L'ARÎ l'KOVINCI.U, ET Ml'NK'lI'AI
de Toscii mi de Sardaigne, l'architecte de la cathédrale «le Troja a fait sculpter tout
exprés, surdw panneaux de marbre, de véritables contrefaçons de reliefs antiques. Le mur exlédeui de la nef, du côté du nord (PI, XVI i, esj. décoré de colonnetles et d'arcades qui rappellent fort exactement la façade latérale de San Paolo « a ripa d'Ama ».
Pour achever de connaître les rapports qui ont existé entre l'église de Gapitanate et les églises contemporaines de Toscane, il importerait de restituer, dans son état primitif, la partie de la cathédrale de Troja qui a été remplacée, au mi' siècle, par une construction nouvelle. Cette restauration idéale du sanctuaire et de l'abside peut être suggérée par une petite église de Troja, San Basilio, dont la date est inconnue, mais qui, à en juger par les incrustations polychromes qui décorent son portail, parait être une imitation simpliliée de l'église majeure de lii ville. Or I église de San H.oilio comprend une nef de quatre travées, dont les arcades reposent suides colonnes antiques, et une coupole sur pendentifs à la croisée du transept. Si l'on suppose qu'une coupole semblable ait autrefois couronné la cathédrale voisine, celle-ci apparaîtra, depuis* son soubassement jusqu'à son faite, comme l'image exacte d'une église pisane de même typé que San Paolo a ripa d'Amn. Vers le temps où
FlU. H". — l'i.AN HE I.'Ktît.ISK S\N l'.ASILIO, a iaoja.
les Pisans achevaient la construction de leur cathédrale, un architecte; qui certainement venait de Toscane, a hàli la cathédrale de Troja en style pisan.
Quel hasard amena cet architecte sur le versant de la mer Adriatique? En dehors de Pisc, de Lucques et de l'Italie méridionale, on ne trouve d'églises pareilles à la cathédrale de
Troja que dans l'île de Sardaigne. Ces églises ont été bâties entre H»." t 1325, c'est-à-dire
pendanl les trois siècles où la Sardaigne était une colonie de l'ise. On peut, pour expliquer la présence d'une église pisane en Capilanale. invoquer les rapports commerciaux que Pise entretenait sans doute avec un port comme celui de Siponto. Mais l'apparition de la cathédrale de Troja ne se rattache à aucun fait connu par un document. Cet édilice resta longtemps, en Apulie, un monument unique; c'est seulement prés d'un siècle après avoir été achevé qu'il devait être pris comme modèle par les architectes locaux.
CATHÉDRALE DE TROJA (en Capitanate) (Commencement du XIIe siècle).
LES BASILIQUES DU XI" ET DU XIIe SIÈCLE 357
En dehors des deux églises de Troja, le seul édifice de la région apulienne qui offre un exemple d'une coupole élevée sur une basilique sans tribunes est la cathédrale de Tarente. Dans l'intérieur du monument, restauré et stuqué à plusieurs reprises, les colonnes antiques supportent encore d'anciens et curieux chapiteaux. A côté d'un campanile du
FlG. I 1-8. — INTÉRIEUR DE l'ÉGLISE SANTA MARIA Dl CERRATE (PROVINCE IIE LECCE).
xivc siècle s'élève l'énorme tambour de la coupole, entouré à l'extérieur d'une ceinture do fines colonnettes. L'édifice a été trop profondément remanié pour qu'on puisse dater les restes des plus anciennes constructions.
La cathédrale d'Otrante était une basilique sans coupole avec trois absides; l'église a conservé, con 1 la cathédrale de Tarente. la file de ses colonnes antiques, surmontées
de chapiteaux disparates, dont la plupart oe sont pas antérieurs au xiu" siècle'. Un exemple réduit cl simplifié du même plan est donné par la petite église de Santa Maria di Cerrate, qui s'élève près d'une ferme isolée à quinze kilomètres de Lecce, et qui a conservé parfaitement, sons le crépi, son architecture du xir on du xiii" siècle, avec une partie de sa décoration peinte.
Dans la Terre de Bari, les basiliques sans tribunes sont rares et de dimensions médiocres. ATrani, la petite église d'Ognissanti qui, d'après une tradition, aurait appartenu à l'Ordre Teutonique, a conservé les colonnes antiques de sa nef, surmontées de chapiteaux disparates, dont plusieurs semblent provenir d'édifices byzantins. Les trois portails sont précédés d'un portique voûté d'arêtes, sur trois travées de profondeur (Pl. XVII) !. Les trois absides de la petite église, dont le groupe se reflète dans l'eau calme du port, sont une réduction fort exacte du chevet de la cathédrale de Trani.
L'église deSanGregorio, à Bari. plus petite que l'église d'Ognissanti et plus archaïque3, s'élève à quelques mètres du campanile septentrional de la façade de Saint-Nicolas. La minuscule église, conservée à miracle jusque dans le détail de ses fenêtres, fermées par un remplage de marbre ajouré, reproduil dans sa nef étroite la nef du monument voisin, avec le pilier rectangulaire intercalé entre deux couples de colonnes antiques. L'église San Marco, postérieure d'un siècle au moins à celle (le San Gregorio, a le même plan. A Trani, le type des deux petites églises de Bari est reproduit dans l'église de San Giacomo, dont la façade noircie est comme hérissée de monstres en haut-relief.
Ces édifices, dont la petitesse ne manque point de grâce, ont peu d'originalité: ils sont de simples miniatures des cathédrales à l'ombre desquelles ils se son! élevés. La hardiesse et l'esprit d'initiative des architectes delà Terre de Bari se sont donné carrière dans la construction de hautes basiliques a tribunes et dans la création d'un système d'égiisesà coupoles.
Les villes prospères de la côte apulienne voulurent, pour la plupart, posséder une église imitée du colossal édifice que 1' « Université « de Bari avait élevé sur la Crypte où reposaient les reliques de saint Nicolas. C'esl ainsi que des monuments, très différents des basiliques romaines par l'élévation, dressèrent, les uns après les autres, le long de la Terre de Bari, leurs hautes silhouettes d'églises « romanes ». Les architectes locaux
1. Schulz, I, p. 260; plan, /i';/. 18. La vaste crypte qui sVtnid sous le sanctuaire est sans doute imitée des cryptes ménagées sous les grandes églises de la Terre de Bari. Celle crypte a été bâtie avec des colonnes et des chapiteaux des époques les plus diverses, depuis le n' jusqu'au xic siècle (v. plus haut, p. 7ii, fnj. 14). I.e croquis publié par Sciiulz (I, p. 208, fiij. 52) donne l'idée la plus fausse des proportions de la crypte d'Olrante; le dessinateur a presque doublé la hauteur des colonnes.
2. Sciiuj-z, I, p. 127-130; Allas; pl. XXVI, n"< 2 et 3. Cf. A. Tbologo, nasseyna pugliese, XI, 1894.