‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 144 sur 433 · Et insuffla in aquani tribus vicibus · texte numérisé non relu

Et insuffla in aquani tribus vicibus

H. Ut omtiis homo hoc sacramentum reqenerationis ingressus in verm innoccntùe novam infantiam renascatur...

15. Tune ipse pontifex suis manibus baptizel très infantes. Deinde baplizent presbgteri...

16. Le lexte de la prière a été publié, avec une excellente description, par M. Krm di Vito iCodiee diplomatico bnreoc 1897, I, p. 208-213). '

tement au-dessus, un Christ assis sur son trôné et bénissant se. montre dans une sorte d'oméga (Pl. IX, 1 1. Tout le long du parchemin court une double bordure, ornée de rosaces et d'entrelacs interrompus à intervalles réguliers par vingt-quatre médaillons renfermant chacun un buste d'évéque. Les couleurs sont éclatantes et transparentes; le vermillon et un jaune brillant sont employés à profusion. Quant au dessin, très ferme et très fin, il est du style byzantin le plus savant : le groupe initial est une Asïiti; et le Christ bénissant un Pantoerator, qu'on dirait copiés d'après quelque ancienne fresque d'une grotte basilienne d'Apulie. Cependant la lettre monumentale qui sert de cadre à ce Christ est une initiale du Mont- Cassin, qui rappellerait à s'y méprendre les monogrammes dessinés par drimoald, si quatre des tètes de serpents qui s'entrelacent à la boucle supérieure n'étaient remplacées par des bustes d'anges.

Le Bénédictionnaire de Bari présente une particularité qu'on ne remarque point dans les deux rouleaux similaires de la Casanatense ; les ligures sont tournées en sens inverse du texte : pour lire le début de la prière, il faut voir les trois personnages de la A:y>.; les pieds en l'air. Dès lors on n'a point de peine à reconnaître la lettre singulière dans laquelle se montre le Christ de Majesté : en renversant cet u, on aura un V, initiale du Vere dignum. Ni le style de ce chef-d'œuvre d'enluminure mi-bénédictine, mi-byzantine, ni l'interversion du texte et des figures peintes ne pourront se comprendre, si l'on se borne à comparer le Bénédictionnaire de Bari avec celui de la Casanatense. Tout deviendra clair, si l'on rapproche ce curieux rouleau de ceux qui contiennent la prose de YEosultet, et en particulier d'un rouleau conservé, avec le Bénédictionnaire, dans la cathédrale de Bari.

Dans les cérémonies du Samedi Saint, la bénédiction des fonts est précédée par celle du cierge pascal. Pendant cette dernière cérémonie, le diacre, monté sur l'ambon, lit une prose ancienne, étrange et magnifique, dont la composition est attribuée à saint Augustin. Le premier mot, Exultet, donne le ton de l'hymne d'allégresse qui célèbre la victoire remportée par le Christ sur la Mort et sur la Nuit. Dans ces strophes en prose passent, comme une vision triomphale, les scènes les plus saisissantes de la Bible et de l'Evangile. La fanfare des invocations lyriques s'arrête brusquement ; une musique pastorale lui succède : un long et bizarre éloge des abeilles qui ont fourni la matière du cierge monumental, et dont la génération mystérieuse et pure symbolise la chaste fécondité de la Vierge-Mère '. Cet épisode d'Aristée, qui intervient dans l'hymne pascal , avait scandalisé saint Jérôme, au temps duquel existait déjà l'un des textes que nous possédons. « On nous fait entendre, écrit-il au diacre

i. M»' Duchesse, Origines du Culte chrétien, 1889, p. 542-215.

Prœsidius, toutes les Gèorgiques de Virgile » : « Virgilii totus Georgicarum liber proferlur in médium '. » Pourtant la pastorale scolastique se maintint, pendant le moyen âge, dans les eopies de la prose Exultet.

La prière solennelle pour la bénédiction du cierge pascal prit dansl'Italie méridionale une importance extraordinaire : elle fut isolée des autres prières du sacramentaire cl écrite sur un long rouleau de parchemin, enrichi de miniatures. Comme la prose de VExultet élait psalmodiée du haut de' Jambon, les enlumineurs prirent soin de disposer leurs ligures au rebours du texte. Tandis que le diacre déroulai! les longues bandes de parchemin, en lisant les périodes retentissantes, suivant le rythme des n eu mes inscrits an-dessus îles caractères « lombards», le peuple regardait les images qui descendaient vers lui, comme une traduction bariolée des paroles latines.

J'ai pu examiner jusqu'à seize rouleaux d'Exultet ou fragments de rouleaux, écrits el enluminés dans l'Italie méridionale -. Leur largeur varie de 20 à 5m centimètres; leur longueur atteint 5 mètres el davantage. Ces rouleaux diffèrent les uns des autres par le style des images, par leur choix, par leur nombre et quelquefois par le texte môme qui est illustré. On jugera de cette diversité en parcourant le double tableau synoptique joint au présent ouvrage et qui donne V Iconographie comparer des rouleaux de /'Exullel.

Un magnifique rouleau conservé à la cathédrale de Bari, avec le Bénèdictionnaire ci-dessus décrit, ouvre la série des Exidtel [Icon. comp., n" 1 1. Le, texte latin, écrit en « lombarde » ronde et nette, diffère entièrement, dans toute la seconde partie, de la vulgale copiée sur la plupart des autres rouleaux, et qui est encore en usage dans les églises a. Ce texte est encadré entre deux bandes ornées de fleurons byzantins et île médaillons représentant des saints, dont trente-huit ont leurs noms écrits dans les marges en langue grecque et en lettres capitales. Les miniatures sont au nombre de douze : elles s'intercalent dans le texte immédiatement avant le passage qu'elles illustrent.

Quand le parchemin se déroule, on voit tout d'abord le Christ assis dans une auréole elliptique, sur l'arc-en-ciel qui sert de support à deux petits cierges allumés. Cette apparition lumineuse traduit l'invocation que le diacre a prononcée avant d'entonner VExultet : Lumen Christi. Après le répons : Deo grattas, l'hymne commence : Exultet juin angelica turba cœlorum ! Exultent divina mysteria et pro tanti régis Victoria tuba intonet saluturis! A ces exclamations de joie, à cet appel de trompette, qui salue la Résurrection du Sauveur, répond une image de la gloire céleste : entre deux chérubins aux six ailes, le Tétramorphede la vision d'Ezéchiel et de l'Apocalypse de saint Jean est représenté par un chérubin plus grand, dont la tète juvénile est surmontée d'une aigle nimbée, flanquée des

1 . l.a lettre de saint Jérôme est de L'année 384. Cf. Santé Pieralesi, il l'reconio pasquale, etc. ; deW Autore del pin antico Preconio pasquaU ! Home, 1883, p. 48.

-2. M. L&Dglois n'en connaissait que quatre, [dus l'un des deux rouleaux de Pise Mélanges de l'Ecole de Honte, VI, d ss6. p. 466). M. Kraus n'en a cité que huit, en comprenant les deux rouleaux de Pise [Gesch. der Christi. Knnst, II. p. 59-60},

3. Le texte de Bari a été publié par M. .Xirn m Viro, dans le Corficc diplomatleo barese, I, p. 205-208. Ce texte est reproduit dans ['Iconographie comparée des rotdeauc d'Exultet, jointe au présent volume.

lêtes minuscules du lion et du bœuf. Ce monstre angélique figure les divins mystères célébrés par le texte. Au-dessus, deux anges en courtes tuniques sonnent de l'olifant. Après ce groupe d'images, le mot Eooultet lui-même est formé par un grand monogramme, orné d'entrelacs et de serpents1-'. Le texle poursuit, chantant, après la joie des puissances du ciel, la joie de la Terre1. Celle-ci est personnifiée dans une image singulière: une femme debout sur un tertre, et entourée d'animaux4. La Terre tient de ses deux mains deux arbres ; elle est vêtue d'une longue tunique couverte de fleurons et sa tête est chargée de feuilles et de fleurs. L'allégresse des hommes se joint à l'allégresse du monde invisible et visible ; les prêtres se font les interprètes de la joie des fidèles : une miniature montre le diacre déroulanl VExultet du haut de Jambon, devant un acolyte qui tient le cierge allumé, sous un ciborium couver! d'une coupole; l'archevêque, assis sur un trône élevé et coi Ile d'une sorte de tiare, analogue au camaururn des archevêques de Bénévent, bénit le groupe des officiants (Pl. X, 1). Après celle image liturgique, qui rompt la série des images symboliques, la première partie de la prière s'achève par l'ordinaire demande d'intercession : Per Dominum twslrum Je-tum Ghristum.

Une seconde partie reprend aussitôt : Vere quia dignum et justum est. L'initiale du mot Vere, en forme d'oméga, et couverte d'entrelacs comme celle du mot Exultet, entoure d'une grande auréole circulaire l'image du Rédempteur assis sur un trône : patrem omnipotentem. C'est le Rédempteur qui, dans la nuîl sainte de Pâques, a fait luire poulies morts de l'ancienne Loi la lumière de la résurrection. Après le grand monogramme, une image représente le Christ descendu aux Limbes : appuyé sur la hampe d'une croix à double traverse, il foule aux pieds le corps du Diable gisant et nu, et lire à lui les premiers parents, Adam chevelu et barbu, Eve voilée du maphorion; sur la gauche, les rois David et Salomon se montrent à mi-corps. Au-dessus du groupe, deux médaillons figurent le soleil et la lune. Le Rédempteur a été aussi le Créateur. L'auteur inconnu du texte écrit sur le rouleau de Bari commémore l'oeuvre du Verbe, architecte de toutes choses : il chante sa puissance en poète; il l'explique en théologien'. De son côté le miniaturiste unit dans une même image le Créateur et la création : au centre d'une rose des vents", dont le cercle

1. La première représentation de l'ange sur le corps duquel sont greffées les tètes du bœuf et du lion se trouve dans le manuscrit de Cosmos ïndicopleustes, dont le prototype est du vie siècle (Garhucci, II, pl. 1 1 fi ; III, p. 75). L'étrange motif inventé en Egypte ou en Syrie fut représenté à Rome, au vu0 siècle, dans l'abside de Santa Maria Astiqua; de Rome il passa, au ixc siècle, dans l'iconographie carolingienne [Saeramentaire de Drogon; llibl. Nat. de Paris, Ms. Int. 0428, f" la!. Il se maintint jusqu'au ,\ie siècle dans l'iconographie byzantine. Deux des chérubins figurés dans les peintures de l'église Sainte-Sophie de Kiev sont des Tétramorphes, pareils à l'antique image du Cosmas de la Vaticane (Sainte- Sophie de Kicv} album publié par la Société impériale russe d'Archéologie, in-f°, pl. 32).

2. Le groupe des anges et le monogramme initial ont été magnifiquement reproduits en chromolithographie dans le Codifie dipîomatico barète, I, pl. I.

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