M. Eugène Buret
2. Handloom Weavers Inquiry. Report, part, tî of James MitlchelL
sion, pouvait gagner, lorsqu'il était occupé, jusqu'à 15 shillings par semaine, nous disait-il; mais il n'avait pu trouver d'ouvrage depuis cinq mois. L'officier de secours m'affirma qu'il avait toujours eu une bonne conduite, et que ce n'était ni la paresse ni le vice qui l'avaient réduit en cet état. Sa femme, accroupie près d'un foyer délabré; tenait un petit enfant au sein; trois autres enfants tout jeunes, et pieds nus, étaient en dehors de la cabane. Le père nous avoua que les autres étaient sortis dans l'espoir de trouver quelque chose^ en mendiant ou autre-» ment. Il n'avait depuis cinq mois d'autre moyen d'existence que ce que le bureau de secours consentait à lui donner et ce que rapportaient les enfants. « Une autre famille habitait une chambre unique, située au-dessus du rez-de-chaussée,, bien éclairée, assez grande, mais à laquelle on arrivait par un escalier sale et obscur, dont chaque marche branlait sous les pieds. Cette famille se composait de huit personnes, toutes présentes au moment de notre visite. Le chef de la famille était un tisserand en velours, jeune encore et Anglais de naissance. Il gagnait 7 shillings et demi par semaine, mais il n'était pas constamment occupé. Son logement lui coûtait 3 shillings et demi la semaine, et il y avait près de deux mois qu'il n'avait pu payer le loyer. Le seul objet qui garnissait la chambre était le métier à tisser; il n'y avait pas un meuble, ni chaise, ni ni table, ni lit. Dans un coin était un gros tas de paille hachée, à demi caché par un lambeau de toile, et dans cette paille étaient enfouis trois enfants tout nus^ comme des animaux, sans un reste de haillons
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sur le corps ! La femme nous tournait le dos, essayant en vain de rattacher les débris de ses vêtements de manière à se laisser voir décemment; l'homme était vêtu d'un habit bleu après lequel brillaient encore deux ou trois boutons ciselés ; il n'avait pas de chemise. Il nous reçut poliment et nous exposa avec tristesse, mais avec calme, toute l'horreur de sa condition. Il tenait une Bible à la main au moment où nous entrâmes, et comme l'officier de secours lui demandait pourquoi il n'allait point à l'éghse, il montra sa poitrine nue et sa femme immobile de honte dans un coin, ses enfants qui se blottissaient les uns derrière les autres pour éviter nos regards, et il répondit que bientôt il ne pourrait plus sortir, même pour aller demander de l'ouvrage. Cette famille passait pour être honnête; l'officier de secours avait déjà plusieurs fois distribué des vêtements, mais le manque d'ouvrage avait forcé le père d'échanger contre du pain les dons de la charité. Cette chambre, nous disait le malheureux, n'avait pas toujours été aussi vide que vous la voyez ; il fut un temps où j'aurais pu vous offrir un siège ; mais tout a passé, pièce à pièce, chez le paion-hroker^ c'est le prêteur sur gages, industriel patenté, le fléau des classes pauvres, dont l'espèce est aussi nombreuse et aussi nuisible que colle des vendeurs à* esprit (de gin).
« Voici ce qu'un tisserand de BethnalrGreen répondit à l'un des commissaires chargés de l'enquête qui concerne sa profession : — « Avez-vous des en- » fants, demande-t-on au pauvre ouvrier? — Non, » répond-il; j'en ai eu deux, mais, grâce à Dieu, » ils sont morts 1 — Est-ce que vous exprimez de la
L*ART D ÊTRE MALHliUREUX 93
» satisfaction de la mort de vos enfants ? — Oui, je
» suis débarrassé du fardeau de les nourrir, et eux,
» pauvres chères créatures! ils sont affranchis des
» misères de cette vie mortelle. — Combien payez-
» vous de loyer? — Il serait mieux de me demander :
» Combien devez-vous payer ? Payer son loyer est
» devenu chose inaccoutumée chez les tisserands;
» je dois payer cinq ou six shillings la semaine,
» et c'est une des misères de notre profession que
» nous devions payer un loyer si élevé. 11 nous faut
» beaucoup de place, beaucoup de jour, etc. . . * »
« Les Wynds de Glascow, dit M. Symons'^, comprennent une population flottante de 45,000 à 30,000 habitants. Ce quartier se compose d*un labyrinthe de ruelles, sur lesquelles s'ouvrent une foule sans nombre de passages qui conduiseni dans de^ petites cours carrées, au milieu de chtçune desquelles pourrit un fumier. L'aspect extéiH^r de ces lieux révolte tous les sens, et cependanl îl ne prépare pas encore aux horreurs, au dénûmeûl, qui attendent le visiteur dans Tintérieur des habitations. Dans quelques réduits de ce quartier, visité pendant la nuit, nous avons trouvé une couche d êtres humains, éten-
dus surle plancher, jusqu'à quinze et vingt personnes, les unes vêtues, les autres nueâ; hommes^ enfants, entassés pèle mêle, les uns à côté dès autres. Leur lit se composait de paille moisie étendue sur le plancher et mélangée de haillons. Il n'y avait
1. Handloom Weavers Inquiry. part. ii. Report of James Mittchell, p. 242.
2. Arts and artisans at home and ahroadf by J. 1. S^^^moiis, p. 116 et suivantes.
généralement que Irès-peu ou pas de meubles (/t*rnituye) dans ces réduits ; le seul objet de confort qu'on y rencontre, c'est un feu. Le vol et la prostitution sont les seules sources de revenu de cette population.
«J'ai vu beaucoup de misère en mon tempb (c'est le ministre d'une paroisse de la ville d'Edimbourg qui parle), mais jamais je n'ai été témoin d'une accumulation de misère semblable à celle qu'offre en ce moment cette paroisse (Old Church). Quelques-uns des Irlandais qui y vivent sont bien misérables, mais les plus misérables, et de beaucoup, sont des Écossais. J'ai vu une femme et cinq filles, avec une autre femme, dans une maison où il n'y avait ni siège, ni^ table, ni lit, ni draps, ni aucune espèce, d'ustensiles de cuisine. Cette femme recevait la plus large aumône qu'accorde la charité, 2 shillings 6 deniers la semaine. — Je vois souvent la même chambre occupée par deux couples mariés, qui n'ont de lit ni l'un ni l'autre. — Je suis entré le même jour dans sept maisons où il n'y avait pas de lit, et dans quelques-unes pas même de paille. J'ai trouvé des vieillards octogénaires couchés sur des planches nues. — Beaucoup doj*ment dans les mêmes habits qu'ils portent pendant le jour. — Je peux citer le cas de deux familles écossaises, vivant dans une misérable cave, lesquelles étaient venues ici de la campagne, dans l'espoir de trouver de l'ouvrage. Depuis leur arrivée, elles avaient eu deux morts, et une troisième personne d'entre elles était à l'agonie. Dans le lieu qu'elles habitent , il est impossible de distinguer à midi une figure humaine sans lumière
artificielle. Dans un coin, on voyait un tas de paille pulrescente pour une famille ; dans le coin opposé un autre tas de paille pour la seconde famille . Dans un troisième coin était un âne, tout à fait Tégal ici de ces humaines créatures. Il y a de quoi faire saigner un cœur de diamant, à voir une pareille accumulation de misère dans un pays comme celui-ci*. »
a Le fait est, dit Ghambers, dans le journal d*J5*dimbowg, en parlant de la condition du grand nombre des travailleurs de cette ville, le fait est qu'ils vivent dans une condition telle que si on lui compare Texistence de la plupart des animaux domestiques, rexistence de ceux-ci est une vie de luxe ^. »
« J'ai vu bien des gens, dit M. Alison, surtout des femmes, incapables de se procurer des vêtements pour aller à l'hôpital ou renvoyés comme incurables, repoussés par les autres institutions de charité : ils périssaient par suite du besoin et de la nudité, et ne recevaient de secours qu'à leurs derniers moments de quelques-uns de leurs voisins un peu moins mi-^ sérables. — « J'ai été témoin, au mois de mars 1840> d'un fait précisément de cette nature : je trouvai une jeune femme, qui avait précédemment servi dans une famille respectable, étendue sur le plancher d'une chambre obscure, avec. une couverture en lambeaux, la tête appuyée sur une pierre. Elle était à la dernière période de la consomption. Elle m'assura qu'elle n'avait pas eu d'autre lieu de repos
1. Evidence given hy the Rev, D. Lee^ niinister of the Old Cfiurch, before the commissionners of religions instruction, 1 février 1836. Voyez : On the nanagement of the poor in Scotland, p. 6.