SAVOIR VIEILLIR
L'année à son déclin en connaît le secret. Elle vieillit ‘‘en beauté’’, dispensant à ces jours de grâce dernière ses dons les plus riches, son plus doux éclat, comme ces êtres de choix qui gardent, à travers les flétrissures de l’âge et les dévastations de la vie, le rayonnement suprême et les fécondes réserves d’une âme indéfectiblement jeune.
Car la jeunesse n’est pas l’apanage du seul début de l’existence. L’insoueiance heureuse, la candeur naïve, la fraîcheur des années, tout comme le velouté du teint et la flamme des prunelles, ne sont que les formes jolies, maïs fugaces et décevantes, d’une chose qui les dépasse et qui survit à leur fragilité, pour peu qu’on le veuille bien. La vraie jeuuesse habite dans le coeur, et il y a des coeurs où elle ne meurt jamais.
O les braves vieux coeurs! Ni les déceptions, ni les épreuves ne les ont pu abattre. Une foi invincible dans ‘‘la bonté de la vie et la beauté des devoirs qu’elle
entraîne”” les soutient. Ils ne boudent point le présent ni ne se détournent de l’avenir pour fixer obstinément dans le passé de vains et moroses regrets; mais ils s’inclinent vers ceux qui entreprennent, à leur tour, la rude montée de l’existence, et, secourables, ils leur indiquent les routes enchantées de la confiance, du courage et de l’espoir.
Parce que l’horizon de leurs rêves s’est rétréei, ils ne se désintéressent point des diverses manifestations de l’activité qui bourdonne autour de leur paix sereine. Chez eux, l’éveil incessant de l’esprit et l’élan d’un enthousiasme juvénile s’allient harmonieusement à la sagesse de la maturité et leur sont une source nouvelle d’exquises et profondes jouissances.
La vieillesse même ne les rebute pas.
Ils lui ouvrent des bras toujours accueillants, certains que pour leurs âmes éclairées par la foi, consolées par l’espérance, elle se fleurira encore de bonheurs rares peut-être, mais d’un bien doux parfum.