LÉGENDES ET RÉCITS
. Légende de la vallée Qu’Appelle (Adapté de l’anglais)
E SUIS celui qui l’aima d’amour suprême, celui dont l’oeil émerveillé s’éprit du charme de sa jeunesse en
fleur et qui, grâce à elle, goûta le monde avec ivresse.
C’est moi, Ononwitha, qui entendis la voix mystérieuse dont parlent les chasseurs au pâle visage; Ononwitha dont l’aventure valut le nom de Qu’Appelle à cette blonde vallée.
Doucement elle avait murmuré à mon coeur anxieux: ‘‘Quand, de sa lèvre incertaine, l’été des sauvages sourira, reviens sur le lac tranquille. La musique de
tes rames agiles, je serai la première à l'entendre; je serai la première à courir sur la grève pour mettre ma main dans la tienne et t’accueillir avec des mots d’amour. Et tu m’emmèneras dans ton pays — ta femme pour toujours.??
L'automne n'avait pas encore dévêtu les hauts arbres, l’âpre gelée n’avait pas encore mordu les feuilles frémissantes, qu'impatient de posséder, d’appeler mienne cette reine de toutes les beautés au Nord, je partais..
Sans arrêt ni soir ni midi, à travers le jour et la nuit, je marchai, marchai jusqu’à ce que j’atteignisse les grandes eaux, pour lancer sur leur glace mobile mon canot.
Ah! les longues heures! Ah! les longues lieues qu'il fallut franchir! Mon coeur fiévreux volait devant moi, devancant la distance et les jours; il volait, plus rapide que la lame de mon aviron — et pourtant jamais aviron léger ne laboura plus prestement le lac, tant il était avide,