‹ L'art d'être heureuseChapitre 41 sur 59 · DANS LA PRAIRIE · texte numérisé non relu

DANS LA PRAIRIE

tomne. Le tumulte des battages, les sifflements aigus des machines emplissaient soudain la prairie. De près, de loin, de longues fumées montaient droites sous la voute azurée, cependant que les ‘‘déserts??

se peuplaient de belles meules de paille jaunes et moélleuses.

Des mois durant, de l’avant-jour à la nuit tombante, l’on n’entendait plus que lourds chariots résonner ferrailleusement sur les chemins durcis. Un gai refrain parfois s’envolait sur la plaine: c'était le chant du ‘‘homesteader”” joyeux, revenant d'échanger, contre pièces blanches et billets bleus, ses boisseaux de blé d’or...

Silence enchanté! Ombre transparente! Ineffable quiétude de certains soirs d’automne dans la prairie!..

Sous le ciel plein d’astres, voici que très loin, rasant le sol, apparaît une étrange lueur. Elle est d’un beau rouge

mu——

sombre. Elle grandit, monte, s’étale et illumine tout un secteur de la plaine.

Après quelques instants, à l’autre bout de l’horizon, un second point brillant surgit. puis un troisième, puis d’autres et d’autres encore... Partout, dans la nuit maintenant venue, les meules flambent, et les étoiles scintillantes, piquées là-haut, semblent des étincelles jaillies des feux de la terre,

Une note sinistre traversait la beauté de cette fête nocturne quand, soudain, de longs cris déchiraient l’espace. C’étaient les loups. En quête de pâture, mais inquiétés par l'éclat des alentours, ils n’osaient point descendre des buttes prochaines.

À cette époque revenait, pour les habitants de la contrée, la saison joyeuse des loisirs, des visites, des interminables parties de cartes, des veillées charmantes et pittoresques.

J'en sais pourtant qui, à ces plaisirs, préféraient souvent la solitude et, aux

Page 1