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LE SUCRIER MALACHITE

A PROPOS D’UN PARASOL

Une particularité que j’ai pu souvent observer, c’est que, fréquemment, les indigènes reconnaissent un portrait... par l’oreille !

En général, nous ne faisons guère attention à cet organe pour trouver une ressemblance. Il est cependant à peu près stable et ne paraît pas vieillir comme le visage, c’est ce que nous faisait remarquer, il y a quelques années, notre éminent professeur à l’Ecole des beaux-arts, le maître L. Gérôme.

Mais il faut, pour reconnaître une oreille, une intensité d’observation que nous n’avons pas souvent à ce degré-là!

Du reste, les Bassouto, comme sans doute les peuples pasteurs, reconnaissent aisément dans un troupeau les moutons et les chèvres d’un tel ; ceux qui sont âgés, ou ceux qui ont été achetés dans un autre district, ou enfin ceux qui sont « nés à la ménagerie ».

Par contre le sentiment des beautés de la nature est très réduit chez eux : un beau paysage, un coucher de soleil les émotionneront très peu; de la plus belle fleur ils diront volontiers ce que nous disait l’un d’eux : « Estce que cela se mange P »

HÉLÈNE MAMONTUEDI, MEMBRE DE l’ÉGLISE d’HERMON

Cependant, un beau grand

bœuf pourra exciter leur admiration; et leur langue, si pauvre à certains égards, possède quantité d’expressions pour désigner le

l’afriq.ue australe

bétail de différentes robes et tacheté de façons plus ou moins diverses...

Leur connaissance des couleurs est, d’autre part, très limitée, ainsi ils ignorent totalement le bleu qui pour eux se confond avec le gris ; il en est de même du violet, de l’orange et autres tons intermédiaires que leur daltonisme ne distingue pas.

Cependant ils connaissent le vert qui pour d’autres indigègènes, notamment au Gabon, n’existe pas.

Il y a dans le pays un bel oiseau, une fleur vivante, une sorte de colibri, nommé par notre compatriote Le Vaillant le « sucrier malachite », au plumage soyeux vert-bleu, qu’on rencontre de loin en loin, surtout là où il y a des groupes d’aloès en fleur; le chasseur mangera l’oiseau, cela est indiqué, mais il peut arriver que de sa dépouille il fasse rornement de sa coiffure, tignasse ou couvre-chef. Nous n’avons jamais rencontré qu’une indigène émue par un paysage, mais il faut ajouter que l’excellente Mamontuedi, fidèle membre de l’église d’Hermon, avait une certaine éducation et possédait une profonde spiritualité. Elle avait été plusieurs semaines sur une ferme de l’Orange, située près d’Elangsberg, une montagne qui se dresse isolée dans la plaine non loin de Bushmen’s Kop. La vue de cette montagne l’avait impressionnée, car, à son retour, elle nous disait qu’Elangsberg « était tranquille comme si elle écoutait Dieu ! »

« Je suis homme et rien de ce qui est humain ne saurait m’être indifférent. »

Térence.

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vw* ^ français, la plupart de nos

dictionnaires ne le donnent pas; cependant, il est si commode qu’il est en train de passer dans la langue, car il signifie l’étude des peuples dans leurs traditions, leurs usages, leurs légendes, proverbes, etc., une science un peu nouvelle ou, du moins, qui a beaucoup étendu son domaine.

Grâce à elle, par exemple, nous pouvons constater que certaines fables ou légendes qu’on entend dans l’Afrique du Sud ne sont pas tout à fait inconnues dans le Nord du même continent. Il y a là une preuve nouvelle de l’unité des races

l’art dans l’Afrique australe

humaines, ainsi que dans tels traits de mœurs ou dans telles coutumes qu’on rencontre chez des peuples très différents de races et de langues. Cette observation a même pu être faite en ce qui regarde des peuples disparus. Il est connu que la tradition du déluge existait chez les anciens Grecs, et que ces

dernières années on a découvert , en déchiffrant des inscriptions cunéiformes provenant des parages de l’antique Babylone, qu’elle était également connue des Chaldéens.

Nous n’allons pas remonter si haut, mais simplement nous contenter de voir qu’il se trouve, chez les indigènes du Sud de l’Afrique, des contes qui prouvent la croyance à un Être suprême, et des fables et des légendes qui, par certaines idées morales, se rattachent à celles qui charmaient nos pères et font encore plaisir à leurs descendants.

Dans un petit volume publié, il y a quelques années (1), par le missionnaire M. E. Jacottet, il y a de fort jolis contes des

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