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Deux chèvres, un chien et un sanglier

5. « Vere lu preciosus es opifex, formator es omnium ; oui qualitas in agendi non fuerat officio, sed in sermonis imperio. Oui ornalum atque habitum mundi nec ad ampliandum quasi inops potenebo, ned ad dilandum, quasi egenus gkriaj, condidisli... »

fi. Les venls, au nombre de douze, sont représentés par des bustes d'hommes nus, imberbes ou barbus, qui soufflent dans dos cornes.

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218 L'ÉCOLE IîÉXÉDTCTINE

létes minuscules du lion cl du bœuf1. Ce monstre angélique figure les divins mystères célébrés par le texte. Au-dessus, deux anges en courtes tuniques sonnent de. l'olifant. Après ce groupe d'images, le mot Exultet lui-même est formé par un grand monogramme, orné d'entrelacs el de serpents2. Le texte poursuit, chantant, après la joie des puissances du ciel, la joie de la Terre3. Celle-ci est personnifiée dans une image singulière : une femme debout sur un tertre, et entourée d'animaux '. La Terre tient de ses deux mains deux arbres : elle esl vêtue d'une longue tunique couverte de fleurons et su tête est chargée de feuilles et de fleurs. L'allégresse des hommes se joint à l'allégresse du monde invisible et visible ; les prêtres se font les interprètes de la joie des fidèles : une miniature montre le diacre déroulant VExultéA du haut de l'ambon, devant un acolyte qui tient le cierge allum'é, sous un cibofium couvert d'une coupole; l'archevêque, assis sur un trône élevé et coilfé d'une sorte de tiare, analogue au camaurum des archevêques de Bénévent, bénit le groupe des officiants Pl. X, 1 . Après cette image liturgique, qui rompt la série des images symboliques, la première partiedela prière s'achève pur l'ordinaire demande d'intercession : Per Dorninum nostrum Jcsum Christum,

Une seconde partie reprend aussitôt : Vere quia dignum et justum est. L'initiale du mot Verè, en forme d'oméga, et couverte d'entrelacs comme celle ilu mot Exulte!, entoure d'une grande auréole circulaire l'image du Rédempteur assis sur un troue : pairem omnipotentem. C'est le Rédempteur qui, dans l;i nuit sainte de Pâques, a fait luire pour les morts de l'ancienne Loi la lumière de la résurrection. Après le grand monogramme, une image représente le Christ descendu aux Limbes : appuyé sur la hampe d'une croix à double traverse, il foule aux pieds le corps du Diable gisant et nu, et lire à lui les premiers parents. Adam chevelu et barbu. Eve voilée du maphorion; sur la gauche, les rois David et Salomon se montrent à mi-corps. Au-dessus du groupe, deux médaillons figurent le soleil et la lune. Le Rédempteur à été aussi le Créateur. L'auteur inconnu du texte écrit sur le rouleau de Bari commémore l'œuvre du Verbe, architecte de toutes choses : il chante sa puissance en poète; il l'explique en théologien \ De son côté le miniaturiste unit dans une même image le Créateur et la création : au centre d'une rose des vents11, dont le cercle

1. La première représentation de l'ange sur le corps duquel sont grefTécs les lêles du bœuf et du lion se trouve dans le manuscrit île Cosuta* lndieoplcHste*. dont le prototype est du vr siècle (li.wiuueci, II, pl. lia; III, p. 75). I, 'étrange motif inventé en Egypte ou en Syrie fut représenté à Rome, au vtr3 sièi-l<\ dans l'abside de Santa Maria Anliqua; de Rome il passa, au ix0 siècle, dans l'iconographie carolingienne f Sacrement aire de Drnijan ; Bibl. Nal. de Paris, Ms. lat. 9428, f" 15). II se maintint jusqu'au XIe siècle dans l'Iconographie byzantine. Deux des chérubins figurés dans les peintures de l'église Sainte-Sophie de Kiev sont des Tétramorphes, pareils à l'antique image du Cosma* de la Vaticane {Sainte- Sophie de Kiev, album publié par la Société impériale russe d'Archéologie, in-f°, pl. 32).

2. l.e groupe des anges et le monogramme initial ont été magnifiquement reproduits en chromolithographie dans le Codice diplomatieo barese, I, pl. I. 1.

3. « Gaudeat se tellus, lantis irradiata fulgoribus... » h. Deux chèvres, un chien et un sanglier.

H. « Vere lu preciosus es opifex, forinator es omnium ; cui qualitas in agendi non fuerat officio, sed in sermonis imperio. Qui ornalum alque habilum mundi née ad ampliandum quasi inops potencia1, ned ad ditandum, quasi egenus gh riœ, condidisli... »

il. Les vents, au nombre de douze, sont représentés par des bustes d'hommes nus, imberbes ou barbus, qui soufflent

dans des cornes.

est l'image du monde, il place, le buste du Christ. Une transition assez gauche a conduit le texte à l'éloge de la virginité1, confondu avec l'éloge des abeilles, ces chastes ouvrières qui trouvent dans les Meurs, avec les matériaux de leur maison et la source de leur richesse, le seul époux qu'elles connaissent et les joies de la maternité -. Ici l'illustrateur, sans traduire le symbole on image, s'est contenté de montrer les abeilles volant parmi les branches, et trois hommes occupés à la récolte de la cire destinée à former le cierge pascal (Pl. X, 2), La longue prose achève son développement par une prière solennelle pour le peuple chrétien et pour ses chefs temporels ou spirituels. Deux images accompagnent cette prière terminale : le pape est debout, entre deux diacres ; il porte sur sa tête une tiare conique, à peine différente du camavrum de l'archevêque de Bari. Au-dessus du groupe pontifical, un groupe impérial : deux basileis sont debout côte à côte, tous deux barbus, portant le costume d'apparat, avec le Xùoo; chargé de pierreries, en sautoir sur la tunique de brocart ; ils ont au front la couronne à pendeloques et tiennent à la main la bas te du labarum 3.

L'image des deux empereurs, confrontée avec les rubriques qui ont été ajoutées à la lin de la prière et au dos du parchemin, peut donner, à quelques années près, la date du rouleau. Les noms qui figurent dans ces rubriques font de YExultel de Bari une chronique sommaire del'Apulie pendant le xi" siècle. Aux noms de l'impératrice Théodora ! 1054-1050,, de Constantin Dukas et d'Eudoxie (1067), de leurs fils Michel et Constantin, succède le nom d'Argyros, proèdre de Bari (f 1068) : c'est le ûls de Mélis, l'Apulien qui amena les Normands en Italie1. Les noms mêmes des conquérants ont été écrits par deux fois sur le rouleau, après les noms grecs. Le clergé qui avail prié, dans la grande ville apulienne, pour les très pieux empereurs, pria pour Robert G uiscard et pour sa seconde femme, la princesse lombarde Sikilgaïta.

Aucun des personnages qui se succèdent dans cette liste des souverains que Bari a reconnus, en l'espace de trente années, ne peut être identifié avec les basileis représentés tous deux dans la force de l'âge. On ne peut songer à Michel et à Constantin ', qui régnèrent ensemble, sous la tutelle de leur mère Eudoxie, puisque le rouleau est antérieur au règne de leur père. Avant eux, il faut, pour trouver deux frères élevés en même temps au trône de Byzance, remonter à Basile 11 et à Constantin11. L'Exultet de Bari esL marqué à la double effigie de Bulgaroctone et de son frère: il a donc élé écrit et enluminé avant 1028.

1. « Totusac plenus in te es, qui, Juin per virginea visera nttrado illaberis, virginitatem et etiam crealur.r eommendas. Apes siquidem, dum oie concipiunl, oie parturiunt, casto eorporc Dec fu-do desiderio copulanlur

2. « Flore uluntur conjuge, flore junguntur génère, llore domos instruunt, flore divitias convenant, flore ceram conflciunt... »

3. Les images du pape et des empereurs ont été publiées, d'après ma photographie, dans les Comptes Rendus de l Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1897, pl. I.

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