MARIE ROLLET
pas cessé d’être, chez nous, depuis trois siècles, la femme du colon!
Mais pour avoir part à la gloire et au mérite de Marie Rollet, il ne suffit pas de lui ressembler par le côté extérieur de la vie. Encore faut-il s'élever au même idéal patriotique et religieux; et cela, chacune d’entre nous le peut, quel que soit le milieu où s'exerce son action.
Comme celle qui, même le jour où Québec tomba temporairement au pouvoir des Anglais, refusa de quitter le lopin de terre défriché par son mari et fécondé par leur labeur commun, attachons-nous au sol de notre beau et grand pays. Comme elle, surtout, obstinément fidèles à notre tâche en dépit des obstacles grandissants, travaillons à garder vivante, sur la terre canadienne, la flamme catholique et française.
Cette flamme, c’est dans le coeur des enfants qu’il la faut d’abord attiser. Ce
sont ces jeunes volontés qu’il importe avant tout de diriger vers le bien et ces petites âmes neuves qu’il faut fleurir de pensées hautes et de bons sentiments.
Marie Rollet le comprit. C’est par cet apostolat qu’elle voulut terminer sa carrière, ajoutant ainsi à ses titres de gloire celui de première institutrice canadienne.
Et parce que ce rôle est l’un des plus nobles qui soient, il convenait, il était juste que le génie du sculpteur le glorifiât et que dans la première et la plus héroïque d’entre elles, toutes les éducatrices de notre race fussent honorées.
Dans la prairie
OMME il faut peu de chose, souvent, pour réveiller en nous les souvenirs endormis et nous remettre
dans un état d'âme autrefois éprouvé!
Un je ne sais quoi de particulièrement fluide et lumineux dans l’atmosphère wa rappelé, aujourd’hui, le clair pays où j'ai vécu jadis, m’investissant à nouveau de la joie de sa beauté.
Je revois la prairie: la prairie éblouissante et somptueuse, ondulée comme la mer, et qui, là-bas, porte en ses brises des lambeaux de légendes.
Point d'obstacles au regard ni de limites à l’horizon.
Comme j'aimais cette fière et solitaire nature que, dès ses premiers élans jadis,
mon imagination avait enveloppée de désirs! Avec quel ravissement mon âme, par mes yeux, reprenait chaque jour possession des lointains indécis, des petites mares miroitantes au soleil et de la splendeur immense de la plaine!
Le charme suprême de ce pays, c'était son âme si vivante. Elle semblait jaillir, avec les blés, de la glèbe féconde; elle vibrait en l’intensité lumineuse de l’air et se concrétisait, en quelque sorte, dans l’optimisme irréductible des habitants et l’audace de leurs entreprises.
Quelle fierté les animait en voyant, d’une semaine à l’autre, leur village déborder un peu plus ses limites, les ‘*shacks”” informes disparaître devant de pimpantes habitations, les rues et les avenues se dessiner!
En même temps, les charrues tirées par de grands boeufs, par des ‘‘bronchos??
fringants ou de puissants moteurs sillonnaient la campagne. Les moissons bientôt rougissaient au soleil, — et vint l’au-