‹ L'art d'élever les vers à soieChapitre 36 sur 52 · DÉPENSES · texte numérisé non relu

DÉPENSES

s onces d'œufs 15 liv. M. » sous.

Bois pour les faire éclore 1 13

8,250 liv. de feuille à 4 liv. 13 s. 6 d.

euviron les 100 liv 385 »^

Dépenses pour cueillir la feuille. ... 96 5

Copeaux , bois gros et menu , 15 quint, à

1 liv. 1 s. 4 d. le quint. 16 »

Rameaux pour faire monter les vers , en

sus de ceux de Tannée 1813 4 1<^

Papier de plus que celui de 1813, . . . 4 »

Huile pour les lampes. 9 »

Boitteille pour purifier Vaîr i 10

Pourjournées de travail 109 »

Total 642 »

Afferme et intérêt du capital 90 »

732 liv. M. » sous.

On a retiré 601 liv. 8 onces de cocons , qui se sont vendus à 52 sous la livre, et ont produit 1,563 18-

Profit net 831 liv. M. 18 sous.

Il résulte de ce compte que le fermier retire toujours un bénéfice sensible pour avoir seulement fourni son travail. Ce bénéfice a été très-grand cettfr année pour ceux qui ont bien élevé les vers.

Par ce que j'ai dit, on s'aperçoit évidemment que le fermier n'a fourni en journées qu'à peu près 200 livres , et 50 livres à peu près en déboursés , y compris la valeur de la moitié des œufs. Si on compare cette dépense avec le gain , il résulte qu'en 1814 il a

retiré 781 livres 19 sous , qui sont la moitié de 1 ,563 livres 1 8 sous , montant total du revenu de cette année. Il me semble que ce bénéfice , obtenu en peu de jours , est bien grand pour un fermier.

Il est vrai de dire que le haut prix des cocons , en 1814, a beaucoup contribué à augmenter le bénéfice. En 1813, s'étant vendus à bas prix, le gain ne fut que de 309 livres 8 sous. Cette somme me paraît cependant suffisante pour encourager un fermier.

Revenons à l'objet de ce paragraphe, et concluons que , d'après les comptes que j'ai faits plus haut , il résulte qu'en supposant que 20 ou 21 livres de feuille donnent une livre et demie de cocons , le gain est grand pour qui que ce soit qui entreprenne d'élever des vers à soie ;

Que dans 35 jours à peu près, pendant la plus grande partie desquels il y a bien peu à faire, un chef de famille peut gagner assez pour vivre quelques mois ;

Qu'une famille un peu nombreuse, s'en occupant avec soin et assiduité, peut épargner presque toute la dépense en journées , et gagner par conséquent beaucoup plus que les personnes qui font tout faire ;

Que le particulier qui dispose d'un atelier spacieux et de beaucoup de feuille peut, dans peu d'années, avec la seule valeur des cocons, obtenir un revenu égal à celui d'une assez bonne propriété : je dis assez bonne, parce que j'entends toujours parler

des petits propriétaires , qui , par besoin , sont obligés de cultiver leurs fonds. En général , les propriétaires riches ne s'occupent pas d'augmenter ou d'améliorer leurs productions.

§iv.

Augmentation annuelle de richesses que produiraient à la nation les seules premières améliorations générales de Fart d^ élever les vers à soie^ que f ai indiquées dans cet ouvrage.

Une nation peut, comme une famille, augmenter ses richesses , chaque année, de deux manières :

La première , en augmentant la valeur des productions annuelles , sans accroître celle des consonunations ;

La seconde , en diminuant annuellement les consommations ordinaires , s'il est difficile d'augmenter la valeur des productions annuelles.

On obtient le premier but en perfectionnant l'industrie nationale , et le second en économisant ou diminuant les consommations inutiles.

Ces deux manières d'augmenter les richesses montrent que la richesse croissante ou décroissante d'une nation et d'une famille dépend , en général , des individus qui la composent , et non de la nature du gouvernement. Il n'y a que les actes de l'administration qui aient une part directe à l'augmentation et à la diminution des productions et de leur valeur annuelle , en ce qu'ils peuvent encourager ou diminuer

la vente, et conséquemment encourager ou diminuer aussi le zèle et la quantité de bras qu'emploieraient ceux qui font produire ou qui vendent.

Je crois pouvoir démontrer que l'Italie peut produire, dans peu d'années, pour plus de quarante millions de soie exportable.

Je vais mettre cette vérité sous les yeux de tout le monde. Aujourd'hui , la seule quantité de soies grèges y filées et teintes , qui passent à l'étranger (sans parler de tout le reste), appartenant aux provinces qui composaient le ci-devant royaume d'Italie, monte à 80 millions , valeur moindre que celle à laquelle elles se portèrent en 1810 (§ I*""). En voici le compte :

1° Je suppose qu'on obtienne d'une once d*œufs 90 liv. de cocons , au lieu de 45 liv. que , pour teime moyen , on en obtient aujourd'hui , on épargnera la moitié des cocons destinés à produire les œufs fChap. IX). Cette moitié de cocons qui donneront de la soie exportable a une valeur d'à peu près. . . 800,000 liv.

2© Si on élève les vers de manière à ce qu'à peu près 21 liv. de feuille produisent une livre et demie de cocons , tandis qu'actuellement on cxm^ somme à peu près 25 liv. de feuille, parce qu'il faut , pour terme moyen , plus de \ ,050 liv. de feuille pour obtenir 60 liv. de cocons, on en a alors une quantité qui équivaut à un quart de plus ; sa valeur montera donc à peu près à 20,000,000

3° Je suppose que , par une bonne éducation , les pertes diminuent seulement d'un dixième par cent , cela produira dans plus ou moins de temps. 8,000,000

4» Si on admet ensuite qu'on cultivera mieux

D'autre part, 28,800,000

tés mûriers et qu'on en plantera davantage (1), on peut supposer que, dans dix ans , la production de la feuille ait augmenté seulement d'un 10** par cent.

On aura slots une augmentation de production «n cocons de 8,000,000

5o En supposant l'amélioration dans l'art d'élever les vers à soie , les cocons qu'on obtiendra , à poids égal à ceux des ateliers mal soignés^ donneront pour le moins un 10« de plus par cent de soie , comme l'expérience le démontre tous les jours(Chap. XIV, §V).

La valeur de cette amélioration montera au moins à 6,000,000

La totalité de la production annuelle échangeable pourrait donc aisément se porter à la somme

<le 42,800,000 liv.

(Ij M. le comte Dandolo s'occupait depuis plusieurs années de faire des expénences sur les mûriers, lorsqu^il fut frappé d'une apoplexie foudroyante dans sa beUe maison de campagne de Varèse. Il fut pleuré du peuple , dont il était le père , et sera longtemps regretté de ceux qui savent apprécier les hommes utiles à l'économie domestique. 11 m'avait dit, au sujet des mûriers, et M. le docteur Grossi , son beau-frèi*e , m'a confirmé , il \ a peu de mois , qu'il n'espérait pas obtenir des résultats plus satisfaisants sur leur culture , que ceux qu'avait publiés , quelques années avant , M. Iç comte Veni son ami. J'ai dit dans mon avei-tissement que j'espère publier dans peu, en français, cet ouvrage, qui, n'étant qu'un petit volume, sera aussi d'un prix modique. J'y ajouterai qudques notes trouvées dans les manuscrits de M. Dandolo, que m'a données M. le docteur Grossi.

Cette note est de la seconde édition. L'ouvrage a été publié en 1826. {Le Traducteur.)

Ce calcul pourra d'abord paraître exorbitant; mais , si on y veut bien réfléchir, je me plais à croire qu'on le trouvera au contraire modéré»

J'ai dû, dans ce compte, partir de la valeur de la soie exportée, la confondant avec celle de la production des cocons ; je ne pouvais pas faire différemment. On exporte les soies et non les cocons.

D'après tout ce que j'ai dit et démontré , on pourrait assurer qu'en augmentant la production annuelle et l'exportation de soie seulement pour quarante millions , il y aurait un bénéfice net , pour la nation , de plus des deux tiers , c'est-à-dire de plus de S16 millions par an.

Jusqu'à présent je n'ai considéré la soie que comme une production exportable ; on s'apercevra aisément que sa valeur annuelle devient encore plus gigantesque , si on y joint la quantité qui s'en consomme dans l'intérieur pour nos besoins et nos usages.

Il n'est certainement pas aisé de prévoir jusqu'à quelle somme peut se monter la valeur de la soie exportable , si on suppose que l'art de la faire produire deviendra un art national vers lequel se dirigeront les soins des hommes intelligents , instruits , et amis de leur patrie. Jusqu'à présent cet art si précieux n'a présenté qu'un amas de diverses pratiques dont la plupart sont incertaines et souvent absurdes.

La manière de Aanufacturer la soie pourra bien varier chez les divers peuples policés , selon que la mode variera , mais elle ne cessera d'être avidement

recherchée de toutes les nations. Aucun des produits naturels et artificiels que rhomme connaît n'équivaut à la soie pour la somptuosité et la splendeur. Les cours et les grands chercheraient en vain des ornements plus magnifiques pour satisfaire leur vanité et leur luxe. Les temples dé la religion ne trouveraient rien de plus noble pour les grandes ^solennités.

Il faut donc tâcher d'obtenir beaucoup de soie , soit grége, soit filée, soit manufacturée, afin d'en pourvoir tout le globe.

Les divers comptes et calculs que j'ai faits l'ont été sur des données authentiques prises de l'administration du ci-devant royaume d'Italie : chaque province italienne qui n'a pas fait partie de ce royaume pourrait calculer le montant da ses exportations en soie à l'étranger ; de cette manière on connaîtrait l'immense valeur de la soie que toute l'Italie exporte.

Heureux si , ayant examiné dans tout son détail ce grand objet d'industrie nationale , je puis , en inspirant le désir de bien élever le& vers A soie, contribuer à rendre meilleure la condition des familles t

Page 1