‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 102 sur 433 · LÉON b'Ostie, col · texte numérisé non relu

LÉON b'Ostie, col

2. Voir la célèbre bulle de 1067, publiée par Tosti, t, p. 422. Cf. LÉON d'Ostie, dans Misse, loc. cil., p. 74:!.

Autour du savant abbé, comme autour d'un chef incontesté, se groupa toute une pléiade d'ecclésiastiques et de moines lettrés : c'est Alfanus, l'archevêque de Salerne, le poète dont les vers les plus éloquents sont consacrés à une description lyrique duMont-Cassin, de la Terre de Labour1 et des merveilles opérées par Desiderius ; c'est le moine Albéric, qui allait donner, dans sa Vision fameuse, comme la première esquisse d'une Divine Comédie; ce sont les historiens du Mont-Cassin et les historiographes de Desiderius, Léon, du pays des Marses, qui devint évêque et cardinal d'Ostie; c'est Pierre Diacre, c'est Pandulf de Capoue, Guaifer de Salerne; c'est Constantin d'Afrique2, qui avait acquis la science de la médecine dans les voyages qu'il fit à travers les pays musulmans, et qui, se trouvant il Salerne, fut reconnu par un ambassadeur égyptien, qui était le propre frère du •• roi de Babylone «.

Quant aux constructions entreprises par Desiderius, on ne sait ce qu'il en faut le plus admirer, la hardiesse du plan ou l'étonnante rapidité de l'achèvement. Ce l'ut la première pensée de Desiderius, dès qu'en 1058 il fut élu abhé par acclamation, que de mettre de l'ordre cl de la lumière dans le chaos ruineux des bâtiments monastiques. Pour son coup d'essai3, il acheva le palalium commencé, vers 1050, par l'abbé Richerius ; puis, n comme poussé par une force divine'., il fit jeter lias une partie des constructions, vieilles de moins d'un siècle, et se mit il élever successivement une petite bibliothèque, un logement pour l'abbé, un dortoir pour les religieux, une salle capitulaire. Enfin il n'hésita plus à tenter l'entreprise devant laquelle lous les abbés précédents avaient reculé : la construction d'une église aussi grande que les basiliques de Rome.

Les difficultés étaient inouïes : il s'agissait de transporter sur les pentes abruptes d'une montagne haute de cinq cents mètres des matériaux pesants et des monolithes précieux. L'irrégularité du sommet avait obligé les premiers constructeurs à grouper parmi les rochers des constructions médiocres, au hasard des pointes et des creux. Desiderius fit aplanir une aire longue de près de deux cents coudées, où les fondations d'un édifice immense furent creusées « par le fer et le feu s ». Les travaux, commencés au mois de mars de l'année 1060, furent achevés en cinq ans, et, le 1" octobre 1071, la consécration fut faite par le pape Alexandre II, entouré de sept princes, de cinq cardinaux, do quarante-huit archevêques et évêques, et de plusieurs milliers de moines, avec leurs abbés5.

! « Ualiœ jacet in greinio Ilebus in omnibus hiuc locuples

Montifus obsita planilies; Indigents, sed et hospilibus

Painpinus hanc viriilis décorât ; Est locupletior, bine eteniio

Est neinornsa paruin, sed aquis, Est iter lirbisapostolicœ,

Fluctibus et variis eclebris, Totius orhis ndhnc domina'...

(LY.iiKLLi, Italia sacra, X, Anecdola, p. 59.)

2. Tosn I, p. et suiv. ; — Ozanam, Doc. imd. pour servir à l'Hist. litt. de l'Italie, 1830, p. 113. — Cf. Sciiulz, 11, p. 144.

3. « Primo lumen quasi experiri cupiens si quid valeret... » (Léon h Ostie; Migne, p. iîi, 5 10.)

4. o Slatuit ejusdem montis saxeam cristam igne ferroque exscinclere. » \lbid., p. 740, § 26.)

5. I.eonis Mabsicaki, Narratio de conseeratione et dedicatione ccclcsiœ Casinensis (MufiATOBl, II. I. S., V, p. 77; — MiGNK, col. 999-1000).

Trois ans plus tard, au mois de janvier 1075, fut consacrée l'église de Saint-Barthélémy, élevée à l'occident de la grande basilique. Huil mois après la nouvelle consécration, les éyêques d'Aquino et de Sora vinrent dédier les deux chapelles de Saint-Michel et de Saint-Pierre, placées à l'entrée de l'atrium. En même temps l'abbé acheva de faire aplanir le sommet de la montagne, pour y rebâtir de fond en comble le monastère, avec un réfectoire et un dortoir décorés de peintures et un cloître qui comptait 110 colonnettes de marbre.

Desiderius ne vit point achever la basilique de Saint-Martin qu'il avait fait rebâtir sur l'emplacement du temple d'Apollon, près des ruines duquel saint Benoît avait, dit-on, établi son ermitage1. Mais, trois ans après la mort de l'abbé devenu pape, son digne successeur, Oderisius, avait terminé la basilique de Saint-Martin, et la faisait dédier, au mois d'août 1090. Le nouvel abbé fonda lui-même, près des édifices déjà resplendissants, une église de Saint-André, qui fut consacrée à son tour, en juin 10942. En dehors des églises, tous les bâtiments qui n'avaient pas été construits à neuf dans les premières années du gouvernement de Desiderius le furent avant la fin du xie siècle. En cinquante ans, la face du Mont-Cassin a été renouvelée. Dans la Terre de saint Benoit et dans les provinces limitrophes, les vieilles églises bénédictines sont rebâties. Oderisius construit sur l'emplacement de Santa Maria in Cingla, près d'Alife, une église neuve, imitée de la basilique de Saint-Martin, au Mont-Cassin ;. En 1108, le pape Pascal II dédie solennellement la nouvelle église de Saint-Benoit, que Desiderius avait fait bâtir à Capoue 4.

Que l'on ajoute maintenant à ces gigantesques travaux d'architecture l'incroyable richesse île la décoration polychrome, du mobilier d'église, des objets en métaux précieux et des étoiles rares, telle qu'on la voit briller dans les énumérations des chroniqueurs : l'imagination sera confondue. De pareilles prodigalités supposent une richesse inépuisable el renouvelée sans cesse par les dons des fidèles; elles supposent aussi chez, l'homme qui a pris l'initiative île tels travaux une parfaite sécurité du lendemain et une forte conscience de ce que permettait à son Ordre la félicité des temps. L'historiographe de Desiderius a bien vu dans le spectacle de ces tours et de ces colonnades, de ces émaux el de ces ors, comme une image visible de la puissance bénédictine. « Alors, — dit-il, en racontant la fondation de la basilique neuve, — le vénérable abbé, divinement installé par les mérites

1. Cf. l'inscription de In mosaïque ilonl Desiderius fit décorer l'abside de celle église :

CIT.T1BCS EXTITERAT QUONDAM LOCCS ISTF. DICATDS DBHONICIS, IN'JL'E HOC TBXPLO VENEISATUS APOLLO, QUOD PATER HCC PROPBRANS BENEDICTCS OBS1POTEHTIB VERTX1 HONORE DE1 : MARTINI ET NUMINE SAXOTI HOC. DESIDERIUS POST CF.NTUM LUSTRA VKTCSTLM PARYCUOCE BVBRTIT] RENOVA VIT, COMPSTT ET AÔXiT.

i. Pierre Diacre; Migne, col. 1000 à 1002.

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