UN PEU PLUS DE FIERTÉ
Installée maintenant sur la véranda de l’hospitalière demeure où s’écoulent mes vacances, je regarde le long défilé de la foule endimanchée, — de la joyeuse et sympathique foule qui sème sur ses pas de francs éelats de rire et des syllabes françaises. On cause avec entrain, on se raconte mutuellement tout haut ses affaires: n’est-on pas comme en famille?
Tout à l'heure, au moment de se séparer et de s’en aller chacun dans la solitude souvent lointaine du ‘‘homestead”’, on échangera la cordiale poignée de maïn canadienne et la traditionnelle invitation:
“Vous viendrez nous voir!”
Ah! que j'ai véeu d’agréables moments sur la large véranda, derrière le rideau vert des peupliers grandissants!
J'étais fière de notre bon peuple, heureuse de le trouver partout le même et de sentir de plus en plus s’affermir en mon coeur une foi robuste en sa survivance.
Toutes les heures passées dans mon discret observatoire ne m’apportaient pas le même réconfort. Quelques-unes me laissaient préoccupée, inquiète. Celle, par exemple, de la sortie de l’école, les jours de classe. Cela vous étonne? Moi qui me penche avec un si profond ravissement vers les petites frimousses rieuses et les petites âmes qui s’éveillent!
J’entendais, de loin, une gaie rumeur, un murmure de voix fraîches, des rires clairs et jeunes qui éparpillaient leur joie dans l’air. Hélas! le charme s’évanouissait à mesure que se rapprochait la troupe enfantine. Je distinguais les accents rauques, les expressions triviales, les prononciations baroques, les phrases défigurées par d’affreux anglicismes.. Quelques rares exceptions rendaient, par contraste, la vulgarité générale plus pénible, ‘Et ce sont là nos petits Canadiens!” pensais-je en rougissant.
Nous ne parlons pas patois, certes, mais on rencontre en certains milieux un