QUE VOULEZ-VOUS
Au vaste écroulement qui suit les Marseillaises,
Aux portes de la nuit, aux hydres, aux dragons,
A tout ce que ces preux ont jeté hors des gonds !
Je les revois mêlant aux éclairs leur bannière ;
Je songe à la joyeuse et farouche manière
Dont ils tordaient l'Europe entre leurs poings d'airain ;
Oh ! ces soldats du Nil, de l'Argonne et du Rhin,
Ces lutteurs, ces vengeurs, je veux qu'on les imite !
Je vous le dis, je suis un aïeul sans limite ;
Après l'ange je veux l'archange au firmament ;
Moi grand-père indulgent, mais ancêtre inclément,
Aussi doux d'un côté que sévère de l'autre,
J'aime la gloire énorme et je veux qu'on s'y vautre
Quand cette gloire est sainte et sauve mon pays !
Dans les Herculanums et dans les Pompéis
Je ne veux pas qu'on puisse un jour compter nos villes ;
Je ne vois pas pourquoi les âmes seraient viles ;
Je ne vois pas pourquoi l'on n'égalerait pas
Dans l'audace, l'effort, l'espoir, dans le trépas,
Les hommes d'Iéna, d'Ulm et des Pyramides ;
Les vaillants ont-ils donc engendré les timides?
Non, vous avez du sang aux veines, jeunes gens !
Nos aïeux ont été des héros outrageants
Pour le vieux monde infâme ; il reste de la place
Dans l'avenir ; soyez peuple et non populace ;
Soyez comme eux géants ! Je n'ai pas de raisons Pour ne point souhaiter les mêmes horizons, Les mêmes nations en chantant délivrées, Le même arrachement des fers et des livrées, Et la même grandeur sans tache et sans remords A nos enfants vivants qu'à nos ancêtres morts !