QUE VOULEZ-VOUS
Je ne vois pas qu'allant du ciel au genre humain,
Un rayon de soleil s'arrête à mi-chemin ;
La modération du vrai m'est inconnue ;
Je veux le rire franc, je veux l'étoile nue.
Je suis vieux, vous passez, et moi, triste ou content,
J'ai la paternité du siècle sur l'instant.
Trouvez-moi quelque chose, et quoi que ce puisse être
D'extrême, appartenant à mon emploi d'ancêtre,
Blâme aux uns ou secours aux autres, je le fais.
Un jour, je fus parmi les vainqueurs, j'étouffais ;
Je sentais à quel point vaincre est impitoyable ;
Je pris la fuite. Un roc, une plage de sable
M'accueillirent. La Mort vint me parler. — Proscrit,
Me dit-elle, salut ! — Et quelqu'un me sourit,
Quelqu'un de grand qui rêve en moi, ma conscience.
Et j'aimai les enfants, ne voyant que l'enfance,
O ciel mystérieux, qui valût mieux que moi.
L'enfant, c'est de l'amour et de la bonne foi.
Le seul être qui soit dans cette sombre vie
Petit avec grandeur puisqu'il l'est sans envie,
C'est l'enfant.
C'est pourquoi j'aime ces passereaux.
Pourtant, ces myrmidons je les rêve héros.
France, j'attends qu'ils soient au devoir saisissables.
Dès que nos fils sont grands, je les sens responsables ;
Je cesse de sourire ; et je me dis qu'il faut
Livrer une bataille immense à l'échafaud,
Au trône, au sceptre, au glaive, aux Louvres, aux repaires.
Je suis tendre aux petits, mais rude pour les pères.
C'est ma façon d'aimer les hommes faits ; je veux
Qu'on pense à la patrie, empoignée aux cheveux
Et par les pieds traînée autour du camp vandale ;
Lorsqu'à Rome, à Berlin, la bête féodale
Renaît et rouvre, affront pour le soleil levant,
Deux gueules qui d'ailleurs s'entre-mordent souvent,
Je m'indigne. Je sens, ô suprême souffrance,
La diminution tragique de la France,
Et j'accuse quiconque a la barbe au menton ;
Quoi ! ce grand imbécile a l'âge de Danton !
Quoi ! ce drôle est Jocrisse et pourrait être Hoche !
Alors l'aube à mes yeux surgit comme un reproche..
Tout s'éclipse, et je suis de la tombe envieux.
Morne, je me souviens de ce qu'ont fait les vieux.
Je songe à l'océan assiégeant les falaises,