PLAT EN BOIS SCULPTÉ
« Rien n’est petit ni vulgaire où le cœur a passé. »
Ed. Pailleron.
Hermon, novembre.
N écrivain du dix-huidème siècle a laissé quelques pages touchantes sur sa vieille robe de chambre qui, après de longs services, devait, à son grand chagrin, avoir une remplaçante.
Un poète de notre temps dédia de ses plus beaux vers à sa maison, dont les circonstances l’obligèrent à se séparer.
Enfin l’aimable Tœpfer, l’auteur si connu des Nouvelles genevoises , a écrit un très joli chapitre sur un de ses plus vieux amis : son bâtori d’encre de Chine.
l’art dans l’afrique australe
J’éprouve aussi un peu le même sentiment et tiens à dire quelque chose de notre wagon à bœufs, qui vient de disparaître derrière la colline.
Nous avons dû nous séparer, après quinze ans d’indmité : mais voilà la vie, quand les meilleurs serviteurs deviennent vieux, ils sont obligés de prendre leur retraite, à moins qu’on ne la leur impose, ce qui a été le cas pour notre lourd wagon,
qui nous a si souvent et si fort cahotés sur les abominables routes du pays des Bassouto et environs, et qu’en revanche nous avions si souvent graissé, repeint et fait réparer.
Mais, cela est convenu, il n’y a pas ici-bas de si vieux amis qui ne doivent se séparer un jour.
Cette séparation qui s’imposait — car les fréquentes réparations de notre véhicule devenaient par trop dispendieuses — a donc eu lieu aujourd’hui, et c’est un habitant d’une partie éloignée du district, un Morolong, nommé Selematsela, — un nom compliqué et peu flatteur qui veut dire : « Celui qui bavarde au lieu de labourer », et qui renferme un bon conseil : « Ne labourez pas le chemin », — qui est venu le chercher suivant nos conventions : en échange de deux bons bœufs.
J’ai laissé partir ce vieux serviteur de la mission, qui a si
AU DETELAGE
ADIEUX A MON WAGON
bien gagné ses invalides, mais avec une émotion justifiée par ses longs et constants services.
Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?
Ces vers de Lamartine peuvent s’appliquer à toutes sortes de choses et, par conséquent, au wagon sud-africain, d’autant plus qu’on finit par s’y attacher plus qu’on ne pense.