GUSTAVE LARROUMET
PROFESSEUR A LA FACULTE DES LETTRES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS SECRÉTAIRE PERPETUEL DE l'aCADEMIE DES BEAUX-ARTS
Hommage filial.
PRÉFACE
Une moitié de la Terre des Arts est resiée, jusqu'au milieu du XIXe siècle, une terre inconnue dans le domaine de l'histoire de l'art. Aujourd'hui encore, l'Italie du Sud est oubliée et comme dédaignée par les érudits qui étudient avec le plus d'amour les œuvres d'artistes que le Moyen Age et la Renaissance ont léguées à l 'Italie moderne. Le Cicérone de Rurckhardt, dont les éditions successives enregistrent les découvertes qui viennent d'être faites dans les archives et dans les monuments, consacrait à Naples, dans sa sixième édition, quelques pages qui contenaient plus d'erreurs flagrantes que les nombreuses pages consacrées à Rome, ce Florence et à Venise; en 1893, le livre qui est le bréviaire des amis de l'art italien citait à peine, en dehors de Naples, une dizaine de monuments épars dans les anciennes provinces napolitaines Ces erreurs et ces omissions relèvent de deux causes distinctes.
Naples n'avait pas eu, à la fin de la Renaissance, un Vasari. Le biographe arétin ne mentionne lui-même, dans la capitale des vice-rois espagnols, que des œuvres d'art exécutées par des Toscans. A vant et après Vasari, deux érudits napolitains s' occupèrent, il est vrai, de rassembler quelques documents relatifs aux artistes qui avaient travaillé pour les deux maisons d'Anjou et d'Aragon". le 20 mars 1524, l'historien Pietro Summonle adressa à l'amateur vénitien Marcanlonio Michiel une lettre où étaient énumérés plusieurs artistes du XIV' et du X V siècle. En I C67, un autre historien napolitain. Camillo Tulini, laissait à son ami, le cardinal Francesco Maria Brancacci, tous ses manuscrits, dont l'un conlinait un discours intitulé : Dei Pittori, Scultori, Architetti, Miniatori c Rieamatori nazionali eregnicoli. Mais la lettre de Summonle n'a été publiée qu'en 1860 3 et le manuscrit de Tulini qu'en 1898 '*. Ces résumés véridiques sont restés inconnus des compilateurs d'histoire ecclésiastique et nobiliaire qui, au XVII" siècle, ont pris soin de citer les édifices et les tombeaux anciens de Naples. Les œuvres d'art qui rappelaient les dynasties éteintes et la puissance abolie des Seggi
1. MM. Bode et C. de Fabriczy, les savants éditeurs du Cicérone, m'ont fait l'honneur de me demander en 1898 des notes destinées à corriger et à compléter la 7° édition.
2. B. Croce, Scrittori délia sloria dell'arte napolelana anteriori al de Dominiei (Napoli Nobma, VII, 1898, p. 17-20).
3. Memorie dell' Istituto veneto, 1860, p. 411-417 ; — A. Cicogna, Memoria inlorno la vita e le opère di Marcantonio Michiel, Venise, 1861, p. 55-59 (Cf. E. MOntz, Histoire de l'art pendant la Renaissance; I, les Primitifs, p. 106, n. 1). La copie que Cicogna a eue entre les mains est incomplète; son texte a été reproduit par MiNiEBi-Riccio, Iiiografie degli Accademici Alfonsini, p. 418-430, en note, et par B. Cboce (Napoli Nob»«, VII, p. 195-197).