‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 20 sur 121 · XXVI , INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI , INTRODUCTION

Le chien est reconnaissant à l'égard de l'incrédule qui lui jette un reste de pain ou un os à ronger, et l'incrédule .détourne la tête pour ne pas voir le Dieu qui lui donne tous les jours une nourriture de choix. Aussi trouve-t-il son châtiment dans son aveuglement même.

Bossuet a écrit avec raison : « C'est une espèce de grandeur à Dieu d'être connaissable par tant d'endroits, et d'être si peu connu; d'éclater de toutes parts dans ses œuvres et d'être ignoré de ses créatures. Car, il était de sa bonté de se communiquer aux hommes, et de ne pas se laisser sans témoignage; mais il est de sa justice et de sa grandeur de se cacher aux superbes, qui ne daignent, pour ainsi dire, pas ouvrir les yeux pour le voir. Qu'a-t-il à faire de leur connaissance? Il n'a besoin que de lui : si on le connaît, ce n'est, pas une grâce qu'on lui fait, c'est une grâce qu'il fait aux hommes, et on est assez puni de ne le pas voir. Sa gloire essentielle est toute en lui-même, et celle qu'il reçoit des hommes est un bien pour eux, et non pas pour lui. C'est donc aussi un mal pour eux, et le plus grand de tous les maux, de ne le pas glorifier; et en refusant de le glorifier, ils le glorifient malgré eux d'une autre sorte, parce qu'ils se rendent malheureux en le méconnaissant. Qu'importe au soleil qu'on le voie? Malheur aux aveugles à qui sa lumière est cachée ! Malheur aux yeux faibles qui ne la peuvent soutenir!

INTRODUCTION XXVll

« Il arrivera à cet aveugle d'être exposé à un soleil brûlant, et il demandera : « Qu'est-ce qui » me brûle? » On lui dira : « C'est le soleil. — » Quoi! ce soleil que je vous entends tous les » jours tant louer et tant admirer, c'est lui qui » me tourmente? Maudit soit-il! » Et il déteste ce bel astre parce qu'il ne le voit pas, et ne pas le voir sera sa punition; car s'il le voyait, le soleil lui-même lui montrerait, avec sa lumiérebénigne, où il pourrait se mettre à couvert contre ses ardeurs. Tout le malheur est donc de ne le pas voir. Mais pourquoi parler de ce soleil qui, après tout, n'est qu'un grand corps insensible, que nous ne voyons que par deux petites ouvertures qu'on nous a faites à la tête! Parlons d'une autre lumière toujours prête par elle-même à luire au fond de notre âme, et à la rendre toute lumineuse. Qu'arrive-t-il à l'aveugle volontaire, qui l'empêche de luire pour lui, sinon de s'enfoncer dans les ténèbres et de se rendre malheureux? Et vous, ô éternelle lumière! vous demeurez dans votre gloire et dans votre éclat, et vous manifestez votre grandeur en ce que nul ne vous perd que pour son malheur. »

C'est donc être ennemi de soi-même que de ne pas chercher à connaître Dieu. C'est se priver de la connaissance la plus noble, la plus consolante, la plus indispensable; c'est s'exposer au malheur de perdre Dieu, le souverain bien, pour l'éternité.

Page 1