INTRODUCTION XIII
peut être heureuse si elle est privée des plaisirs q.ui lui sont propres. Du reste, les créatures visibles ne peuvent nous procurer que des biens, des honneurs et des plaisirs. Ces trois mots disent tout ce qu'elles sont capables de nous offrir ; mais d'abord elles ne nous les donnent pas toujours. Combien qui n'ont en partage en ce monde que la ïnisére, le mépris, la souffrance; et pourtant, nous sommes tous faits pour le bonheur, comme l'œil est fait pour voir, l'oreille pour entendre. Ce n'est donc pas en elles qu'il faut le chercher, puisque la plupart ne réussissent même pas à y trouver ce qu'elles donnent à peine à quelquesuns.
Et lors même qu'elles donneraient à tous biens, gloire et plaisir, serions-nous pour cela heureux? Non, assurément. Où sont les hommes qui ont tout à souhait, et qui, par suite, sont un objet d'envie pour les autres'? Et cependant, ils sont parfois tellement malheureux qu'ils ne peuvent supporter leur triste existence. C'est que les choses de la terre ne sont pas la nourriture de notre âme, elles ne peuvent pas la rassasier.
Nous regarderions comme un insensé, un affamé qui respirerait l'air en espérant s'en nourrir, « mais c'est une aussi grande folie, dit saint Bernard, que de vouloir rassasier avec des choses corporelles un esprit raisonnable et immortel. On peut en être enflé comme celui qui aspire lèvent, mais on ne peut en être rassasié. »