, concurremment avec les filets en fil ^ à mailles carrées. B.

Petit crochet. Ce petit instrument de fer recourbé sert très-bien pour enlever promptement des petites bottes les petits rameaux chargés de vers , et les placer sur les feuilles de papier préparées dans le petit atelier. Avec cet instrument on évite de les prendre avec la main, et par conséquent on n'est pas exposé à en écraser [Fig. 12î).

Caisse de transport. Avec cette caisse on transporte les vers éclos de 20 onces d'œufs : elle pèse à peu près 75 livres. Lorsqu'on transporte moins de vers,, on ôte en proportion des petites planches de la caisse. Chaque petite planche contient une feuille de papier couverte de vers provenant d'une once d'œufs. Il n'y a rien de plus commode et déplus utile pour le transport de ces insectes ( Fig 13).

Couteau. Il est fait de manière à couper la feuille facilement et menu (1) [Fig. 14).

Double tranchant. Lorsque la feuille est coupée avec le couteau, on la reprend avec ce tranchant courbe , afin de multiplier les morceaux, et obtenir par conséquent une plus grande quantité de bords. On n'emploie ce tranchant que dans le premier et le second âge [Fig. 15).

Grand tranchant. Il est fait à peu près comme celui avec lequel on coupe la paille par petits morceaux. Il sert à couper grossièrement beaucoup de feuille en peu de temps. On ne l'emploie que les trois premiers jours après la troisième mue [Fig. 1 6) .

(1) On se sert maintenant de coupe-feuille mécaniques. {Voir le tableau synoptique de M. Brunet delà Grange, Fig. 4^.)

Petit balai de millet. Ce petit balai s'emploie pour bien distribuer la feuille sur les claies [Fig. 17).

Petite porte pratiquée dam les grandes. Au bas des grandes portes il y en a une petite qu'on élève et qu'on abaisse à Tolonté , et qui sert conune un soupirail {F«gf. 18).

Panier carré. Il est large et peu profond- Il a un crochet au milieu du manche qui sert à le faire glisser commodément le long des claies , et à le faire mouvoir dans tous les sens entre les claies , sans toucher à leurs bords inférieurs [Fig. 19).

Planches ou bancs. Us sont faits de manière à pouvoir donner commodément à manger aux seconds rangs des claies , et à* ne pas se renverser (Fig.%0].

Petites échelles. Elles sont un peu plus larges et plus commodes que celles dont on se sert ordinairement, et d'une hauteur suffisante pour pouvoir les appuyer aux bords des claies [Fig. 21).

Hygromètre. J'en ai expliqué l'usage dans un paragraphe exprès [Fig. 22). (Chap. VII, §1.)

Appareil pour purifier l'air. Le vase de verre doit être très-large à son ouverture, comparé aux bouteilles dont j'ai parlé (Chap. VII, § II), et au lieu d'être bouché avec du liège, il l'est avec du verre poli à l'émeri. Il doit boucher hermétiquement, et il se serre par le moyen d'une petite vis. Ce vase, ainsi construit, est plus commode et plus utile que tout tiutre {Fî>. 23).

Hotte. Elle n'est qu'un peu plus large en bas que les hottes ordinaires; le tissu en est bien serré.

afin que le fumier qu'on y met n en tombe pas [Fig.U].

Ustensile pour les immondices. Lorsqu'on a nettoyé les claies, le peu de fumier qui y reste se jette dans cet ustensile avec un petit balai ; sans cela, on ne peut nettoyer facilement les papiers qui sont sur les claies dans le cinquième âge (Fig.%^).

Châssis pour placer les papillons. Us sont couverts de toile qui se lève facilement, et à laquelle on peut en substituer d'autre lorsqu'elle est sale. Ces châssis servent ensuite pour transporter ce qu'on veut. Ils ont un manche comme les tablettes de transport [F'ig. m).

Botte pour conserver les papillons. Cette boîte légère ou petite caisse, percée à ses côtés , est très-bonne pour priver les papillons de la liunière, sans qu'ils en souffrent , et afin que les mâles ne se débattent pas(F«!/.2l7).

Chevalet pour les œufs. Cet ustensile est plus commode que tous ceux que je connais pour recueillir les œufs ; lorsqu'on l'a employé, il se ferme et occupe peu d'espace là où on le place pour servir l'année d'après (Fî(/. 28).

Châssis à corde. Il n'y a rien de meilleur que cet ustensile pour y placer les œufs ; ils reçoivent l'air de tous côtés, et s'y conservent frais et secs {Fig.^9}.

Thermomètre oblique pour reconnaître si les ouvriers ont négligé de faire du feu la nuit, ou s'ils en ont trop fait (Fig. 30).

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