‹ L'art d'être grand-pèreChapitre 22 sur 65 · TOUS LES BAS AGES SONT EPARS... S · texte numérisé non relu

TOUS LES BAS AGES SONT EPARS... S

Regarde, admire et craint, vaguement triomphant ;

C'est de la nuit qu'il vient contempler, lui l'aurore.

Ce noir fourmillement mugit, hurle, dévore ;

On est un chérubin rose, frêle et tremblant ;

On va voir celui-ci que l'hiver fait tout blanc,

Cet autre dont l'œil jette un éclair du tropique ;

Tout cela gronde, hait, menace, siffle, pique,

Mord ; mais par sa nourrice on se sent protéger ;

Comme c'est amusant d'avoir peur sans danger !

Ce que l'homme contemple, il croit qu'il le découvre.

Voir un roi dans son antre, un tigre dans son Louvre,

Cela plaît à l'enfance. — Il est joliment laid !

Viens voir ! — Étrange instinct ! Grâce à qui l'horreur plaît.

On vient chercher surtout ceux qu'il faut qu'on évite.

— Par ici ! — Non, par là ! — Tiens, regarde ! — Viens vite !

— Jette-leur ton gâteau. — Pas tout. — Jette toujours.

— Moi, j'aime bien les loups. — Moi, j'aime mieux les ours. Et les fronts sont riants, et le soleil les dore,

Et ceux qui, nés d'hier, ne parlent pas encore, Pendant ces brouhahas sous les branchages verts, Sont là, mystérieux, les yeux tout grands ouverts, Et méditent.

Afrique aux plis infranchissables,

O gouffre d'horizons sinistres, mer des sables,

Sahara, Dahomey, lac Nagaïn, Darfour,

Toi, l'Amérique, et toi, l'Inde, âpre carrefour

Où Zoroastre fait la rencontre d'Homère,

Paysages de lune où rôde la chimère,

Où l'orang-outang marche un bâton à la main,

Où la nature est folle et n'a plus rien d'humain,

Jungles par les sommeils de la fièvre rêvées,

Plaines où brusquement on voit des arrivées

De neuves tout à coup grossis et déchaînés,

Où l'on entend rugir les lions étonnés

Que l'eau montante enferme en des îles subites,

Déserts dont les gavials sont les noirs cénobites,

Où le boa, sans souffle et sans tressaillement,

Semble un tronc d'arbre à terre et dort affreusement,

Terre des baobabs, des bambous, des lianes,

Songez que nous avons des Georges et des Jeannes,

Créez des monstres ; lacs, forêts, avec vos monts,

Vos noirceurs et vos bruits, composez des mammons ;

Abîmes, condensez en eux toutes vos gloires,

Donnez-leur vos rochers pour dents fît pour mâchoires,

Pour voix votre ouragan, pour regard votre horreur ;

Donnez-leur des aspects de pape et d'empereur,

Et faites, par-dessus les halliers, leur étable

Et leur palais, bondir leur joie épouvantable.

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