EN ROUTE
Il y a une vingtaine d’années que j’ai vu le nôtre pour la première fois; c’était au nord du Lessouto; une de ses roues venait de se casser, au grand embarras de M. M... qui voyageait avec sa famille et qui, à grand’peine, put le faire réparer tant bien que mal, et continuer sa route; mais je ne me doutais pas, en faisant alors mon croquis ci-contre, que ce piteux véhicule, que je voyais si mélancoliquement immobilisé sur la route, nous servirait d’arche de Noé pendant de longues années.
Ce wagon aurait certainement une histoire intéressante à raconter s’il pouvait le faire.
i/ART DANS L’AFRIQUE AUSTRALE
Aussi, pendant que j’ai la plume à la main, je vais essayer de lui servir de secrétaire.
Il fut acheté neuf pour un de nos plus anciens collègues, M. L. Cochet, vers 1874, à Lovedale, la grande institution missionnaire écossaise, située dans le sud de la colonie du Cap et où l’on forme des instituteurs et aussi des menuisiers, des forgerons, des charrons, puis encore des imprimeurs et relieurs.
Son premier voyage fut assez difficile — l’émotion d’un premier début — et dura plusieurs semaines, malgré les efforts des douze ou quatorze bœufs qui le remorquaient, car il n’y avait pas de ligne de chemin de fer, dans les abords du pays des Bassouto, comme maintenant.
M. Cochet mourut en 1876, et son wagon passa à M. Marzolff, avec lequel il eut beaucoup à voyager du nord au sud du pays, si bien qu’après quelques années, M. Marzolff ayant pu avoir, après l’incident mentionné plus haut, un autre véhicule neuf, on le fit retaper — pas le collègue, mais le wagon — et M. Weitzéker, nouvellement arrivé au pays, en devint le propriétaire momentané. Mais, après plusieurs accidents, cette voiture fut alors mise au rancart, avec une réputation tout à fait déplorable.
Enfin, lorsque, à notre tour, nous eûmes besoin d’un véhicule,
ADIEUX A MON WAGON
à la fin de i885, il nous fut offert, et je me hâte d’ajouter qu’avec une tente neuve et une couche de peinture, on arriva à lui donner un air très présentable; cependant la couche de peinture ne s’étendait pas jusqu’à sa réputation.
Néanmoins, depuis lors, nous avons vécu ensemble, sans avoir le moindre motif de nous plaindre de lui et lui de nous, j’espère. Nous n’avons pas versé une seule fois, et si nos bœufs ont souvent senü le fouet, lui n’a jamais fait que le porter.
Que de voyages nous avons faits ensemble, à l’ombre sous sa tente, lisant, chantant ou dormant même, ressemblant quelque peu au roi aussi fainéant que mérovingien dont Boileau trace un court portrait :
Quatre bœufs attelés, d’un pas tranquille et lent,
Promenaient dans Paris le monarque indolent.
On y était bien un peu à l’étroit surtout avec une précieuse bande d’enfants; mais quelle joie pour ceux-ci quand un de nos braves conducteurs,
Moleko ou Azariel, plaçait dans la main d’un de nos fils le manche du fouet, mesurant bien 2 mètres et demi de long !
D’abord, de très nombreuses fois, nous avons visité les annexes ou chapelles -
écoles du district, et parcouru tout le Lessouto, car, pour le
L’AFRiaUB AUSTRALE l(>