‹ L'art d'être heureuseChapitre 57 sur 59 · LÉGENDE DE LA VALLÉE DE QU'APPELLE · texte numérisé non relu

LÉGENDE DE LA VALLÉE DE QU'APPELLE

mon coeur, de brûler sa flamme près de sa promise, et de voir dans ses yeux s’éveiller l’amour.

Et les jours coulaient, coulaient, interminables, le long du fluide chemin. La moitié de ma vie me semblait s’étirer devant moi jusqu'à l'aurore où je dirais enfin: ‘Un jour, et je ravis ma reine.??

Ï]1 vint, ce jour... Joyeux et rêvant, au gré des vaguelettes de moire je voguais, quand soudain — 6 douceur! ô mystère! — des rives ombreuses une voix monta, prononçant tendrement mon nom.… ‘‘Qui est-ce ?...”” fis-je. Silence. Le bruit de mon aviron s'arrêta dans l’air, mon oreille se tendit..

Dominant l’harmonieux duo des pins ct de la brise, l’étrange voix m'appelle encore — voix de femme qui à travers le crépuscule glisse, légère comme le battement d’aile d’un papillon, éthérée comme le souffle d’un ange.

Me pencher. écouter encore. Oui, c’est bien mon nom que répète l’immaté-

rielle voix. ‘‘Qui appelle? Qui appelle?” crié-je cette fois, éperdu, dans la pittoresque langue apprise des Robes Noires.

Nulle réponse. Seul de rive en rive, de colline en colline, l’écho plaintivement interroge à son tour: ‘Qu’appelle ?.. Qu'’'appelle? Qu'’appelle?”” — tandis que la vibration prolongée de mon cri en tous sens perce la nuit, et que la lune, pâle spectre glacé, silencieusement se dresse à l’horizon..

Non, je ne veux pas revivre ces funestes moments où mon épouvante croissante vit les feux de la mort luire sur le rivage, où les gémissements de toute la tribu de part en part transpercèrent mon âme...

O parole impuissante! Jamais tu ne sauras redire la torture et l’angoisse qui de cette heure s’installèrent en ma vie!

Je compris tout. Je me précipitai vers elle, cette reine des femmes, ma promise, et à insatiahles et âcres traits, je contemplai la suprême beauté de son noble vi-

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