Le même
» Aux champs, la jeune tille ne quitte pas sa famille, au milieu de laquelle, en respirant un air libre et sain, elle se livre à des travaux variés, proportionnés à ses forces.
» A Tatelier, dans un air corrompu, mêlée à des filles déjà perdues, à des hommes qui se feront une gloire de la perdre, elle a à exécuter des travaux monotones et ennuyeux et souvent très-pénibles. »
A la campagne, les petits enfants jouent sur rherbe, dans les bois, — à la ville, dans la rue, la boue, dans le ruisseau fangeux.
Dans certaines industries, le travail de l'enfant est un apprentissage, son instruction, son éducation hcnt ce que devraient être l'éducation et l'instruction de toute la jeunesse,
« Apprendre enfant ce que l'on doit faire étant bomme. »
Mais, dans le plus grand nombre des industries, on n'emploie l'enfant, comme on n'emploie la femme, — que parce que les perfectionnements des machines n'exigent pour certains travaux accessoires qu'un demi-ouvrier, — qu'un quart d'ouvrier, — en attendant un nouveau perfectionnement qui permettra de s'en passer tout à fait.
Là il n'apprendra rien que cette besogne ou plutôt cette fraction de besogne, monotone, ennuyeuse, écœurante — dont il ne voit pas même le résultat; — jamais il ne sera employé à un travail entier qui pourrait constituer un état ; — il rattache des fils de coton, il n'est qu'une cheville, qu'un levier,
qu'une roue, qu'une manivelle ; — il n*apprend, il ne sait que la centième, la millième partie d'une opération, d'un métier; — il est toujours une dépendance de la machine, — il n'acquiert pas un talent, une valeur intrinsèque; — on peut le remplacer demain par un autre qui apprendra en une demi-heure ce qu'il a à faire dans toute sa vie, — c'est-à-dire ce qui constitue le quart d'ouvrier qu'il est et dont le salaire doit lui suffire.
Dans les métiers que les machines n'ont pas encore envahis, l'ouvrier fait une opération entière; il acquiert un talent, une valeur intrinsèque ; il cherche des perfectionnements, des procédés abréviatifs; il n'est plus quelque chose, mais quelqu'un; il est indépendant de celui même qui le fait travailler, à proportion de son talent, de son intelligence, de son amour du travail.
L'ouvrier de fabrique qui passe sa vie à faire la dix-huitième partie d'une épingle — quelle occupation a-t-il pour son intelligence? ne doit-elle pas se rouiller, s'atrophier en même temps que ses forces?
L'homme des champs se meuble nécessairement la tête de connaissances très-multiples et très- variées ; — il faut qu'il observe, qu'il décide,
J*ai entendu souvent l'ouvrier de fabrique parler avec dédain du paysan, — parce que celui-ci n'a pas ce bagout de perroquet qu'on apprend si vite dans les villes, pour exprimer toute une bibliothèque d'idées fausses; — le paysan est ignorant —
et ce n'est pas toujours sa faute» — mais cependant que de choses il sait, apprises dans le plus grand, le plus beau, le plus intéressant des livres» le livre toujours ouvert de la nature!
L'égalité n'est qu'une échelle que, une fois mon-* tée, chacun essaie de renverser derrière soi.
— Vous avez beau dire, monsieur, me dit-il en m'abordant au moment où je descendais de mon canot...
Cette locution : — Vous avez beau dire, — est un tic du voisin que m'avaient donné le hasard et le second siège de Paris.
La première fois qu'il avait commencé ainsi la conversation, je lui avais fait remarquer — que je n'avais pu dire ni beau ni laid, ne l'ayant pas rencontré et ne lui ayant pas parlé depuis trois ou quatre jours ; mais, quand je m'aperçus que c était sa manière invariable de commencer tous ses discours, même quand il parlait le premier, je n'y fis plus attention.
D'autant que ce tic n'est pas très-rare, — j*ai connu un autre homme qui ne parlait jamais sans dire : Je commence par vous dire, — même quand il y avait longtemps qu'il tenait la parole; — on prétend que les Belges ne peuvent dire quatre mots sans ajouter : Savez-vous, C'est une espèce de prélude qui donne à la pensée le temps d'arriver et de prendre une forme.
Mon voisin momentané est, du reste, un homme qui m*a paru très-probe et très-bon ; sa conversation était même remarquablement intéressante quand il parlait de sa famille, des difficultés qu*il avait dû surmonter, au commencement de sa carrière commerciale, pour arriver à une certaine fortune, dont il parlait, du reste, avec complaisance ; — elle Tétait moins quand il discourait sur la politique, la morale ou la philosophie.
Vous avez beau dire. Monsieur, me dit-il, — toutes ces révolutions- n'-aboutissent à rien; les ouvriers sont les ouvriers, et les maîtres sont les maîtres; — il faut des rangs et une hiérarchie dans la société ; — il faut que chacun se tienne à sa place et reste dans sa sphère.
Que veulent aujourd'hui les ouvriers? Ils veulent être bourgeois, — s'habiller comme moi, — fumer des cigares à trois sous comme moi; — quand je vois la femme et les filles de l'ouvrier porter des crinolines comme ma femme et mes filles, — je me demande où nous allons, — et, vous avez beau dire, monsieur, nous allons tout droit au désordre et à l'anarchie.
Il n'y a pas de nouvelles de Paris, ajouta-t-il avec un soupir ; je suis bien impatient de rentrer, — j'ai d'abord le souci de nos affaires, et, vous avez beau dire, je ne m'amuse pas ici.
Non pas que je n'aime la campagne, monsieur, je l'aime au contraire beaucoup, — et j'espère bien m'y retirer d'ici à peu d'années. La campagrie! ah ! monsieur ! mais moi qui vous parle, pour être à la campagne, je consentirais à habiter une mai-
. son comme ça — et de la main il désignait ma maison, — qui est en effet une vieille maison basse, irrégulière, — heureusement cachée sous les passifloreS; les rosiers et les jasmins.
A propos de campagne, monsieur, continua-t-il, j'ai fait une acquisition très-avantageuse; — il est vrai que je payais comptant; — c'est une maison
— ou plutôt, disons le mot, — c'est un petit château — et encore pas trop petit; — il a une tourelle, monsieur,, — une vraie tourelle^ — et, audessus d'une des portes, on voit encore les vestiges des armes des anciens propriétaires, — des nobles, monsieur, — des ducs ; — le notaire, qui m*a vendu, m'a expliqué ces armes. — H y a des gueules et un tas de choses; je n'ai pris ni les armes ni le titre.
— Mais, dans le pays, on m'a appelé d'abord le maître de la Fresnaie — le nom de ma propriété, puis le monsieur de la Fresnaie, — puis M. de la Fresnaie.
Je les laisse — parce que je m'appelle Richard et il y a dans le pays un homme qui s'appelle Rocher ; ça empêche de nous confondre.
Il y a de plus un pigeonnier ; — c'était un droit seigneurial, monsieur; ma terre avait droit de pigeonnier ; — le château est charmant, — car vous avez beau dire, monsieur, ces gens-là avaient du goût et le sentiment inné de l'élégance ; c'est un sol, une fertilité, une richesse, une abondance, tout y vient mieux et plus vite qu'ailleurs, — sans compter un bois où s'abattent les premières grives.
J'ai été reçu, monsieur, dans le pays, avec une remarquable affabilité. — Mes voisins, toute la no-
blesse du pays, — vieille noblesse, s'il en fut, — le marquis***, le comte***, le baron***, m'ont fait le plus aimable accueil ; — ils viennent dîner à mon château sans cérémonie ; ils ont compris, monsieur, que nous ne sommes plus au temps des castes et des privilèges ; ils savent que le bourgeois, qu'ils trai* taient autrefois de routier et de vilain, est un homme comme eux, — et ils ont le bon sens de me traiter sur le pied de la plus parfaite égalité . . . ^ . ,
Je lis quelquefois le journal de Maître Gambetta — et l'autre jour le hasard de la « mise en page » me frappa.
Dos à dos — c'est-à-dire, sur la troisième et sur la quatrième page du numéro — du 28 novembre, je crois — se trouvaient deux articles qui faisaient un étrange contraste — et montraient plus que suffisamment dans quel renversement de toutes les idées de morale, de justice la société actuelle est tombée.
A la troisième page le récit, emprunté à un autre journal, d'un trait d'héroïsme de marins normands.
Par une horrible tempête un sloop manque la passe du port de Samt-Valéry, et se jette sur des récifs ; — . les pilotes du port déclarent qu'il est impossible de sortir pour aller secourir le bâtiment en détresse.
Vimont, Boivin, Cordier et Clerel, de Saint-Valéry,
— David et Durand, matelots du Saint 'Louis y de Fécamp, s'emparent d'un canot et se mettent en mer.
Ils réussissent à accoster le navire et à prendre, à leur bord le capitaine Turgis, les matelots Grouet et Calbès et le mousse Guioniard.
Mais au retour, une lame chavire le canot et enlève les dix hommes. .
De terre, on jette des pièces de bois, — six se sauvent, quatre sont noyés, le capitaine Turgis et le mousse — et deux des héroïques sauveteurs, Cordier et Boivm.
Le journal ajoute : le ministre de la marine se propose d^ accorder à ces hommes de cœur les récoiupenses dont ils sont dignes. — « Il a également demandé des renseignements sur la situation des familles des victimes de l'accident^ afin de soulager leur infortune, dans la limite des ressourcés du département. »
A cette citation, le journal démocrate n'ajoute rien;
— il ne s'indigne pas du mot accorder^ ni des secours promis aux familles des héros morts, — de vrais héros ceux-là, — dans les limites des ressources du département.
Précisément derrière ce réôit est l'annonce de la publication des discours de Maître Gambetta — dans sa tournée insurrectionnelle.
Un beau volume in-l8, jésus.
Et je compare.
Les uns ont exposé ou sacrifié leur vie — pour secourir des marins en péril.
Les survivants se contentent des félicitations — ^t des récompenses que le ministre songe à leur accorder;
Quant aux morts, leurs familles seront « secourues dans la limite des ressources du département » : si le département n*a que peu de ressources, elles-seront peu secourues, — si le département n'a pas d'argent de trop, elles ne seront pas secourues du tout.
Mais pour avoir été débiter dans des gueuletons des discours creux sans une idée, sans une pensée, — on demande pour Maître Gambetta et il demande lui-même — le souverain pouvoir, les honneurs, les dignités et surtout les gros appointements, et toutes les jouissances du luxe et de la vanité — et cela sans limites, — sans consulter les ressources de la France qu'il a tant contribué à épuiser.
Mais est-il donc tout à fait impossible de faire comprendre au peuple qui se proclame si volontiers le « peuple le plus spirituel », combien le suffrage dit universel, tel qu'il se pratique — cette façon d'interpréter la volonté et les sentiments d'une « grande nation », façon qui a innocenté le crime du 2 décembre et rendu possible cette parricide déclaration de
guerre de 1870, — est tout ce qu'il y a au monde de plus absurde, de plus bête, de plus menteur, de plus dangereux, de plus inexorablement abrutissant et mortel pour le pays qui s'obstinerait à Texercer?
Laissons, du moins pour le moment, une considération cependant bien grave, c'est que, grâce aux journaux, aux clubs, aux chambrées, aux orateurs de cabaret, de balcon, à l'ivresse du vin frelaté et des idées fausses, ce ne sont ni leurs pensées ni leurs sentiments véritables qu'expriment la plupart des électeurs ; — nous les voyons obéir comme un vil troupeau à des mots d'ordre envoyés par un petit nombre d'ambitieux et de déclassés. Jamais aucune superstition n'a exigé une obéissance plus aveugle, plus humiliante que n'en exigent de cette foule ahurie les maîtres qui la conduisent, en se tenant derrière et à l'écart au jour du danger et de l'expiation. Beaucoup des moutons de ces troupeaux qu'on mène au vote, de ces moutons qui présentent ce phénomène contraire aux idées reçues, que c'est à force de boire qu'ils deviennent enragés, font semblant de ne pas croire à Dieu et croient à Maître Gambetta, à M. Chai lemel, à M. Naquet, à M. Grousset, à M. Pyat. Voyez l'abandon, Tensemble avec lequel les Parisiens votent pour le Lyonnais Barodèt, et les Lyonnais pour le Parisien Ranc. Demandez à ces électeurs, ces hpmmes libres, s'ils connaissent ceux auxquels ils confient les destinées de leur pays — je n'ose plus dire patrie, — de leur famille? Ces hommes libres vous répondront : Non, mais nos maîtres nous ont ordonné de voter pour eux.
Laissons donc de côté cette considération si grave que le vote du plus grand nombre des électeurs n'exprime ni leur pensée ni leurs sentiments, et supposons un moment le contraire de ce qui est ; — supposons que chaque électeur, lorsque arrive le moment solennel de livrer le gouvernement de la France à des mandataires, à des représentants^ rassemble, dans le silence et la méditation, toutes les facultés de son esprit, ne se laisse influencer par personne, s'abstient du cabaret et du café, cherche autour de lui Thomme le plus sensé, le plus intègre, le plus intelligent, le I plus dévoué, le plus humain. C'est bien là, comme je .) vous le disais, le contraire de ce qui se pratique, le 1 contraire de la vérité. — Il faut cependant admettre encore que cet électeur peut se tromper par ignorance, par défaut d'intelligence ou de culture, et que les plus intelligents, les moins ignorants ont de grandes chances de moins se tromper et de faire un meilleur choix que les autres. Néanmoins on approcherait ainsi de ce qui devrait être le but et le résultat de l'élection :
« Le gouvernement des meilleurs choisis par tous. »
Supposons donc que le voté de chaque électeur est le résultat de ses réflexions, de ses études, de ses opinions, de ses idées, de ses sentiments ; Dieu sait combien cette hypothèse est éloignée de la vérité, — mais admettons -la, et voyons, même après cette immense concession, ce que serait encore le suffrage dit universel.
Voici dix ouvriers intelligents, honnêtes, habiles, laborieux, mettez en face d'eux un tas de soi-disant « travailleurs», chenapans, « pratiques», pochards, « fripouilles », piliers de cabaret, hôtes habituels « du violon», etc.
Et comptez :
Si ceux-ci sont onze, l'opinion des dix du premier groupe ne compte plus ; ce sont les pratiques, les fripouilles, les cf travailleurs », qui décident l'élection et qui, indirectement, gouvernent la France.
Prenez Rabelais, J.-J. Rousseau, Montesquieu, Diderot, Larochefoucauld, Voltaire, Labruyère, etc., — ajoutez les dix plus grands écrivains et les dix plus sérieux savants de notre temps, — je ne nomme personne des contemporains pour ne pas fâcher le vingtunième, — mettez en présence de ces vingt personnes les hommes les plus ignorants, les plus bêtes, les plus idiots que vous pouvez rencontrer.
Et comptez ;
Les premiers sont une trentaine ; et les autres? ils ne sont que vingt -neuf, — alors ce seront les esprits supérieurs qui l'emportent et décideront les questions; mais attendez un peu, — ajoute» au second groupe un crétin, cul-de-jatte, dodelinant de la tête et n'ayant pour le langage que des sons inarticulés, le second groupe compense, équilibre le premier. Très-bien, mais ajoutez un « gâteux » épileptique.
Alors les grands esprits et les savants n'ont plus qu'à se taire et à baisser la tête sous la supériorité et le gouvernement des trente-et-un.
Prenez dans tous les pays et dans tous les temps» les plus grands citoyens, les plus dévoués à l'humanité, à leur patrie, — les plus sages d'entre les hommes : Ron-fu-tsée, Socrate, Phocion, Épictète, Jésus- Christ, Soion, Lycurgue, Aristide, Marc Aurèle, Décius, Caton, etc., — les deux douzaines peut-être de vrais grands hommes clairsemés que la Providence a accordés au monde depuis la création.
Mettez en face, pris au hasard également dans les temps et dans l'espace : Caïn, Busiris, Vitellius,Héliogabale. Cartouche, Lacenaire, Troppmann, quelques fournisseurs de vivres, d'armes et de vêtements pour la guerre de 1870, quelques souteneurs de filles, quelques culotteurs de pipes, quelques ramasseurs de bouts de cigares, quelques imprésarios de roulettes en plein air, etc., — et, comme la nature, aidée par la civilisation et Tagrandissement des villes, produit plus d'hommes de la seconde espèce que de la première, ce sera un hasard si ayant réuni vingt-cinq des premiers vous ne voyez pas devant vous une trentaine des seconds, — alors, à eux le pouvoir, à eux l'empire, à eux le gouvernement du pays.
Mais il s'agit de guerre ; nos frontières sonir menacées, il faut un chef, — à nous les héros, les guerriers intrépides, les grands capitaines, les soldats vieillis dans les camps, — choisissez parmi vous le plus brave, le plus expérimenté, le plus heureux.
En eiFet, à notre voix accourent Achille, Hector, Enée, les deux Ajax, Epaminondas,HoratiusCoclès, Arnold Winkelried, Charles XII, François I", Bavard, Henri IV, le grand Condé, Napoléon P% Frédéric de
Prusse, Bugeaud, Cavaignac, Bourbaki, d'Aurelle de Paladines, Mac Mahon, etc., etc., — le commandement au plus digne — optimo.
Arrêtez, crie une foule effarée. — Eb bien ! vous ne vous gênez pas, — et le suffrage universel, — qu'en faites-vous? Nous voulons voter et choisir notre chef: Courons aux urnes.
Cette foule paraît nombreuse, mais cependant le bataillon des gueniers est assez gros, — allons donc aux urnes, puisqu'il faut, — pendant qu'on vote, tâchons de reconnaître quelques-uns des hommes qui composent ce second groupe.
Je vois Irus, Thersite, Dick de la Dame Blanche^ qui « a si peur », une foule de ces partisans de laguerre à outrance qui s'étaient, en 1870 et 1871, réfugiés dans les préfectures, ou parcouraient le pays loin des balles prussiennes, affublés de titres bizarres qui leur rendaient le double service de leur faire facile la conservation de leur précieuse peau, et de leur permettre de toucher des appointements, de sorte que, pour eux, le patriotisme était « le sang des autres » et la continuation de la guerre « l'émargement à outrance ». — Voici une horde de délégués, à ceci et à cela, de commissaires, sous-commissaires, commissaires généraux, etc., etc., — ayant tous voté pour la continuation d'une guerre où on ne tuait que les autres. Ils sont bien nombreux, c'est inquiétant, — comptons cependant les suffrages.
Les outranciers : Irus, Thersite, Dick, etc., — cent.
Héros, capitaines, vieux soldats, — cent.
Nombre égal.
Mais voici un homme qui se montre au bout de la
3Q0 }.ART D'ËTÏIB MAIEEURBU)^
rud, — pn le reconiiaît, r— Q'est Félix Pyat, il accQUFt aui§si v^ite que s'il se sauvait; — il crie : « Arrêtez, citoyens, le scrutin n'est pas ferjné, — j'ai le droit de voter, je vota. »
Alprs, grâce au concoure de Félix Pyat, cent ud contre cent, — le nombre l'emporte, — et par Topération du suffrage dit universel,
Entre tant de héros on choisit Childebran4 ;
On nomme général en chef maître Ledru, ou maître Gambetta, ou Félix Pyat lui-même.
N'oublions pas Tinfluence souvent heurpuse des femmes d^ns toutes les affaires humaines, appelonsles à donper leur opinion, surtout leur sentiment,
— car, plus heureusement douées que les hommes, elles ont reçu du ciel ces pressentiments, cette divination que leur attribuaient nos ancêtres les Gaulois :
— « Les fen^mes devinent tout et ne se trompent guère que quand elles réfléchissent. »
Au sorutin, des femmes !
Ah J vpici Lucrècp, Cornélie, cinq vestales, Jeanne d'Arp, dix matrones romaines, cinq petites sœurs des pauvres, r— courage!..,.
Mais quelles sont ces dames à cheveux poux î Leurs bonnets sont si hauts, qu'il n'y a plus besoin de les je.ter par-dessus les moulins, ils habitent dans cette région de l'air où les moulins font tourner leui's ailes, — voici des « bas-bleus-rouges », des femmes libres, des conférencières, des libres-penseuses, libresaimeuses, libres-parleuses, coureuses, « gouapeuses »,
raccrocheuses, « chaloupeuses » , pétroleuses, orateuses de clubs, etc.; — Lucrèce j Gornélie, les matrones, les vestales, etc. , les petites sœurs des pauvres elles-mêmes et Jeanne d'Arc, si braves les unes et les autres, s'enfuient effrayées, et vont se cacher.
Continuons : — grâce au suffrage universel, pratiqué comme il Test,
Ce sont les chevaux du fiacre, qui sont deux, qui doivent tenir le fouet et les guides, et atteler et faire marcher et traîner le cocher, qui n'est qu'un.
A ce titre deux loups valent mieux qu'un chien.
Deux ânes l'emportent sur un cheval.
Deux gros sous sur un louis d'or.
Deux navets sur un ananas.
Deux cailloux sur un diamant.
Peu?: vieilles m^ritoriies chauves et édentéi^ l'emportant sur Vénus q\\. $ur *****
Deu^ crapauds sur un rossignol.
Deux ch^fdons sur un pèdre.
Deux punaises pu deux crottins sur une rose.
C'est contre cette absufdité, ce mensonge, cette folie mortelle qu'il faut se réunir. C'est à une réforme électorale qu'il faut,
Avant tout;
Courir comme on court J^un incendie;
Car le suffrage prétendu universel — nous donnera pire que l'anarchie ;
Il nous donnera l'anarchie organisée, l'anarchie légale.
Caïn tuera Abel après un jugement correct, rendu par lui-même, et une condamnation régulière qu'il se fera un plaisir d'exécuter de ses mains.
Un bourgeois passe sur une place de fiacres, — les cochers qui n'ont pas « chargé » depuis le matin,
— qui sont a sur le pavé » comme disait M. Thiers de lui-même, entre deux ministères, — s'empressent autour de lui.
— Bourgeois, dit l'un, — c'est moi qui vous ai versé un soir en revenant du théâtre de l'Ambigu.
— Moi, bourgeois — vous devez me reconnaître
— je vous ai versé — dans un fossé des boulevards extérieurs; vous vous rappelez bien, la portière s'est ouverte, et vous avez roulé dans la boue.
— Et moi donc qui vous ai versé dans la rivière en revenant de Saint-Ouen.
— Et moi qui ai passé toute une nuit avec vous
— la nuit de ce fameux brouillard, où nous n'avons jamais, Coco et moi, pu retrouver les guichets pour sortir de la place du Carrousel.
— Et moi qui ai culbuté avec vous dans les fortifications, qu'il a fallu vous ôter pendant une heure les morceaux de verre des glaces piqués sur votre figure comme du lard sur un fricandeau.
Et le bourgeois hésite, ne sait lequel choisir entre ces divers automédons, et finira par monter dans le fiacre de celui qui le prendra par les épaules et l'enlèvera par-dessus le marchepied.
Ce bourgeois — c'est le peuple français — les cochers vous les voyez, vous les entendez — tous l'ont versé, estropié, roulé dans le verre cassé et dans la boue à diverses époques ; — lequel choisira-t-il? à coup sûr, il croira choisir l'un d'entre eux. Triste fiacre que le char de l'État — tristes cochers l pauvre bourgeois !
On assure que d'importantes modifications vont être apportées aux divers services du « Mont-de- Piété » de Paris,
J'en signalerai deux petites sur lesquelles j'appellerai l'attention de M. Thiers, puisqu'il s'occupe aussi de cela, et qu'il a demandé des notes à M.Cochut, directeur de cet établissement.
La seconde modification devrait être celle-ci: — Que le Mont-de-Piété cessât d'être le receleur et le complice des deux tiers des vols qui se commettent à Paris.
La première, qu'il fût un ami secourable pour les malheureux, au lieu d'être un usurier hypocrite.
Les Monts-de-Piété de Paris tirent de gros bénéfices des prétendus services qu'ils rendent aux classes pauvres. — Le taux de l'intérêt de l'argent qu'ils prêtent est de neuf pour cent, — les objets engagés sont taxés à peu près un tiers au-dessous de leur valeur, — c'est-à-dire : que l'objet engagé a déjà
perdu, par le fait de rengagement, un peu plus de trente-trois pour cent, qui, ajoutés à Fintérêt, arrivent à plus de quarante pour cent.
Toutes les affaires des pauvres sont régies de cette même façon : En 1837, M. de Gasparin, dans un rapport adressé au roi Louis-Philippe, constatait que les frais de gestion des propriétés données en mainmorte par la bienfaisance à des hôpitaux, s'élevaient, au delà des frais d'exploitation et de culture^ à vingt pour cent du revenu.
Il est scandaleux, il est monstrueux, que le bien des pauvres ehrichisse ceux qui Tadministrent;
Moti frère me racontait une triste histoire : Pendant le siège de Paris j il rencontra un nommé B *** dont l'appétit était proverbial j --^ il avait dû employer des moyens énergiques pour ne pas souffrir plus que les autres ; — il avait institué un resliaurant sur une grande échelle. Il emmena mon frère dîner chez lui : soupe excellente, — filets, — langue braisée, pâté chaudj i— tout exquis — * Quand on eut dîné, il demanda à mon frère : Qu'avez-vous mangé ?
— Baucoup de très-bonnes choses.
— Tout du cheval ; il n'y a que les fers que je n'ai pu encore faire manger aux Parisiens ; — les brides ne font pas mal dans la soupe.
Le fond de l'industrie de B *** était le pâté de cheval, — il avait enrôlé deux des premiers chefs
de Paris, et faisait d'excellentes affaires, dont là nleilleure était de manger à son appétit.
Des débris, des reliefs, des restes de sa cuisine il nourrissait et régalait les pauvres de son quartier.
Un moment, il fut menacé dans ison exploitation,
— il envoya quelques pâtés aux tnembrès influents de la Commune^ et on le laissa tranquille.
Mais quancl entra l'armée de Versailles, de§ Voisins qui n'avaient eu que des débris de pâtés, et auraient préféré des pâtés entiers^ le dénoncèredl; comme démagog:ue forcené. On vint le pretidre devant ses fourneaux et on le fusilla.
Nous ne sommes plus au temps où un philosophe
— Platon, je crois — définissait l'homme « im animal à deux pieds sans plumes ».
C'est encore un animal^ il à encore deux pieds, mais il faut compléter la définition en disant qu'il a trop de plumes.
Quelques-uns de nos généraux, de nos Achilles
— ne . veulent plus attendre un Homère, et s'en servent à eux-mêmes, — ce qui les fait accuser injustement, je veux le croire, pour beaucoup, de mieux raconter que faire, et d'être plus Homères qu' Achilles, — et il en est même de maladroits qui ce détruisent à coups de plume le peu qu'ils ont fait à coups d'épée ».
Le nombre des écrivains est déjà innombrable, et va et ira toujçurs croissant, parce que c'est le seul métier — avec. l'art de gouverner les peut)les -^ qu'on ose faire sans l'avoir appris .
Nous voici bientôt aux jours prédits par le Kôran, où « les sept mers étant devenues un océan d'encre — et tous les arbres de la terre étant devenus des plumes, — cela ne suffirait pas pour répandre — non pas la parole de Dieu, — comme disait Mahomet, — mais les sottises, les turpitudes, les idées fausses, les mensonges et les inepties ».
Vous souvient-il de ce que je vous disais l'autre jour, que M. Thiers serait toujours Mossieu Thiers? £h bien ! c'est aussi son avis, et la plupart de ses cartes distribuées ces jours-ci, portent gravé : Mon* SIEUR Thiers.