PAILLOTTES PRES HERMON
soit dit en passant, ressemblent étonnamment à celles de l’Égypte antique qui figurent au musée du Louvre.
Divers savants disent que les Bushmen sont parents des Hottentots, ou plutôt des Khoï-khoïn qui occupent certaines
l’art dans l’afrique australe
régions au nord-ouest de la colonie du Cap, tandis que d’autres les croient descendants des anciens Saan ou Saab, Soaquas ou Souquas, dont malheureusement on ne connaît guère plus que les noms.
Le savant directeur du beau muséum de la ville du Cap, aussi un de nos compatriotes, M. L. Peringuey, croit que les aborigènes du nord de l’Afrique et les Bushmen étaient d’une même race (1).
En tout cas, on peut être frappé des analogies singulières qui existent entre les Bushmen et les pygmées des forêts du Congo, ceux-ci comme ceux-là sont d’adroits tireurs et se servent de flèches empoisonnées. Ces derniers sont monothéistes, ce qu’étaient également, croit-on, les premiers. Enfin les Congolais, du moins le grand peuple des Pahouins, désignent généralement les pygmées sous le nom d’ « hommes des bois » (2).
Si nous ne sommes pas très renseignés sur l’origine des Bushmen, nous sommes par contre très documentés sur leurs œuvres, qu’ils ont laissées peintes ou gravées dans d’innombrables cavernes du Sud africain, du Cap aux rives du Limpopo. Ces dessins rupestres sont ordinairement faits en quatre tons : brun-rouge, noir, blanc et jaune. La suie ou des os calcinés pouvaient leur fournir le noir, les autres couleurs provenaient de terres colorées abondantes dans le pays, et qu’ils mélan-
(1) Mémoire présenté à la « South African philosophical Society », Cape-Town. Dec. 1906. Voir aussi l’ouvrage de M. le missionnaire F. Ellenberger, intitulé : History of Basutoland.
(2) D’après des renseignements fournis par MM. R. Ellenberger, missionnaire au Congo, et E. Allégret. ancien missionnaire.
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geaient avec différentes matières, surtout avec le suc de certaines plantes dont l’une est bien connue des Bassouto qui la nomment : Motsukn oa Baroa , le régal des Bushmen, c’est une asclépiade dont le nom est Gomphocappus revolutox. Quant au pinceau, il était du même genre rudimentaire, composé de quelques légères plumes d’oiseaux.
Sans aucun doute les peintures de Pompéi sont plus orne-
T.té (Hf^iSTOL
peinture égyptienne antique (Musée britannique, Londres)
mentales et aussi plus habilement faites, mais combien plus loin de la nature !
Celles des Bushmen se rapprocheraient plutôt un peu des peintures décoratives de l’ancienne Egypte. Convenons tout de suite que ces dernières sont évidemment bien supérieures, celles-ci comportant des demi-teintes, puis elles indiquent aussi plus d’invention et une recherche d’un certain idéal de décoration, mais cependant les unes comme les autres présentent toujours des profils et n’ont aucun souci de la perspective.
Ajoutons encore qu’elles appartiennent à deux écoles; les unes sont dessinées à gros contours, tandis que celles des Bushmen n’en ont pas, ce qui leur donne évidemment plus
l’art dans l’afrique australe
de grâce et les rend aussi bien moins aisées à copier, enfin il est à peu près impossible de les photographier à cause des
broussailles qui entourent les cavernes, et surtout de la concavité des parois sur lesquelles elles sont faites. Ces peintures repré- Mt sentent des personna ges et des animaux traités avec le plus complet réa lisme, sans aucun souci de la fantaisie, et cependant avec une sûreté de main tout à fait
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TEINTURE DE BUSHMEN DES ENVIRONS DE SALISBURY (riIODÉSIA)
D’après Realites versus romance in South Central Africa J. Johnston, 1893.
extraordinaire.
On rencontre parfois des bœufs ou des antilopes en groupes ou séparés, traités avec un fini achevé, sans la moindre bavure et en quelque sorte pris sur le vif, tellement le sens de l’observation y est intense.
Ces modestes fresques s’étendent sur des superficies diverses parfois de quelques mètres et les figures ont souvent 20 cen-
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l’afrique méridionale (D’après une carte française de 1 7g5.)
timètres de longueur, d’autres 30, beaucoup, il va sans dire, sont de dimensions bien plus restreintes.
Comme le dit fort justement un artiste connu dans un livre
l’afriq.ue australe
l’art DANS L’AFRIQUE AUSTRALE
récent (1) : « A Suze, à Ninive, ou à Babylone, l’histoire des ancêtres peinte sur les murs extérieurs des palais ou en
beaux bas-reliefs coloriés, était l’école publique, le livre démesurément illustré toujours déployé pour tous. »
Il en était de même pour les modestes travaux des Bushmen dont nous parlons qui étaient une manière d’écrire, ainsi que l’observait pour d’autres peuplades primitives un savant écrivain (2), une façon de fixer le souvenir d’une expédition guerrière ou d’une chasse particulièrement remarquable, les grands événements de la vie des non civilisés. A quelles dates remontent ces peintures rustiques ? Il est difficile de préciser, mais elles doivent dater pour la plupart de l’époque pas encore très éloignée où, comme le disait le caustique Swift :
Les géographes, sur les cartes d’Afrique,
Avec de sauvages peintures remplissent les vides,
Et sur les plateaux inhabitables Placent des éléphants à défaut de villes,
et dont le curieux fragment de carte française ci-joint peut donner une idée. Cette carte date du court moment où après les
(Grotte des Combarelles, près Périgueux)
(1) G. Dubufe, la Valeur de l'art. 1908.
(2) Histoire de l'écriture dans l'antiquité, par M. Ph. Berger. Imprimerie nationale. 1892.
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guerres de Hollande, en 1795, le Cap de Bonne-Espérance fut déclaré colonie française.
Ces peintures sont donc des archives ou des annales qui nous parlent d’un passé très obscur, quoique pas très lointain, de l’extrémité du noir continent. Elles sont pour ce pays ce que sont pour nous les découvertes de peintures, sculptures et gra fîtes faites dans des cavernes en Europe et remontant aux temps préhistoriques. Nous savons, par exemple, qu’il y avait des éléphants voire même des mammouths dans nos climats, ce que nous connaissons aussi pour l’Afrique du Sud, comme en témoigne entre autres une peinture très bien conservée que j’ai pu relever dans une caverne dominant un profond ravin près la ferme d’Augsbourg, du district de Smithfield, dans l’Etat libre de l’Orange.
On peut également rencontrer des silhouettes d’hippopotames et aussi de lions, ces dernières laissent (1)
un peu à désirer au point de vue réaliste, mais excusons ces naïfs « ymagiers », car les lions ne sont pas commodes à « tirer en portrait » quand on les rencontre en rase campagne, on les reconnaît et c’est