DES ACTES D'ABIOUR DE DIEU
eut les mêmes misères que son Fils par commisération, les mêmes douleurs- par condoléance, les mêmes passions par compassion ; et, en somme, l'épée de la mort qui transperça le corps de ce très aimé Fils transperça de même le cœur de cette très aimante Mère,
» Ce fut cet amour de compassion^ qui attira en saint François d'Assise les stigmates de la Passion du Sauveur, et dans sainte Gatlierine de Sienne les flammes ardentes de ses mains et de ses pieds ; et ces grandes âmes, en recevant ces marques do la Passion du Sauveur, sentirent dans leurs douleurs les ardeurs d'un amour incroyable, et des douleurs excessives dans leur amour, étant tout attachées à la croix avec Jésus et savourant toutes les délices que goûtent ceux qui souffrent pour cet Ami divin. » Cette compassioii, tput en étant engendrée par l'aiTiour do Dieu, augmente donc cet amour.
charité, qui avez fixé mon Sauveur à la croix, fixez-y aussi mon cœur. A Dieu ne plaise, ô mon Jfésus, que je me glorifie en autre chose qu'en votre croix qui a été pour moi la source de la vie. Je veux méditer vos douleurs, afin d'y prendre part, et de supporter pour l'amour de vous toute autre douleur. -
' § 6. — De l'amour aspiratif.
L'amour s'élance comme la flamme, il. aspire à l'union à l'objet qu'il aime. De là les aspirations dont nous avons déjà dit un mot en parlant des oraisons jaculatoires et qui ont un tel prix que nous devons y revenir ici et dira leur importance, leur facilité et la manière de les pratiquer.
Les maîtres de la vie spirituelle, à la suite de saint Denis, de saint Bernard et de saint Bonaventure, nous apprennent que les élans de l'âme vers Dieu, le désir de s'unir à lui, sont cette véritable sagesse qui ne s'apprend pas dans les livres, ni dans les disputes des savants, mais par l'écoulement de l'âme en Dieu ; que c'est là le moyen le plus court, le plus efficace, pour avancer dans la voie de la charité et de l'union avec Notre-Seigneur.
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Ces aspirations tiennent toujours l'àme dans un état de ferveur et dans une sainte disposition de pratiquer les différents actes de vertus lorsque les occasions s'en présentent; elles sont pour l'homme la source continuelle de nouveaux trésors de mérites; elles multiplient ses couronnes; elles le défendent contre le démon et le rendent invulnérable à ses traits par l'union admirable qu'elles lui font contracter avec le Tout-Puissant. Non seulement, avec leur secours, l'homme peut se défendre, mais il peut se moquer des tentations; « car c'est en vain qu'on étend des filets aux pieds des oiseaux qui volent, » dit le Sage.
Nous voyons les mouches voltiger autour d'un vase rempli d'une liqueur bouillante ; mais elles ont garde d'y entrer; il en est de même du démon ; il n'est rien sur quoi il ait moins de pouvoir que sur un cœur brûlant d'amour: il peut bien rôder autour de lui, mais il no saurait y entrer ; ce cœur lui est fermé. Saint Antoine disait que le démon redoute les jeûnes, les veilles, les prières, les bonnes œuvres des âmes justes, mais surtout un ardent amour pour Jésus-Christ. « Dieu est un feu consumant, dit saint Bonaventure; plus l'âme s'approche de lui par l'amour, plus elle perd de sa froideur, plus elle s'enflamme, parce qu'aspirant par des désirs embrasés à une union plus intime, elle s'expose aux rayons brûlants du soleil de justice et elle s'embrase alors comme l'étoupe aux rayons du soleil matériel. » Ce soleil divin, selon la remarque du saint Docteur, dévore l'âme de trois manières : en augmentant l'ardeur de son amour, en détruisant, par cette ardeur, ce qui l'empêchait de brûler davantage; enfin, par les grâces abondantes dont il la comble, il élève son amour à sa plus haute perfection.
Aussi tous les maîtres de la vie spirituelle recommandent-ils de nous rendre ces aspirations très fréquentes et aussi habituelles que possible. Saint Grégoire le Grand, commentant ces paroles de nos Saints Livres, « le feu brûlera toujours sur l'autel..... il sera perpétuel et on ne le laissera jamais éteindre, » dit : « L'autel de Dieu, c'est
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notre cœur; le feu qui y doit brûler sans relâche, c'est celui de la charité! Sans doute, c'est le propre des Bienheureux d'être appliqués à Dieu sans relâche et sans interruption; mais, dès ce monde, nous pouvons, non sans interruption, mais du moins fréquemment, pensera Dieu, le trouver dans notre cœur, lui offrir notre amour. Denis le Chartreux nous fournit trois moyens pour le faire facilement: le premier est la grâce, avec laquelle nous pouvons tout; le second, l'habitude qui devient comme une seconde nature, et qui surmonte et adoucit toutes les difficultés. Si la mauvaise habitude se forme par la répétition fréquente de plusieurs actes mauvais, la bonne habitude se forme aussi par la répétition des actes bons. Cela étant, si quelqu'un s'applique à élever souvent son cœur à Dieu, il en acquerra l'habitude, il pourra alors produire ces actes promptement, facilement, agréablement même dans toutes les occasions. Le troisième moyen est l'amour qui, par sa force, unit l'objet aimant à l'objet aimé et lui en présente souvent l'image; il est certain que celui qui prendra la résolution d'aimer Notre-Scigneur de tout son cœur sentira que, non seulement il lui est possible d'élever son cœur à Dieu, mais que cet exercice est facile et doux. Ainsi, en quelque situation qu'il soit, à table, au travail, en repos, dans la conversation, en promenade, le souvenir de son Dieu demeurera dans son cœur; qu'il parle aux hommes ou qu'il prête l'oreille à leurs discours, il s'entretiendra avec son Dieu sans qu'on s'en aperçoive par de saintes aspirations.
D'après saint François de Sales, ce retour continuel du cœur vers Jésus peut remplacer les autres prières et rien ne le remplace. Sans lui, la vie contemplative n'est guère possible et l'on se dissipe dans la vie active. Loin de diminuer l'application aux affaires, il la rend plus douce et plus efficace. On ne s'arrête un instant que pour marcher ensuite avec plus de bonheur. Que de mérites acquis dans un seul jour par une âme qui emploie tous ses instants aux actes d'amour ! Sa vie n 'est-elle pas déjà céleste?
Ou doit éviter toutefois de faire des efforts violents pour exciter en soi une dévotion trop sensible qui est loin d'être la plus parfaite, et qui peut quelquefois amener des fatigues corporelles, et même une' certaine impuissance pour les exercices spirituels. Ce qui est violent ne diu'e pas: la perfection n'est pas dans le bouillonnement du sang, mais dans les affections douces et pures do la volonté. Le vin nouveau fermente plus qu'un vin vieux qui est en repos ; mais ce dernier est sans comparaison plus salutaire.
Bien qu'il faille toujours parler à Dieu avec le respect que demande sa présence, « c'est une erreur évidente, dit saint Liguori, dépenser qu'on ne puisse traiter familièrement et en toute confiance avec lui sans manquer au respect dû à son infinie majesté.
» S'il est la majesté suprême, il est en même temps la bonté infinie et l'amour infini. Yous trouvez en Dieu le Seigneur le plus sublime qui puisse exister; mais aussi l'Epoux le plus aimant que vous puissiez avoir. Loin de vous exposer à ses dédains, vous le réjouissez, au contraire, en usant avec lui de cette confiance naïve et tendre de petits enfants à l'égard de leurs mères. HIcoutez en quels termes il nous presse d'aller à lui, et quelles caresses il nous promet: « Vous serez comme des enfants » que leur nourrice porte pressés sur son sein, et qu'elle » flatte en les tenant sur ses genoux ; comme une mère » caresse son enfant, ajnsi je vous consolerai. » Une mère se fait un plaisir de prendre sou petit enfant sur ses genoux, de lui donner sa nourriture, de le couvrir de caresses ; c'est avec la même tendresse que notre bon Dieu se plaît à traiter les âmes qui lui sont chères pour s'être données à lui sans réserve et avoir placé toutes leurs espérances dans sa bonté.
» Soyez-en persuadé, vous n'avez ni ami, ni frère, ni père, ni mère, ni époux, ni amant, qui vous aime plus que votre Dieu. »
C'est là ce qui doit nous rendre doux et facile noire