TOUS LES BAS ÂGES SONT ÉPARS
Tous les bas âges sont épars sous ces grands arbres.
Certes, l'alignement des vases et des marbres,
Ce parterre au cordeau, ce cèdre résigné,
Ce chêne que monsieur Despréaux eût signé,
Ces barreaux noirs croisés sur la fleur odorante,
Font honneur à Buffon qui fut l'un des quarante
Et mêla, de façon à combler tous nos vœux,
Le peigne de Lenôtre aux effrayants cheveux
De Pan, dieu des halliers, des rochers et des plaines ;
Cela n'empêche pas les roses d'être pleines
De parfums, de désirs, d'amour et de clarté ;
Cela n'empêche pas l'été d'être l'été ;
Cela n'ôte à la vie aucune confiance ;
Cela n'empêche pas l'aurore en conscience
D'apparaître au zénith qui semble s'élargir,
Les enfants de jouer, les monstres de rugir.
Un bon effroi joyeux emplit ces douces têtes. Écoutez-moi ces cris charmants. — Viens voir les bêtes! Ils courent. Quelle extase ! On s'arrête devant Des cages où l'on voit des oiseaux bleus rêvant Comme s'ils attendaient le mois où l'on émigré. — Regarde ce gros chat. — Ce gros chat c'est le tigre. Les grands font aux petits vénérer les guenons, Les pythons, les chacals, et nomment par leurs noms Les vieux ours qui, dit-on, poussent l'humeur maligne Jusqu'à manger parfois des soldats de la ligne.
Spectacles monstrueux ! Les gueules, les regards De dragon, lueur fauve au fond des bois hagards, Les écailles, les dards, la griffe qui s'allonge, Une apparition d'abîme, l'affreux songe Réel que l'oeil troublé des prophètes amers Voit sous la transparence effroyable des mers Et qui se traîne épars dans l'horreur inouïe, L'énorme bâillement du gouffre qui s'ennuie, Les mâchoires de l'hydre ouvertes tristement, On ne sait quel chaos blême, obscur, inclément, Un essai d'exister, une ébauche de vie D'où sort le bégaiement furieux de l'envie. C'est cela l'animal ; et c'est ce que l'enfant