‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 89 sur 121 · VIII. — ASPIRATIONS · texte numérisé non relu

VIII. — ASPIRATIONS

Venez, Seigneur Jésus ! Quand viendrai-je et apparaîtraije devant votre face!

Amour qui brûlez toujours et ne vous éteignez jamais ! charité, ô mon Dieu, embrasez-moi.

Que je vous possède, ô Béatitude éternelle, que je vous possède au milieu de mon cœur !

Liez-moi, Seigneur, et serrez-moi dans les chaînes de votre amour, afin que je ne vous quitte plus.

Je veux être tout à vous ; c'est à vous de faire que je sois tout à vous.

374 DES ACTES D'ARfOUR DE DIEU

Je désire vous aimei-, augmentez mon désir et donnezmoi ce que je désire.

Faites que je sois tout à vous avant de mourir.

Cœur brûlant de Jésus, enflammez mon pauvre cœur.

Mon Jésus, quand commencerai-je à vous aimer comme vous m'avez aimé?

Mon Dieu, quand mourrai-je à tout autre objet, et vivraije pour vous seul?

Mon Jésus, faites que j'expire en répétant : Je vous aime, ,e vous aime!

Nous aurions pu multiplier ces formules d'actes d'amour de Dieu ; mais nous en avons dit assez pour le but que nous nous proposons.

. 11 est des âmes qui ne savent que faire dans l'oraison ; qu'elles récitent ces actes, ou mieux les produisent intérieurement devant Dieu. Leur oraison sera ainsi très fructueuse. Il serait à désirer que notre vie tout entière fût employée à ces actes qui sont ceux que les Bienheureux font sans interruption dans le ciel; mais cela ne nous est pas possible; il est donc bon pour les multiplier de recourir à de pieuses industries.

Les conventions faites avec Notre-Seigneur.

Ces conventions font acquérir des trésors de mérites, comme nous l'apprend saint François de Sales, et comme il est facile de le comprendre. Les hommes peuvent convenir entre eux de certains signes par lesquels, par un mot ou par un seul geste, ils se diront beaucoup de choses. Si un homme disait à son ami que, chaque fois qu'il portera la main sur son cœur, il a l'intention de lui dire qu'il lui donne la première place dans son affection, qu'il met à son service ses biens, son dévouement, sa vie elle-même, l'ami, quand il verrait cet homme porter devant lui la main sur son cœur, saurait à quoi s'en tenir, et ce seul geste lui serait aussi agréable que les plus grandes protestations d'amitié. Il en est à plus forte raison ainsi avec Dieu qui

DES ACTES d'amour DE DIEU 373

est toujours présent, qui voit le fond des cœurs, qui connaît, par conséquent, mieux que nous ce que nous voulons lui dire par un mot, par un signe ; qui lit toutes nos pensées et tous nos désirs saints, et les récompense. Si donc, après avoir fait tous les actes qui précèdent dans une oraison ou une communion fervente, on dit à Notre- Seigneur qu'en regardant ou en baisant un crucifix, ou simplement en portant la main sur son cœur, ou en disant simplement ces paroles: « amour », ou encore « Mon Jésus, miséricorde! » ou qu'à chaque battement du cœur, ou à chaque respiration de la poitrine, on entend lui renouveler tous ces actes à la fois, il est clair qu'on ne peut que lui plaire, et acquérir des mérites incalculables; car il exauce les désirs des pauvres, et ses oreilles écoutent la préparation de leur cœur. Le mot de convention pourrait être avec profit le seul nom de Jésus, que les saints ont prononcé avec tant d'amour.

Sur ces paroles du texte sacré : Votre nom est comme une huile répandue, saint Bernard dit : « L'huile luit, nourrit et adoucit. Elle entretient la flamme, elle nourrit le corps, elle adoucit la douleur et est â la fois, lumièrej nourriture et remède. Le saint nom de Jésus produit tous ces effets. Annoncé par la prédication, il éclaire les esprits. C'est un aliment fortifiant; ne vous sentez- vous pas réconforté toutes les fois que vous le prononcez? Qu'y a-t-il qui puisse aussi bien que ce nom réparer nos forces abattues par le tr-avail, fortifier les vertus, faire germer la pureté des mœurs et les chastes pensées? Tout aliment de l'âme est aride, s'il n'est arrosé de cette huile ; il est insipide s'il n'est assaisonné de ce sel. Si vous écrivez, je n'y trouve aucun goût si je n'y trouve Jésus; si vous conversez avec moi, je n'y éprouve aucun plaisir si je n'entends résonner le nom de Jésus. Ce nom est en même temps un remède. Quelqu'un de nous est-il triste, que Jésus vienne d'abord dans son cœur, et passe ensuite sur ses lèvres ; et voici qu'à la lumière de ce nom les nuages se dissipent et le calme renaît. » Aussi le saint ermite Abraham avait-*

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il coutume de dire: « Le saint nom de mon Sauveur Jésus- Christ que j'aime et que j'ai toujours aimé est un mur impénétrable qui me met à l'abri de tous les traits des démons. » Il est donc salutaire de convenir avec Dieu qu'en le prononçant en entend produire tous les actes d'amour exprimés précédemment. Ces pieuses conventions seront goûtées et pratiquées par lés âmes qui s'appliquent à la vie spirituelle, et qui sont retirées des embarras du siècle. Celles toutefois qui se vouent à une vie active en ont encore un plus grand besoin, car elles sont plus exposées à oublier Dieu, en se laissant absorber par les œuvres extérieures. Si elles ne veulent pas perdre de grands mérites, qu'elles aient soin, le matin, d'employer ce moyen. Il faut néanmoins bien remarquer que ces conventions ne sont pas faites pour favoriser la paresse, mais pour remédier à l'impuissance où nous sommes de rendre à Dieu autant d'amour et de gloire que nous le voudrions. Il faut donc bien se garder de se ralentir dans les élévations de l'âme à Dieu, sous prétexte qu'on est convenu avec lui que par chaque battement de cœur on a l'intention de faire pour lui tous les actes que nous avons exposés. Il importe, nous l'avons dit, de toujours entretenir le feu sur l'autel de notre cœur; et c'est par cette chaleur intérieure que nos œuvres extérieures Sont fécondées.

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