JULES TARDIEU, ÉDITEUR
ISy RUE DE TOURKOX, 15 i859
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EX VOTO
Je te dois la première pensée comme la première offrande de ce petit livre, à toi dont la vie s'écoule avec sérénité dans l'oubli de toi-même, dans le dévouement à la famille et à Tamitié.
Le soir, lorsque les êtres aimés reposent d'un bon sommeil, tu veilles en t'occupant de leurs besoins; le matin, quand ils dorment encore, ta sollicitude déjà les entoure. Prenant tous les soins d'une mère, d'une amie, d'une sœur de charité, lu épargnes et tu diminues leurs peines.
2 EX VOTO
Tu nas ni cherché ni trouvé le bonheur; mais tu as trouvé bien plus. Tu comprendras pourquoi j'ai employé mes premiers loisirs à réunir ces pages, auxquelles l'abnégation de ta vie m'a toujours fait songer.
La nature a emmiellé les bords de la coupe dans laquelle nous devons boire jusqu'au fond. L'enfant qui est né dans la douleur commence sa vie en regardant le sourire de sa mère; la jeunesse s'avance dans sa joie en donnant la main à la jeunesse; mais l'enfance et la jeunesse ne sont si heureuses que parce qu'elles ne savent rien de la vie. Si elles pouvaient mesurer les misères et les trahisons de la route, elles s'arrêteraient épouvantées aux premiers pas, et les vœux mystérieux de la Providence ne seraient pasaccomplis.
San» vouloir décourager ceux qui entrent dans la carrière, ne faut-il pas les prémunir co.tre les iendiâdies du diemin, pour qu'ils ne restent paft'feifeAesiet désarmés en présence du danger? Les illusions et le mirage de la prospérité sont 'sou¥e&t>plua funestes que le malheur même, puisqu'ils éveillent les passions mauvaises, elengen* drent les fuites et.les remords.
EX VOTO
Le bonheur s'apprend tout seul. L'hoiiiine, altéré de bien-étrei, s'abreuve dea joies éphémères que la clémence de Dieu a laissées tomber sur lea •dbemiiia, «domine la plante desséchée boiUa rosée du matins- mais c'est Vaftd'êU^e malheureux ^'il fautapf^rendre : e'est le sei|l <iu'4[»fi.n ait pas encore enseigné; il sera, néc^saMpe un jour à eeuK mêmes qui se di^nt aiyourd'faui les heureux.
Ces pages ne sont pas à moi», — Elles ne sont qu'un pieux souvenir de l'homme simp}e que nous avons, aimé, du digne pasteur que tiùm avons vénéré. Si parfois j'y ai mêlé le témoigna^ et l'autorité de quelques opinions impesantes, c'est pour établir que ni la nature, ni l'isolement, ni la société, ni la révolte, ne peuvent soustraire l'homme à l'inexorable destinée. C'est dans le sentiment du devoir (qui veut dire souffrance) et de la charité (qui veut dire amour) qu'il faut chercher la seule récompense, la seule paix, le seul repos en compensation d'inévitables malheurs. — Tu le savais avant nous.
Un tel sujet est bien fait, j'en conviens, pour éloigner les esprits satisfaits qui craignent de
à EX VOTO.
s'attrister, et les gens délicats qui se détournent volontiers pour ne pas toucher celui que le malheur a frappé près d'eux.
« Mais, dit TÉvangile, un Samaritain passant « son chemin à l'endroit où était cet homme, il (( fut touché de compassion. 11 s'approche donc c de lui, verse de l'huile et du vin dans ses « plaies, et les bande, et, l'ayant mis sur son (( cheval, il l'emmena dans l'hôtellerie et eut c grand soin de lui. »
L'Évangile a porté ses fruits ; la charité a touché les cœurs; et plus d'un bon Samaritain s'arrête aujourd'hui et se penche sur le chemjp pour secourir celui qui est tombé.
W février...