‹ L'art d'être heureuseChapitre 15 sur 59 · LA CHANCE · texte numérisé non relu

LA CHANCE

C’est à croire que les pauvres humains, invinciblement dominés par quelque puissance ironique et fatale qui se rit de leurs efforts, culbute à plaisir leurs espoirs les plus solidement échafaudés et distribue aveuglément faveurs gratuites et déboires immérités.

Sans doute, il y a dans nos vies une part d’imprévu et de mystère. D’inattendus contacts avec le bonheur nous éblouissent; de grandes douleurs soudaïnes précipitent en nos âmes leurs flots pressés et amers.

Mais en dehors de ces contingences où l’oeil chrétien sait avant tout découvrir l'intervention d’une incompréhensible mais toujours amoureuse Providence; en dehors même de tout ce qui peut nous sembler pur et inexplicable hasard, ne reste-t-il pas un champ libre ouvert devant notre seule responsabilité? Ne tenons-nous pas, plus que notre irréflexion ne s’obstine à nous le faire croire, notre destinée entre nos mains et ne verrions-

nous pas subitement la face terne de bien des existences s’éclairer, si chacun comptait moins sur la ‘‘chance”” et davantage sur son initiative et son jugement?

Des lois immuables gouvernent la rencontre du bonheur, l’acquisition du bienêtre, tout comme l’obtention d’un prix ou d’un diplôme, la réussite en affaires, la conservation de la santé, le développement physique et moral des enfants. Violer ces lois, n’avoir d’autres guides de conduite que son impulsion et ses caprices, puis larmoyer et accuser le sort quand tout va mal est aussi ridicule que de s’irriter contre la morsure de la flamme si l’on approche la main du feu.

Comment la jeune fille imprudente qui se jette dans le mariage avec le premier venu, sans souci de ses qualités ou de ses défauts, peut-elle s’étonner des désenchantements et des peines qui s’attachent à ses pas? Comment la femme extravagante et dépensière qui administre mal sa maison, qui vit au-delà de ses

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