DES ACTES d'amour DE DIEU
entretien avec lui dans l'intérieur de notre âme. On' peut lui donner les noms les plus doux; on peut aussi se représenter Notre-Seigneur comme s'il était vivant à côté de nous, s'imaginer qu'on baise ses pieds et qu'on les arrose de ses larmes, comme Madeleine, ou qu'on repose sur. son cœur comme saint Jean à la Cène. 11 est facile aussi de se servir d'un crucifix, de tourner souvent vers lui et de reposer sur lui ses regards, ou de le baiser avec tendresse, et le jour et la nuit, lui demandant la grâce de vivre et de mourir pour lui.
Sansdoute, ce que nous disons ici sera peu goûté des cœurs pleins des choses terrestres. Hélas! qu'ils sont à plaindre ceux qui estiment que l'homme ne doit avoir affaire qu'avec des êtres au-dessous de lui, ou à son niveau, que son cœur ne peut aimer que cette boue qu'on appelle les biens de la fortune, que cette créature de chair que les vers dévoreront demain, qu'à elle seule il faut prodiguer tous les élans et toutes les affections d'amour d'une âme immortelle. Qu'ils conviennent au moins que Dieu en mérite davantage, et qu'ils sont bien pauvres et bien malheureux en comparaison de ceux qui réservent pour lui tout ce qu'ils ont de tendresse. Les âmes qui sont vivement touchées de l'amour de Jésus- Christ, dit saint Macaire, regardent comme inutile tout ce qui ne tient pas à l'objet de leur affection ; c'est vers lui que se dirigent leurs désirs, leurs desseins et leurs pen^ sées ; c'est là qu'elles vivent, qu'elles demeurent, qu'elles agissent, qu'elles sont entièrement en esprit. Et, certes, puisque notre esprit est noble et divin, n'est-ce pas une indignité de l'entretenir de choses viles et abjectes, comijie ces imagés de serpents et de vipères que le prophète vit peintes sur les murailles du Temple? Les grandes âmes ont toujours de grandes pensées ; ne ravalons pas les nôtres, portons-les continuellement sur l'objet le plus grand de l'univers, sur celui qui en est le Créateur et le Sauveur. âmes justes, pour qui ce qui°passe n'est rien, laissez traiter de folie par les mondains votre sainte sagesse! Un jour viendra où, avec un désespoir éternel, ceux qui vous
méprisent aujourd'hui, diront : « nos insensati ! C'est nous qui étions insensés! » Aimez Dieu, brûlez de vous unir à lui et, parce qu'en ce monde vous ne pourrez jamais le faire assez, soupirez après le ciel où l'union avec lui sera parfaite, sans interruption, sans lin. Dieu, « je serai rassasié, quand m'aura apparu votre gloire. Montrez-nous votre face et nous serons sauvés, » Jésus, « montreznous votre Père et c'est assez pour nous ! »
§ 7. — Formules de ces divers actes d'amour de Dieu.
C'est le cœur qui dicte ces actes; et les meilleurs sont ceux que chacun produit de lui-même, sous l'inspiration de la grâce et de son affection pour Dieu.
Toutefois, à l'exemple des auteurs spirituels et de saint Liguori en particulier, nous devons aider certaines âmes de bonne volonté, qui ne sauraient pas produire de telles aspirations, ou qui, dans des moments d'aridité, se sentiraient impuissantes à Tes tirer de leur cœur.