XII INTRODUCTION
tormer tous les jours de nouvelles chaînes et vous préparer de nouveaux ennuis? Que l'expérience du passé du moins vous détrompe, et revenez enfin au Seigneur par le vide et le dégoût de l'iniquité j si vous ne [pouvez encore revenir à lui par le goût de la justice. »
Le bonheur n'est pas non plus dans les créatures visibles. Et il est facile de s'en rendre compte, et par la raison et par l'expérience. Elles ne valent pas plus que nous et un grand nombre d'entre elles ne nous valent pas. Elles ne peuvent nous donner ce qui nous manque, ce qu'elles n'ont pas elles-mêmes. On ne rend pas le vin meilleur en y mêlant un autre vin qui ne vaut pas mieux, ou en y ajoutant de l'eau.
Notre soif de bonheur est insatiable, et les créatures sont finies et bornées, comment pourraient-elles remplir notre cœur? Elles sont en dehors de nous, et le bonheur ne peut être qu'en nous. S'il est en dehors de nous, ou il nous est étranger, et, dès lors, ne nous appartient pas, ou il n'atteint que la moind re portion de nous-mêmes, notre corps, dont les sens perçoivent le monde visible et se reposent dans les [créatures; mais les satisfactions des sens ne peuvent remplir le Cœur et l'esprit humains. Le cavalier a du plaisir à voir son cheval se nourrir à l'étable d'un foin délicat, mais s'il meurt de faim lui-même, il n'en est pas pour cela heureux. Que le corps ait tant qu'il voudra les jouissances qu'il aime, l'âme ne