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les biens de la terre ne peuvent nous satisfaire. La raison . nous le dit bien plus clairement encore. Notre cœur est grand; il est fait à la mesure de Dieu. On ne peut le remplir on y jetant quelques paillettes d'or ou d'argent, ou quelques gouttes, de volupté, pas plus qu'on ne pourrait remplir le réservoir de l'océan, s'il était à sec, en y versant quelques veri'es d'eau. Dieu seul est assez grand pour notre cœur, et, comme nous l'a dit saint François de Sales, notre cœur est fait pour Dieu seul. Quelle paix pourrait-il trouver en dehors de lui? Un niembre déboîté souffre de cruelles douleurs, il n'est pas dans l'ordre où le veut la nature. Ainsi souffre l'âme séparée de Dieu pour lequel elle était faite. Pour elle, point de repos, car la paix est la tranquillité do l'ordre; et dans le désordre règne le trouble, Les pécbeurs disent : Paix, pais; mais il n'est pas de paix pour l'impie. Qwi jamais a résisté à Dieu et a e.u la paix ? La paix abondante, Seigneur, est jiour ceux qui aiment votre loi. La paix est V œuvre de la justice, selon la parole du Prophète Isaïe. Opus justitioi pax. Mais l'apiour de la loi de Dieu, mais la justice, n'est-ce pas la charité?
Qu'elle est grande V abondance des douceurs que vous avez cachées pour ceux qui vous craignent, ô Seigneur! disait David. Qu'en est-il donc pour ceux qui vous aiment?
Mais ces douceurs, sont cachées, elles ne se voient pas^ elles ne se révèlent pas aux sens, comme les plaisirs grossiers. C'est pour cela que ceux qui ne les ont jamais goûtées ne les connaissent pas, ne les désirent point; ils ambitionnent donc les joies de la terre, dont ils se dégoûtent dès qu'ils les possèdent, parce qu'elles les laissent vides. Les douceurs spirituelles, au contraire, ne sont désirées que par ceux qui les goûtent, et plus ils en ont, plus ils en désirent; car ils y trouvent un bonheur ineffable qui n'engendre aucun dégoût.
En vous exerçant à aimer Dieu, goûtez donc et voyez combien le Seigneur est doux; et une fois que vous l'aurez
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goûté, vous ne pourrez plus rechercher d'autres plaisirs. Mais est-il uu seul de nos lecteurs qui n'ait éprouvé les joies de l'âme à la suite d'une confession bien laite, d'une communion fervente, d'une prière embrasée d'amour? î*îous serons donc compris de tous.
Qui pourrait douter, du reste, que l'amour de Dieu ne donne les plus grandes joies de la terre? Certes, quand les mondains vantent les amours terrestres, les amitiés humaines, on les en croit facilement, et on sait cependant ce que valent les créatures; et on n'en croirait pas les saints sur les douceurs de l'amour divin!
On n'en croirait pas David, quand il dit à Dieu : Un seul jour passé dans votre temple vaut mieux que mille jours passés dans les fêtes d\i monde l
On n'en croirait pas saint Ephrem, ni saint Fran(;ois Xavier demandant au Seigneur de suspendre ses consolations, car l'infirmité de leui' corps ne pouvait les soutenir.'
Or, s'est-il jamais trouvé parmi les mondains une personne qui, dans l'abondance des biens terrestres, ait dit : « C'est assez, ô monde! c'est assez-, je ne veux pas avoir plus de richesses, plus d'honneurs, plus de louanges, plus de plaisirs?.... » Au contraire, lés gens du siècle sont toujours occupés à chercher de nouveaux honneurs, de nouvelles richesses, de notiveaux plaisirs ; et plus ils on ont, plus ils en sont affamés et inquiets.
On récuserait le témoignage de sainte Thérèse qui, s'étant donnée à Dieu avec une ferveur nouvelle, s'entendit dire par le bon Maître : « Si je n'avais pas créé le ciel,: je le créerais exprès pour toi; » on n'en croirait pas saint François d'Assise, qui, après avoir tout quitté, goûtait les joies du paradis en disant : « Mon Dieu et mon tout ! »
Dans les misères et les peines de cette vie, dit saint Alphonse de Liguori, qui peut nous consoler mieux que Jésus-Christ? Aussi nous parlo-t-il en ces termes : Yenez tous à. moi, vous qui souffrez et êtes surchargés, et' moi je mus soulagerai. folie des mondains! il y a plus de vrai bonheur à verser une larme de repentir, à soupirer : mon
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Dieu! avec amour et avec le doux sentiraent qu'on est en , état de grâce, que mille l'êtes, raille spectacles, mille festins n'en donneront jamais à un cœur épris du inonde. Si on mettait en doute les témoignages de ceux qui ont le plus de droit d'être crus, parce qu'ils sont les amis et les élus de Dieu, qu'on écoute du moins la raison et la foi. Qui oserait faire à Dieu cette injure de penser qu'il nej)cut pas, et qu'il ne veut pas donner plus de consolations à ceux qui s'attachent ù lui que toutes les créatures ensemble? Or, dit saint Jean : Celui qui demeure dans la chanté demeure en Dieu, et Dieu en lui. La chariténous met on possession de Dieu on nous unissant à lui.
Se réjouisse qui voudra d'avoir un morceau de terre ou de chair, car il n'est personne qui puisse posséder touses biens d'ici -bas, mais, pût-on les accaparer tous, leur Créateur vaut mieux ; et, en le possédant par l'amour, je suis heureux autant qu'on peut l'être sur la terr.e. Le soleil donneplus de lumière que toutes les étoiles ensemble, et l'amour de Dieu donne plus de joies que tous les autres plaisirs.
Ce n'est pas qu'en, ce monde tout soit joie pour lesjustes. La terre n'est pas le ciel, c'est la vallée des larmes. Mais, tandis que. les mondains au sein de leur plaisir rient 'du bout des lèvres, pendant que leur cœur est souvent torturé par le remords et le dégoût, ceux qui aiment. Dieu, comme saint Paul, surabondent de joie dans toutesleurs tribulations. Là où l'on aime on n'a pas de peine, et si on a do la peine, c'est une peine que l'on aime et (]u'on supporte avec courage, sinon avec bonheur.
Saint Léonard de Port-Maurice parle d'une mère mondaine, dont la fille vivait de l'amour divin. Toutes deux lurent frappées tout à coup d'un grand malheur, qui pesait plus lourdement encore sur la fille que sur la mère. La fille trouva bientôt le calme et la résignation ; la mèredevint folle, victime, hélas! sans mérite, de sa noire tristesse ! S'il y a tant de malheureux qui ne peuvent supporter la vie, c'est parce qu'ils n'aiment pas Dieu. Le miel, non seulement est doux, mais encore il adoucit les subs--
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lances ainèros auxquelles on le mêle ; ainsi raniour de- Dieu, non seulement donne des consolations, mais encore il convertit on douceur toutes les amertumes de la vie, et il enlève à la mort ses horreurs.
Ce qui effraye le plus ceux qui réfléchissent, à leur heure dernière et même dans le cours de la vie, c'est la crainte de se perdre pour l'éternité.
Ecoutons saint Bernard : « Qui peut dire : « Je suis du » nombre des élus, je suis prédestiné à la vie, je suis du » nombre des enfants? » puisque l'Ecriture nous assure que personne ne sait s'il est digne d'aniotu' ou de haine. A la vérité, nous n'avons aucune certitude-, mais l'espérance nous console et nous fortifie, de peur que l'incertitude d'une chose si importante ne nous plonge dans l'inquiétude et dans l'accablement. C'est pour cela que Dieu nous a donné certains signes, qui sont des gages si assurés de prédestination que, moralement parlant, il est indubitable que celui en qui ces signes denieurent d'unemanière permanente sera du nombre des élus. »
Or, entre tous ces signes, un des plus certains n'est-il pas d'aimer Dieu de tout son cœur, de s'attacher en particulier à Notre-Seigneur, le chef des prédestinés, de tellesorte qu'on n'en soit jamais séparé? Comment Dieu rejetterait-il loin de lui dans l'éternité ceux qui sont ses amis, lui qui est prêt à faire miséricoi"de à ses ennemis mêmes? Et IS'otre-Seigneur nous dit: 5/ (luelquhin m'aime, mon Père Vaimera, et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure. L'amour, nous l'avons dit, nous rend semblables à ceux que nous aimons. Ceux donc qui aiment iNotre-Seigneur, le chef des prédestinés, constamment, l\ii deviennent semblables et deviennent un avec lui. Gomment Dieu le Père ne les aimerait-il pas, quand il les trouve conformes à l'image de son Fils en qui il a mis toutes ses complaisances? Et comme il aime ce Fils plus que toutes les créatures, il aime après lui tous ceux qui lui sont semblables. C'est une maxime générale, en fait d'amour, que celui qui aime quelqu'un sincèrement et
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pour lui-même, aime par une suite nécessaire tous ceux qui lui sont attachés et les regarde comme lui étant acquis par l'amour. Ainsi nous voyons que la mère qui chérit parîaitement son fils a de l'affection pour tons ceux qui' en ont pour lui, leur donne entrée et les accueille dans sa maison. Le Père éternel, aimant d'un amour infini son Fils unique, comprend dans .cet amour tous ceux qui aiment son Fils ; et, en vertu de cet amour, il les favorise, il les destine à être à jamais heureux avec son Fils, quand ce iio serait que pour ne pas le priver d'un bien qui est à lui. L'amour de Dieu est donc un gage de la persévérance finale. Aussi saint Liguori a-l-il éciùt:
« L'amour est une chaîne d'or qui attache les <àraes à Dieu et les rend constantes à repousser les tentations et à pratiquer la vertu
» Quand une àme se détache résolument de tout autre objet et se donne toute à Dieu, elle ne le perd plus, parce que Dieu lui-même veille à empêcher qu'une àme qui s'est donnée cordialement et tout entière à lui en vienne encore à le quitter et à le perdre. C'est pourquoi, comme le disait un grand serviteur de Dieu, lorsqu'on apprend la chute de certaines personnes qui avaient d'abord paru mener une vie sainte, on doit juger qu'elles né s'étaient pas données entièrement à Dieu. »
Que ceux qui ne se sont rien réservé, qui ont tout sacrifié à l'amour de Notre-Seigneur se réjouissent. Ce fidèle ami ne les abandonnera pas au moment de la mort. Un méchant homme pourrait à peine le faire à cette heure suprême pour ceux qui lui auraient rendu service toute une vie. Qu'on remarque du reste la promesse du bon Maître: Si quelqu'un m'aime, moi-même je l'aimerai, et je me manifesterai à lui, d'abord en ce monde en me faisant connaître à liii plus clairement, et ensuite en me découvrant à lui dans la gloire, ce qui sera la récompense de son amour. Avec de telles assurances, on peut dire à l'approche de la mort : Pour moi, vivre c'est le Christ et la mort m'est un gain. Ce serait donc être
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rennemi de son propre bonheur, se priver des plus douces joies dans la vie, de la plus grande consolation à l'heure dernière que de ne pas aimer Dieu.
Saint Augustin raconte que deux courtisans d'un empereur romain s'entretenaient ensemble, quand l'un d'eux., trouvant sous sa main la Vie de saint Antoine abbé, se mit à lire. A mesure qu'il lisait, ajoute le Saint, son cœur se dépouillait de l'amour du monde. Enfin, se tournant vers son compagnon, il lui parla ainsi : a Insensés '. (jue cherchons-nous? En retour de nos services, pouvonsnous espérer quelque chosç de plus que la qualité d'amis de l'empereur? Et que de périls à courir pour arriver à un péril plus grand encore I Car, supposé que nous parvenions à ce but, nous mettons en plus grand danger notre salut éternel. Et encore, quand y parviendrons-nous? Il nous sera bien difficile de jamais mériter l'amitié de César. Au contraire, ajoute-t-il en finissant, si Je veux être l'ami de
Dieu; je puis l'être à l'instant » Et, sous l'influence
de cette pensée, tous deux renoncèrent à la cour pour s'appliquer au service de Dieu, et les deux jeunes filles auxquelles il s'étaient fiancés suivirent leur exemple.
Pour nous aussi l'amour de Dieu est si facile que c'est le seul bien que nous puissions nous procurer sans frais. Seigneur! vous voulez bien faire ma béatitude dans le ciel, et déjà je puis me procurer facilement ici-bas un avant-goût de ce que vous me préparez là-haut, en vous aimant de tout mon cœur. Je ne veux pas renoncer à cette consolatiùn, la seule qui soit véritable sur cette pauvre terre. Je vous aime, et je veux employer à vous aimer tout ce que vous me donnerez de vie.
Aime donc ton Dieii, ô mon âme. Bientôt, tu entendras sonner l'heure de la délivrance de tous les maux d'ici-bas ; et si tu aimes Dieu, inondée de paix et d'allégresse, tu sortiras de cette prison pour t'unir à ton Dieu, tu expirex-as doucement entre les bras de Jésus et de Marie, et, accompagnée des anges, tu entreras dans le séjour de la félicité, où
ton Dieu essuiera tes larmes et te couronnera de gloire.