CHAPITRE III
Les saints sont le plus bt.'l ornement de riiumanité. 11 n'est ni scionco, ni art, ni génie militaire qui lasse autant d'honneur à l'homme que la sainteté. Les artistes, les savants, les conquérants peuvent être fameux dans l'histoire, tout en ayant eu une vie ignoble. Mais les saints sont des modèles que l'Eglise présente avec confiance à notre imitation ; car, s'ils ont été un jour coupables, ils ont lavé dans les larmes du repentir et dans les eaux de la pénitence les taches de leur vie; et s'ils ont gardé l'innocence, ils sont les copies fidèles de Jésus-Christ qui a pu dire : Qui de vous lit' accusera de péché? et ils peuvent nous adresser la parole de saint Paul : Soyez mes imitateurs, comme je te suis de Jésus-Christ.
Mais les saints, quelle qu'ait été leur vie, n'ont pu arriver au ciel que par l'amour de Dieu. Car la charité est la véritable robe nuptiale, et ceux qui n'en sont pas revêtus sont à jamais bannis du festin éternel. Les saints ont donc tous été au sortir de cette vie les amis de Dieu, et ils le seront éternellement. Si nous étudiions leur histoire, nous aurions lieu d'admirer avec quelles ardeurs la plupart d'entre eux ont aimé Dieu. Nous ne pouvons ici toutefois que recueillir quelques traits de leur vie qui seront un reproche pour nos négligences et un stimulant pour notre bonne volonté.
Pas de créature qui ait aimé Dieu comujc la Sainte Vierge. Marie a vécu d'amour et elle est morte d'amour, aussi l'Eglise rappelle-l-olle la Mère du bel amour. Que tous 'ceux qui s'honorent d'être ses enfants la conjurent
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di'. leur donner part à sa cliarilé. Saint Joseph, qui a vécu si longtemps on la compagnie do Jésus et de Marie, a participé aux flammes de l'un et de l'autre. Après avoir re(;u le Saint-Esprit sous la forme do langues de feu, les Apôtres ont eu tant d'amour pour Dieu que tous ont subi pour lui le martyre. Et certes, d'après la parole de Notre-Seigneur, on ne peut pas donner de mar([ue d'amour moins é(|uivoque que celle de sacrifier sa vie pour ceux que l'on aime.
Qui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ, disait saint Paul? Sera-ce (a trlbulation, les épreuves, la faim, la nudité, les périls, la persécution, le glaive? Je suis certain que ni la rie, ni la mort, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, 7n le présent, ni l'avenir, ni la force, ni ce qu'il y a de plus élevé ou de plus profond, ni aucune créature ne pourra tue séparer de la charité qui m'unit à Dieu en Jésus-Christ. Saint Glirysostome commente ces parolesavec son éloquence. «Saint Paul, dit-il, avait établi toute sa félicité dans l'amour de Jésus-Christ ; avec col amour il se regardait comme l'homme le plus heureux du iiionde,; il n'eût pas voulu sacrifier cet amoiu* pour devenir semblable ayx anges ; il eût mieux aimé être regax'dé comme le dernier et le plus criminel de tous les Itommes, en aimant Jésus-Christ, (juc d'être élevé audessus de tout ce (ju'il y a de plus grand et de plus illustre en cessant de l'aimer. La privation de l'amour de Jésus- Christ était le plus grand tourment (ju'il pût redouter ; oUe lui paraissait comme un enfer. Comme cet amour était sa vie, son royaume, ses honneurs, ses joies, et son tout, avec cet amour, rien ne lui paraissait fâcheux l 'uis la vie, tout était doux. Il ne faisait pas plus de cas des trésors (pie d'un peu de boue, et des grands de la terre ([ue d'un vil insecte. Il regardait les tourments et la mort comme des néants, pourvu qu'il souffrît pour Jésus-Christ .»
Mais, sans remonter aux Apùlres, que de Saints à travers les siècles nous ont donné de sublimes exem.plos de charité! L'Eglise catholique compte de nos jours seize
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millions do martyrs. C'est le sang de Jésus-Ghrist répandu sur la croix qui a procuré aux hommes la grâce d'aimer Dieu jusqu'à sacrifier pour lui leur sang.
Saint Ignace, cvèque d'Antioche, avait pour Notrc-Soigneur cet ardent amour qui fait braver toutes les souïl'ranccs. Captif de Jésus-Christ, il écrivait ; « Je suis conduit à Rome, non par des soldats, mais par des bètes féroces, tant ils m'accablent de mauvais traitements; mais ces souffrances ne m'étonnent point, je les méprise et tout ce qu'on pourrait y ajouter, pourvu que je voie Jésus-Christ mon Sauveur (jui est mort pour moi. C'est pour lui que je porte de la Syrie jusqu'à Rome ces chaînes, (]ue je regarde connue des colliers précieux. Je meui-s de bon cœur pour Jésus-Christ. Je vous prie de n'y point mettre obstacle, de ne point adoucir par vos prières la cruauté des bètes farouches qu'on lâchera pour me dévorer. Je suis résolu de les exciter moi-même, si elles oublient leur férocité naturelle. Les feux, les gibets, le brisement des os, la dislocation des membres, tout cela ne m'est rien, pourvu que je possède Jésus-Christ. » Arrivé à Rome et condamné aux bètes, comme il l'avait désiré, il entre dans l'amphithéâtre a^'ec un visage rayonnant de joie. Les lions s'étant jetés sur lui, on l'entendit répéter fréquemment le nom de Jésus, qu'on trouva écrit on lettres d'or sur son cœur.
Saint Augustin disait à Dieu au livre de ses Confessions : « Seigneur, ma conscience me rend le témoignage certain que je vous aime ; vous avez blessé mon cœur par votre parole, et je l'ai consacré à votre amour ! Depuis que vous avez dissipé mes ténèbres, que vous vous êtes fait connaître à moi, je n'ai point perdu votre souvenir ; depuis (jue j'ai eu le bonheur de vous connaître, vous êtes gravé dans mon cœur; c'est' là que je vous trouve; votre souvenir me fait goûter les plus grandes délices et une joie inexprimable. »
Le prince Josaphat, comme le rapporte saint Jean Damascène, abandonna librement le royaume des Indes
et les grands trésors que lex'oi Abennor, son père, lui avait amassés. A l'âge de vingt-quatre ans, il sortit do son palais,, s'arracha à son pays et à ses sujets et s'enfuit dans une grande solitude où il demeura trente-cinq ans dans les plus grandes austérités. Saint Jean Damascène a écrit de lui : « Le prince Josaphat, languissant d'amour et toujours attaché à s'entretenir avec Jésus-Ghrist, oubliait toutes les nécessités de la vie et vivait dans une extase et un transport d'amour continuels. Jésus-Christ lui tenait lieu de sceptre, de couronne, de royaume, de richesses, de plaisirs, de père, de patrie et de tout. Josaphat le désirait sans cesse; il songeait à lui en dormant, il croyait le voir partout et contempler continuellement ses beautés. »
Saint Romuald, de l'illustre maison de llavenne, quitta le monde à vingt ans et ne passa pas moins de cent ans dans la vie religieuse la plus austère. Souvent il était tellement plongé dans la contemplation des beautés de Notre- Seigneur et embrasé des îeux de son amour qu'il était contraint de s'écrier, en fondant en larmes : « mon cher Jésus, à le doux miel de ma bouche, le désir ineffable de mon cœur,, les délices des- saints, la suavité des anges, » et autres semblables paroles rjui étaient comme autant de flammes qui s'échappaient du brasier de son cœur.
Les délices de saint François d'Assise étaient de chanter dans les psaumes l'amour et les bienfaits de son Bien. Quand il rencontrait son nom, il lui semblait goiiter une ■douceur délicieuse en le prononçant; il voulait que ses religieux le respectassent partout où ils le trouvaient, et qu'ils ramassassent avec soin les papiers où il était écrit, afin qu'il ne fût pas exposé à être foulé aux pieds. Quant ^u nom sacré de Jésus, il ne le prononçait ou ne l'entendait jamais prononcer qu'avec de si grands sentiments de joie, de dévotion et d'amour, qu'il semblait à l'extérieur qu'il savourait un miel délicieux ou qu'il entendait une musique ravissante. Mais ce qui prouve d'une manière plus frappante son amour ardent pour Jésus-Christ, c'est le désir qu'il avait de l'imiter surtout dans ses souffrances.
C'est pour cela ([iic àNolre-Seigneur, par une faveur loule particulière, imprima sur ses membi'os les glorieux stigmates et les mar([ues vénérables de ses souffrances. Le véritable amour qu'il portait à Jésus-Christ, dit saint Bonaventure, l'avait transformé en objet aimé, selon le propre et le nécessaire effet de l'amour.
La vierge d'Assise, sainte Claire, la fille spirituelle de saint François, était l'émule de son Père. Elle parle à ses filles et leur lait sentir leur bonheur d'être les épouses de .lésus-Ghrist : « Aimons, leur dit-elle, ce Fils très haut du Père éternel. Verbe divin, qu'une vierge enfanta en demeurant toujours vierge; aimons cette très douce Mère qui l'a conçu, l'a enfanté et l'a nourri de son propre lait! aveuglement des hommes de courir après des biens frivoles et passagers et de perdre ces trésors ! Les rois et les reines, dont l'orgueil monte jusqu'aux cieux, touche au firmament, tomberont on poussière ; mais l'àme qui, pour votre amour, ô Jésus, méprise les plaisirs et les richesses, goûtera à jamais unimpérissablebonheur! Jésus est l'époux, le trésor de nos âmes ; ô ineffable union ! Il est à moi Celui dont la vue ravit les Bienheureux, dont le souvenir rassasie, dont la beauté charme et dont la bonté reniplit de toutes douceurs, Celui qui est la splendeur de la gloire, la lumière de l'éternelle lumière et l'amour de l'éternel amour, »
Le vénérable Raymond LuUe, une fois converti, fut tellement transporté d'amour pour Dieu qu'il chantait ses louanges partout où il pouvait et même dans les rues. Il pensait sans cesse à Jésus-Christ, et souvent, lorsqu'il (Hait sur le point de s'endormir, il pleurait à chaudes larmes dans la crainte de l'oublier durant le sommeil. Quand il recevait une lettre qui ne portait pas en tète le nom de Jésus, il en éprouvait un sensible déplaisir. « Les Turcs, disait-il, rendent plus d'honneur et montrent plus d'amour à un damné qui a causé leur ruine, ils mettent le nom de Mahomet au commencement de leurs Ifllres, tandis que les chrétiens sembloit oublier le nomi^^^
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du Fils de Dieu, leur Sauvour. » Tous ses discours, toutes ses demaiides, toutes ses réponses se rapportaient à l'amour divin ; s'il entrait dans une ville, il demandait aussitôt quels étaient ceux qui aimaient Notre-Seigneur. ' Si on lui demandait à qui il appartenait, il répondait : à l'amour; d'où il venait: de l'amour; où il allait: à l'amour; de quoi il vivait : d'amour; où il faisait sa demeure : dans l'amour. On sait qu'il fut mis à mort par les barbares d'Afrique à la conversion desquels il voulait travailler.
Sainte Tbérèse, au lit do la mort, lorsqu'on lui apporta la Sainte Eucharistie, et qu'elle vit entrer dans sa cellule ce Seigneur qu'elle aimait avec tant d'ardeur, quoiqu'elle ne pût se mouvoir, se leva cependant sur son lit, sans être aidée de personne, avec une ardeur si grande qu'il semblait qu'elle voulût se précipiter à terre, et qu'on fut obligé de la retenir; sa lace devint belle, lumineuse et enflammée. Alors, les mains jointes, le cœur rempli de joie, comme un beau cygne, elle commença à chanter avec une douceur incomparable; et, parlant à son Bien- Aimé, elle lui disait des choses si tendres et si pleines d"amour que toutes ses sœurs qui étaient présentes se sentaient remplies des sentinîents de la plus douce affection : « mon Seigneur et mon Epoux ! s'écriait-clle, l'heure que j'ai tant désirée est arrivée; il est temps que nous nous voyions, il est temps de partir, que votre volonté s'accomplisse ; l'heure est arrivée où mon bannissement doit finir, mon àme va jouir enfin do ce qu'elle a tant désiré. » Elle mourut ainsi à Albe, à Fàge de soixante-sept ans, non pas tant de maladie que de l'amour extrême qu'elle avait pour Jésus-Christ et que sa faible nature ne put supporter, comme elle le révéla elle-même à une de ses religieuses après sa mort.
Digne fille de sainte Thérèse, sainte Madeleine de Pazzi, un jour de l'Invention de la Sainte Croix, ravie de l'amour d'un Dieu crucifié pour l'homme, s'écria : « amour, ô amour! que vous êtes peu connu, que vous êtes peu
aimé! Si vous ne pouvez trouver où vous i-eposer, venez dans mon cœui-, et vous y serez reçu comme le Maître et le Seigneur absolu. Ô âme créée par l'amour et pour l'amour, pourquoi n'aimez- vous pas l'amour? amour! quelle peine et quel tourment j'éprouve par la connaissance que vous me donnez du peu d amour que Ion a pour vous! » Puis, tendant les bras, comme pour appeler, frappant des mains, elle s'écria avec un visage enflammé : « Venez, ô âmes, pour aimer l'amour; venez pour aimer notre Dieu. » Puis, entraînée par la force du trait qui l'avait blessée, elle courait dans la maison en répétant ces mêmes paroles. Cette Sainte était tellement enflammée du feu sacré de l'amour que, même au plus fort de l'biver, elle était contrainte, pour tempérer l'ardeur qui la dévorait, de boire beaucoup d'eau froide;, elle y plongeait ses bras, son visage, elle en jetait sur sa poitrine brûlante, et, regardant le ciel, d'où lui venaient ces feux, avec des yeux abattus et des regards languissants, elle répétait souvent : « Je n'en puis plus, je ne-, saurais supporter plus longtemps cette flamme . »
Sainte Austreberte, vierge, d'une famille illustre, qui (Hait sortie de la maison de son père pour conserver à Jésus-Christ sa virginité et l'amour qu'elle lui avait voué,, s'écria, étant sur le point de mourir : « Je viens à vous,, ô mon amour; je me hâte d'aller à vous, ô l'objet de tous mes désirs; je brûle d'arriver à vous, ô vous que j'ai toujours aimé avec tant d'ardeur ! J'ai mis en vous toute ma confiance, et je ne serai point confondue; recevez mon esprit dans la paix et clans votre repos éternel; brisez les traits de mes ennemis, afin qu'ils ne servent pas à ma ruine. »
Saint Edmond, archevêque de Gantorbéry, rallia toutes ses forces en voyant Notre-Seigneur qu'on lui apportait en viatique, et s'écria, en tendant vers lui les bras : « Vous êtes mon Seigneur, celui en qui j'ai cru, que j'ai prêché, (lue j'ai enseigné ; vous m'êtes témoin que je n'ai jamais cherché sur la terre autre chose que vous; vous savez
que je ne veux que l'exécution de votre volonté, je vous supplie maintenant de l'accompliv en moi. » Après avoir reçu la Sainte Eucharistie, il demeura avec un visage gai, serein et rayonnant de joie; de douces larmes d'amour coulaient de ses yeux et attiraient l'admiration de tous ceux qui étaient présents; enfin il mourut dans le calme le plus parfait. Oh ! qu'heureuse est la mort de ceux qui aiment Jésus-Christ!
Le bienheureux Godefroy, comte de Capenberg, cousin de l'empereur Henri IV, après avoir persuadé à sa femme de se faire rehgieuse, embrassa l'Institut de saint Norbert, dont il îut une des plus grandes lumières. II avait un extrême désir de mourir pour aller jouir de Notre-Seigneur, qu'il aimait avec toute l'ardeur de son •cœur. Quelquefois, lorsqu'il allait prendre l'air avec les autres religieux et qu'il se reposait sous quelque ombrage, il s'étendait à terre, composait ses bras, ses mains et les autres membres de son corps, comme pour- être enseveli, puis il disait avec un grand soupir : « Ohî si l'heure de mon trépas pouvait arriver ! mon Dieu, s'il vous plaisait de me disposer à cette heure si désirée ! » Lorsqu'il fut atteint, à la fleur de son âge, de la maladie dont il mourut, et que l'on déplorait la perte d'une si sainte vie qui eût procuré tant de bien à l'Ordre, il disait à ceux qui l'entouraient : « Pourquoi sommes-nous entrés dans l'état religieux, si ce n'est pour aller à Jésus-Christ le plus promptement que nous pourrons? Plus le moment où je dois contempler cette divine face, à laquelle sont attachées toutes mes affections, sera proche, plus mon cœur sera dans la joie. »
Nous ne parlerons ni de saint Dominique, ni de saint Philippe do Néri, ni de saint François de Sales, ni de saint Vincent de Paul, dont tous connaissent la charité. Il faudrait des volumes pour dire les sentiments et les actes embrasés d'amour des saints. C'en est assez pour nous confondre.
Les saints vous ont aimé, mon Dieu, et moi je vous
ai offensé ; n'avez-vous pas fait mon cœur pour vous aussi bien que celui des saints? N'avcz-vous pas été aussi bon pour moi que pour eux? Vous ne changez pas, vos charmes ne vieillissent pas. Quelle raison ai-jo donc de ne pas vous aimer comme les saints ?N'ai-ie pas à gagner, en vous aimant, le même ciel dont ils jouissent? N'ai-je pas à craindre, en ne vous aimant pas, l'enfer qu'ils ont tant redouté eux-mêmes ? mon Dieu, je serais inexcusable si, quand tant d'hommes, tant de femmes, tant de faibles enfants ayant la même nature, les mêmes passions, les mêmes tentations que moi, ont su vous donner tout leur cœur, je vous refusais le mien. Saints du Paradis, mes protecteurs et mes modèles, obtenez-moi de vivre d'amour (;omme vous, afin qu'avec vous j'aime Dieu éternellement.
Nous avons donc présonlé à nos lecteurs les motifs qui nous pressent d'aimer Dieu ; nous avons dit que le nombre ot la grandeur des bienfaits divins : la création, la conservation, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, la grâce qui en découle, la gloire qu'ils nous prépai"ent, la Vierge Marie, la dispensatiùce des grâces, l'Eglise catfiolique, l'appui et la colonne de la vérité et le guide de notre vie, toute la religion chrétienne enfin, nous disent d'aimer Celui qui nous a tant aimés.
Du reste, à qui donnerions-nous nos affections, si nous avons bon cœur et bon goiït, sinon à celui qui n'est pas seulement; le bienfaiteur le plus généreux, le père le plus tendre, l'ami le plus fidèle, l'Epoux le plus aimant, mais encore l'Etre des êtres, la beauté, source de toute beauté, la perfection infinie qui renferme éminemment tout ce (ju'il y a de parfait dans fous les êtres, qui fera à jamais l'objet de l'admiration et du ravissement des élus dans leciel ? Il a tous les droits à nos affections, et nous ne pouvons les lui refuser sans crime, puisqu'il nous ordonne de l'aimer; et c'est le plus grand des devoirs qu'il daigne nous imposer.
Si nous résistons, comme Satan, à sa volonté sainte i|ui dicte des lois à l'univers, nous faisons notre perte. Nous allons à la mort et à l'enfer, car la vie est dajis sa volonté. Dès lors, plus de mérites pour le ciel, plus de noblesse dans nos sentiments, plus de vraies consolations pour notre cœur. Nous abandonnons le chemin qui mène au ciel. Tous ceux qui jouissent déjà de la béatitude
éternelle n'y ont été introduits que par l'amour de Dieu.
Parmi les Saints que nous honorons, il en est un grand nombre dont la yie s'est passée à lui témoigner leur amour en travaillant, en souffrant pour sa gloire; un grand nombre ont répandu leur sang pour lui rester fidèles. C'est par là qu'ils ont conquis Ja bcalitude infinie dontils jouissent. Ah! ils sont loin de regretter ce qu'ils ont fait, et les tourments qu'ils ont endurés ; ils croient avoir eu pour rien un tel bonheur. ,
Même sur la terre, il n'y a d'heureuses que les âmes qui aiment Dieu. Le vénérable curé d'Ars, qui avait une grande expérience, disait qUe, parmi la multitude qui se pressait autour de lui, il avait rencontré souvent des âmes qui se repentaient de né pas avoir aimé Dieu, mais jamais une qui se repentît de l'avoir aimé. Ce qui faille désespoir des damnés, c'est de ne plus pouvoir espérer d'aimer Dieu.
De tous ces motifs que nous avons exposés, un seul bien compris et bien médité devrait nous convaincre; mais en les accumulant, nous avons entassé des charbons pour fondre la glace des coeurs. Ah! pourquoi faut-il qu'en les présentant, nous ne l'ayons pas fait avec les accents brûlants des saints ? Que n'avons-nous pu donner à nos paroles cette onction qui pénètre les âmes, qui les persuade, qui les touche, afin que chacun de nos lecteurs désormais consacre sa vie à ce qui en fait toute la valeur, tout lé mérite, tout l'honneur et toute la consolation, c'est-à-dire ù l'amour divin? N'y a-t-il pas lieu de verser des larmes en voyant que ce Dieu si J)on, si miséricordieux, qui est venu sur la terre afin de conquérir le cœur des hommes, qui a souffert, pour les sauver, les tourments les plus cruels, la mort la plus ignominieuse, n'est pas connu, n'est pas aimé d'un très grand nombre d'entre eux? Sauveur Jésus, quand vous montiez au Calvaire, chargé de votre croix, vous dîtes aux femmes qui pleuraient au spectacle de vos souffrances : Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Voti-e.
atnom* vous fait \ous oublier vous-même; c'est une raison de plus pour nous de penser à vous.
En vérité, il y a lieu de pleui-er sur vous. Pei'sonne n'a lait aux hommes aulaiit de bien que vous ; personne qui ait tant soul'i'ert pour eux ; personne qui soit aussi aimable, aussi parfait, aussi bon, aussi saint que vous. Yous désirez ardemment de posséder leur cœur; et ils vous le refusent, malgré tous les prodiges que vous avez accomplis pour les gagner. Il en est qui aiment tout, excepté vous. Quel outrage pom" votre cœur, et quel sujet de tristesse pour ceux qui vous aiment ! mon Sauveur ! laissez-moi dire avec le saint roi David que les opprobres qu'on vous fait subir retombent sur moi. Mes yeux versent des fontaines de larmes parce que les hommes n'observent pas votre loi, c'est-à-dire, ce commandemant de vous aimer de tout leur cœur, de toute leur àme et de toutes leurs forces.
Mais j'ai plus de raison de pleurer sur moi, qui ai été si longtemps à vous refuser mon cœur. Qu'elles périssent les années où je ne vous aimais pas, que ces jours soient barrés avec de la craie noire du nomlîre de mes jours ! Ayez pitié de moi, Seigneur, selon toute l'étendue de votre miséricorde; vous ne repousserez- pas le cœur contrit et humilié qui revient à vous ; mais je ne voudrais pas être seul à vous aimer, je voudrais enchaîner tous les cœurs à votre amour. C'est pourquoi je dois pleurer aussi sur ceux qui, aujourd'hui encore, sont dans le malheur qui fut le mien autrefois. Seigneur, ils me touchent de près, car vous êtes notre Père commun, ils sont par conséquent mes frères.. Ils ont fui loin de vous; ils ont, dans leurs égarements, dissipé leur part de votre héritage; ils errent comme le prodigue dans la misère; ils vous ont abandonné. En repaissant leurs passions comme de vils pourceaux, ils meurent de faim. Ah! que ce que nous venons d'écrire pour eux leur inspire cette résolution généi'euse : Je retournerai à mon Père. Ibo ad patrem. Pauvres prodigues, si les perfections de votre Dieu ne nous ravissent
pas, si SOS bienfaits infinis ne vous louchent point, si vous avez la triste audace de fouler aux pieds ses ordres, du inoins ayez pitié de vous-mêmes. Loin de lui, vous vous perdez ; vous vivez malheureux, plus malheureux que le .dernier de ses serviteurs; et par la misère étrange dans laquelle vous vivez, vous vous en préparez une plus grande pour l'heure de votre mort. Je tremble pour votre sort éternel.
Quittez donc enfin cette région lointaine du péché, où vous avez fui loin de Dieu ; quittez ces habitudes coupables qui vous dégradent, ces plaisirs qui, loin de vous satisfaire, vous rongent comme une faim dévorante. Ne craignez pas d'être repoussé, votre Père vous attend. Dès qu'il vous verra revenir, il ira à votre rencontre, il vous ouvrira ses bras, il vous pressera sur son cœur, et il dira dans les transports de sa joie : Mon fils était perdu et U est retrouvé; il était mort et il est ressuscité. Il vous fora quitter les haillons souillés du péché, et vous rendra la robe nuptiale de sa grâce, afin que vous puissiez vous asseoir à son festin ; il vous mettra au doigt un anneau, en signe d'une union désormais inviolable avec lui, et vous trouverez enfin en lui ce bonheur (jue vous aviez mendié à la porte des créatures incapables de vous le donner.
Mais vous, clier lecteur, qui avez la grâce d'aimer Dieu, que ces motifs vous excitent à ne pas vous arrêter en si beau chemin, mais à avancer tous les jours dans l'amour. Une grande route vous reste à parcourir. Dieu ne vous a pas aimé avec mesure, aimez-le donc sans mesure. Le Seigneur a plus d'amour pour une Ame qui tend à la perfection que pour des milliers d'autres qui, tout en étant en état de grâce, mènent une vie tiède et imparfaite. C'est ce que nous lisons dans saint Liguori, citant une révélation faite par sainte Thérèse. Souvenezvous donc que plus vous aimerez Dieu constamment et généreusement, plus abondantes seront les grâces que vous recevrez, plus grand le bonheur dont vous jouirez
en ce monde, et surtout plus parfaite sera votre félicité au ciel.
Ecoutons Bossuet : .« Comme notre connaissance, qui à présent est imparfaite et obscure, s'en ira, et que l'amour est on nous la seule chose qui ne s'en ira jamais et ne se perdra point, aimons, aimons: faisons sans fin ce que nous feroiis sans fin ; faisons sans fin dans le temps ce que nous ferons sans fin dans l'éternité. »
Après avoir pressé nos lecteurs par le? motifs les plus efficaces d'aimer Dieu, de grandir dans cet amour, il nous reste à leur indiquer la pratique de l'amour divin.