‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 100 sur 433 · Ibid., col · texte numérisé non relu

Ibid., col

de marbres et décorée de peintures 1 ; les bâtiments nécessaires au séjour des moines furent élevés à la hâte. Quand Aligernus mourut, en 985, après avoir gouverné l'abbaye pendant trente-cinq ans, on l'honorait déjà comme un troisième fondateur du monastère, les deux premiers étant saint Benoît et l'abbé Pétronax, qui, après l'invasion lombarde, avait, en 720, ramené au Mont-Cassin les Bénédictins établis à Borne -.

Désormais, en dépit des attaques répétées, le monastère de la montagne grandit avec une surprenante rapidité. Le propre successeur d'Aligernus, l'abbé Manso, avait une véritable garde de cavaliers vêtus de soie, et ressemblait moins à un religieux qu'à un prince :l. Dans tout le domaine de l'abbaye la construction de nouvelles églises et la fondation de nouveaux bourgs furent accompagnées de grands travaux de fortification. Au pied de la montagne, la Rocca Janula, plantée sur son rocher, dominait la ville de San Germano, bâtie par l'abbé Atenulf'; les castella épars dans la plaine devinrent autant de petites forteresses5, et le monastère lui-même fut ceint de murailles et de tours. Déjà la position était forte quand les Normands s'établirent dans la plaine qui s'étend au pied du mont Cassin : ils en furent chassés en 1045, après plus d'un combat, et au prix de ruses qui n'avaient rien d'héroïque. Cependant, les moines du Mont-Cassin ne craignirent pas d'attribuer l'expulsion des étrangers à un miracle6. Cette victoire de saint Benoît sur les aventuriers du Nord, dont le nom faisait alors trembler les empereurs et le pape, assura à l'abbaye, avec l'indépendance, de longues années de paix. Aussi le chroniqueur Léon d'Ostie, en racontant la vie dp l'abbé Ricberius, qui délivra le Mont-Cassin de la menace des Normands, remarque-t-il que, si cet abbé ne put pas, en d'aussi graves conjonctures, exécuter lui-même des travaux importants, cependant il fut, en concourant à l'expulsion des envahisseurs, « le principe et l'origine <> de la grande œuvre qui allait s'accomplir7.

Dans la seconde moitié du xi" siècle, la nouvelle abbaye du Mont-Cassin laisse bien loin derrière elle l'abbaye de Capoue, dont elle était sortie. Tandis que celle-ci n'est qu'un lieu de retraite, enclos dans une ville où réside un prince, le monastère isolé sur la montagne entourée de sommets déserts est à lui seul une métropole religieuse et une capitale. Les domaines de toute sorte, églises, villes ou cultures, qui forment le territoire du Mont-Cas-

1. Q. Tosn, Storia iklla Bailia di Monte Cassino, p. 13S-157 et 232.

L'abbé Desiderius composa pour son prédécesseur Aligernus une épitaphe, où il parle ainsi des constructions entreprises par celui-ci :

Tigna novans tegulasque locans, direpta resargit, Picturamque rudem fecil habere domum.

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