‹ L'art d'observer en geologieChapitre 40 sur 41 · MINES · texte numérisé non relu

MINES

gnée , est beaucoup plus considérable qu’on ne saurait le croire. Le moindre fragment de schiste noirâtre, la plus petite trace de lignite, déterminent souvent à des dépenses de quarante et cinquante mille francs dans des localités où il n’existe aucune probabilité de succès. 11 en est à peu près de même pour les recherches des métaux. 11 est vrai, certainement, que les divers métaux et la houille ne sont point limités (à’ prendre l’ensemble de la surface terrestre) à une époque géologique particulière ; mais on n’en peut pas moins assurer que dans une partie donnée quelconque de cette surface , les métaux et la houille occupent des positions géologiques constantes. Ainsi , par exemple , quoique l’on trouve des combustibles dans le groupe oolitique dans le Yorkshire et à Brora en Ecosse, et qu’il existe de l’anthracite dans la grauwacke du Devonshire , tous les géologues savent que l’on ne trouve en Angleterre de bonne bouille bitumineuse , que l’on puisse exploiter avec avantage sur de grandes échelles , que dans le groupe carbonifère.

il ne s’ensuit nullement que la houille de l'Australie soit du même âge géologique que celle de l’Angleterre ; et, en effet, on ne saurait avancer que toute la bouille qu’on peut exploiter avec profit soit d’une même époque, sans admettre en même temps qu’à une époque déterminée il y a eu un enfouissement général de matière végétale sur toute la surface du globe; que ce dépfit général de végétaux a duré pendant une période considérable sans aucune interruption , et que rien de semblable ne s’est produit ni avant ni après cette époque. La moindre connaissance de l’état actuel de la géologie suffit à faire comprendre tout ce qu’il y a d’absurde dans ces diverses suppositions.

a. On doit se guider dans la recherche des combustibles d’après la connaissance que l’on aura de la structure géologique de la contrée, dans quelque partie du monde que soit d’ailleurs située cette contrée. La connaissance de la structure géologique générale de l’Australie orientale mettra sans doute un jour les géologues du pavs en état de rechercher la bouille dans un terrain déterminé, et non dans les autres, a! lolument comme un géologue anglais peut conseiller aujourd’hui d’établir des explôitations dans des localités favorables , et dire à ceux qui veulent à tout prix trouver de la houille hors de. sa place naturelle, qu’ils ne font que perdre leur temps, leur travail et leur argent.

b. La connaissance de la constitution géologique d’un pays est également nécessaire en ce qui coucerne les recherches des minerais métalliques. Par cela meme que des terrains d’une même époque changent de structure minéralogique sur des distances horizontales.

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il s’ensuit que l’on ne peut s'attendre à trouver sur toute l’étendue de ces terrains les memes substances métalliques utiles. Nous ne pourrions nous étendre sur ce sujet sans entrer dans des discussions qui seraient entièrement étrangères au but de cet ouvrage. Il nous suffira de dire que la connaissance de la structure géologique des lies Britanniques, de la France, de J’AUemagne ou de tout autre pays, mettra les géologues de ces différentes cdhtrées en état de décider que certains terrains, ou certaines manières d’être de ces "terrains, peuvent présenter des métaux utiles, tandis que toute recherche dans des terrains différents serait entièrement infructueuse. En Angleterre, par cx'cmple, personne ne s’attendra à découvrir des mines d’étain ou de cuivre dans les groupes crétacé ou oolitique, tandis que l’on sait que dans le Cornouailles c’est à la jonction du granité et des schistes qu’il faut entreprendre la recherche de ces métaux. 1

VI. Matériaux de construction. La connaissance de la structure générale des terrains et des localités dont on peut extraire de bons matériaux est indispensable aux personnes qui sont chargées de la construction des grands édifices; car, quant aux habitations ordinaires, on se contente le plus souvent des matériaux que l’on trouve à sa portée. Une pierre qui résistera un temps très-considérable si elle est constamment plongée sous l’eau, pourra être bientôt dégradée si clic est exposée alternativement à l’air et à l’eau dans une rivière , oq sur les eûtes d’une mer sujette à la marée ; ou même si elle est exposée constamment à l’action de l’atmosphère. Un grès légèrement poreux , par exemple , peut rendre de bons services s’il est tenu constamment sous l’eau , tandis que la même roche lorsqu’elle est soumise aux actions atmosphériques, surtout dans les climats exposés à la gelée, peut tomber peu à peu en poussière, d’après les causes que nous avons mentionneés ailleurs (page 26).

a. L’observateur qui voudrait choisir une pierre destinée à être exposée aux influences atmosphériques fera bien d’étudier les effels de cette exposition dans la localité même d’où l’on tire cette pierre. Il pourra y apprendre lequel des éléments de la roche (si c’est une roche composée) est susceptible d’ètre altéré par ces influences , et les conditions sous lesquelles a lieu celte altération. On considère en général le granité comme la pierre la plus convenable pour les grands monuments nationaux. Cependant il est des granités qui ,

’ M. De La Bêche entre ici clans quelques détails sur l’utilité dont serait pour l’Angleterre l’établissement d’une école des mines; détails que nous avons omis comme n’ayant aucun intérêt sur le continent. {Note du traducteur.)

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bien que durs et difficiles à travailler lorsqu’on les sort de la carrière, donnent de très-mauvais matériaux de construction par suite de la facilité avec laquelle leur feldspath se décompose lorsqu’il est exposé à l’action d’une atmosphère humide dans un climat qui est chaud pendant une partie de l'année et froid pendant l’autre partie. Les roches qui contiennent du feldspath compacte sont souvent très - durables. Quelques-unes des roches connues en Cornouailles sous le nom provincial d 'elvan semblent cire extrêmement dtfrables lorsqu’elles sont exposées aux actions atmosphériques ; car quelques-uns des ornements le plus finement ciselés des anciennes églises de cette province, construits avec cette roche, sont aussi parfaitement conservés que s’ils sortaient maintenant des ateliers de l’ouvrier.

Les roches qui absorbent facilement l’humidité, telles que sont plusieurs de celles dont on fait des pierres de taille, donnent de très- mauvais matériaux de construction pour la partie extérieure des édifices publics ; car dans les pays où le thermomètre descend au-dessous de 0°, l’humidité qui pénètre la surface de la roche, augmentant de volume par la gelée, détache continuellement la première pellicule pour ainsi dire de cette surface, et finit jnir détruire les ornements qu’on y a sculptés. 11 est essentiel de se rappeler que les pierres de taille, qu’oir appelle ainsi à cause de la facilité avec laquelle on les travaille au sortir de la carrière , sont souvent très- estimées, parce qu’elles prennent une grande dureté lorsqu’elles sont exposées à l’action de l’atmosphère : cette qualité provient de l’évaporation de l’eau que la pierre contenait naturellement avant d’être extraite de la carrière. Maintenant, quelquesunes des pierres de taille absorbent de nouveau facilement l’humidité, tandis que d’autres n’en absorbent point; les dernières sont évidemment préférables , et l’observateur devra reconnaître par des expériences la manière dont l’humidité agit sur les diverses pierres de taille avant de choisir celles qui conviennent pour un édifice donné.

Certaines pierres de taille sont formées de molécules de sable cimentées par différentes substances, qui sont tantôt siliceuses, tantôt calcaires, et quelquefois formées par de l’oxide dc fer. Dans le premier cas la pierre de taille n’aura point à souffrir de l’action chimique des influences atmosphériques, taudis que dans le second, l’eau de pluie contenant de l’acide carbonique, tendra à dissoudre la matière calcaire et à entraîner le ciment qui unissait les molécules de sable ; dans le cas où le ciment serait de l’oxide de fer , l’action de l’atmosphère rendrait les pierres désagréables à la vue . ’ 15

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par les nombreuses taches de rouille qui se développeraient à sa surface.

Tout le monde sait combien on a fait peu d’attention en Angleterre à la duree des matériaux que l’on a employés à la construction des monuments nationaux. Ce n’est pas que les matériaux d’excellente qualité n’abondent dans les lies Britanniques, et le géologue en rencontre fréquemment sous scs pas. 11 est difficile de voir une pierre ] plus convenable pour les grands monuments qu’une masse de granité blanc qui se trouve près d ’ Okehamplon dans le Devonshire. A en juger par les parties exposées à l’action de l’atmosphère, ce granité doit étro extrêmement durable. Il est composé de feldspath , de quan: et de mica , tous d’une grande blancheur ; en un mot, il a l’apparence d’un beau marbre statuaire. Jusqu’ici on n’a employé cette belle roche , à notre connaissance , qu’à faire une ou deux cheminées.

b. Lorsqu’il s’agit de choisir des matériaux pour la construction de ports, de digues, de brise-lames (brealavaters ) , dé quais et de ponts , l’observateur devra désigner pour chaque partie de ces ouvrages les pierres qui seront le plus convenables. Lorsqu’une jetée ou un brise-lame doivent résister à de forts brisants qui entraînent avec eux les cailloux d’une plage, les matériaux doivent en être plus solides que lorsque la force des brisants n’est point ainsi augmentée par les cailloux dont ils sont chargés. Dans les deux cas , le poids d’une pierre est une de ses qualités les plus importantes ; car plus ce poids est grand sous un même volume, plus la pierre offrira de résistance, toutes choses égales d’ailleurs, aux coups répétés des brisants. L’observateur devra donc vérifier la pesanteur spécifique de la pierre qu’il se propose d’employer ainsi. Des pierres de diverse nature, quoique ayant une valeur égale sous d’autres rapports, peuvent varier de beaucoup sous celui de leur pesanteur spécifique; de sorte que deux jetées de dimensions données peuvent différer considérablement l’tme de l’autre , sous le rapport du poids , d’après les matériaux qu’on aura employés à leur construction.

En construisant des jetées, des quais et des ponts là où le niveau de l’eau est sujet à varier, il faut se rappeler que les matériaux qui conviennent pour une partie de ces ouvrages, peuvent fort bien ne point convenir pour les autres. Certaines roches peuvent faire un bon usage dans les parties qui sont constamment sous l’eau , qui se désagrégeront facilement si elles sont exposées à l’action de l’atmosphère, surtout si elles sont alternativement sèches et humides, par les effets de la marée, ou de toute autre cause donnant lieu à des changements du niveau des eaux. Un observateur

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peut souvent se procurer des données à cet égard , en étudiant la manière d’étre des roches sur les bords des rivières et sur les côtes de la mer, et les géologues arrivent souvent à connaître ainsi plusieurs localités où l’on pourrait ouvrir des carrières «pii fourniraient des matériaux propres à chacune des positions dans lescpielles on voudrait les employer. . ,

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