‹ L'art d'être heureuseChapitre 34 sur 59 · UN PEU PLUS DE FIERTÉ · texte numérisé non relu

UN PEU PLUS DE FIERTÉ

mauvais français qui ne vaut guère mieux. Nos religieuses, nos institutrices luttent contre ce laisser-aller déplorable.

I} leur manque la coopération active des parents. Ne m'’a-t-on pas raconté qu’en rombre de familles, loin de seconder leurs louables efforts, on se moque de l’enfant qui veut mettre à profit les leçons reçues à l’école? On me citait cet autre fait d’une intelligente jeune fille délaissée par ses compagnes uniquement parce qu’elle aussi avait voulu conserver les habitudes de bon langage prises au couvent. ‘Elle se distingue! ricanaient ces demoiselles en pinçant le bec, eh bien! qu’elle reste dans son coin!” La belle mentalité, vraiment!

Laisser grandir les enfants dans cette impression qu'il est ridicule pour eux d’aspirer à la moindre supériorité, fût-ce de langage ou de manières, que notre lot est de rester médiocres en tout, c’est les préparer, pour demain, à toutes les abdications et à toutes les servitudes.

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Que n’avons-nous, plutôt, assez de coeur et de fierté pour souffrir, comme d’une infirmité personnelle, de tout ce qui peut entamer la force de résistance de notre race ou diminuer son prestige.

Mots d'enfant

E joyeux souvenirs ont été tout le jour présents à mon coeur. Ils ensoleillent encore cette fin d’après-

midi neigeuse et sombre.

J'habitais alors une grande maison claire qu’ombragent, en été, des érables pleins de nids, et qu’égaye, en toute saison, une petite fille mignonne et fine qui a maintenant huit ans et qui s’appelle Volande.

Volande et moi étions grandes amies.

La distance considérable qui séparait nos âges n’empêchait pas entre nous les plus familiers rapports, ni, de son côté du moins, les plus intimes confidences.

Les heures délicieuses que nous avons passées ensemble, blotties dans les cous-

sgins d’une même chaise longue, dans notre coin préféré de la véranda! Trois fois nous avons vu ainsi le printemps fleurir et le vent d’automne dépouiller cruellement nos beaux arbres.

C’est là que la petite âme s’ouvrit au mystérieux enchantement des bois lointains, des nuits étoilées et des livres aux histoires merveilleuses.

C’est là que la mignonne si souvent me ravit par ses mots païfs et charmants.

J'en veux citer deux ou trois. Ils comportent, me semble-t-il, une leçon.

Comme nous méconnaissons déplorablement la compréhension précoce des jeunes intelligences qui s’éveillent autour de nous et les multiples influences qu'’elles peuvent subir avec fruit!

Je venais d’achever la lecture de l’un des contes toujours si attachants du frère Marie-Victorin, la ‘“‘Corvée de l’érable...?? Une larme furtive trahit-elle mon émotion ?... ‘Oh! raconte-moi ce que tu viens de lire; ça doit-être si beau! fit, près de

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