LE MOBILIER DES ÉGLISES. — MÉTAL, BOIS ET MARBRE
[. — Ciboritt cl candélabres en métal. — Meubles d'église en bois : le trône sacerdotal de Montevergine ; sa décoration
sculptée; animaux orientaux et rosaces de style musulman. H. — Les ambons des églises de Campanie ; leur forme ; ambons de bois peint et doré. — L'ambon de marbre donné par
l'évêque Constantin (1094-HSO) à la cathédrale de Ravello. -- Origine byzantine de ce type de monument; imitations
du même type dans l'œuvre des marbriers romains. — [.es ambons sur colonnettes; bambou de Cimitile; ambons
représentés sur les rouleaux tVExultrt.
III. — Formes originales du mobilier des églises dans la région apulienne. — Ambons à quatre colonnettes. — Ambon de Canosa ilin du xic siècle); décor plat de style byzantin; ambon de Troja (1169); relief nourri et vigoureux. — Trônes épiscopaux. Trône de l'archevêque Urso (1078-1089), à Canosa; les éléphants employés comme supports. — Tronc de l'archevêque Hélie (1098), à Bari ; cariatides viriles; incrustations de cire brune. — Trône de Monte Sant'Angelo ; '..scription dictée par les revendications des chanoines qui réclamaient pour l'église du Gargano la dignité de cathédrale. Le trône lui-même, qui ne porte aucun nom d'archevêque, n'a été placé dans le sanctuaire que pour soutenir ces revendications. Sa date: lin du xic siècle ; sa décoration : figurine germanique de l'Archange vainqueur du dragon.
IV. — Le eiborium de Saint-Nicolas de Bari. Inscription au nom de l'abbé Eustache (+ H29) sur les gradins; plaque de cuivre émaillée sur l'architrave, avec l'image du roi Roger, couronné par saint Nicolas. — Iconographie byzantine du groupe dessiné sur la plaque émaillée. Technique de l'émail: la plaque de Bari est une œuvre de Limoges; son intérêt exceptionnel pour l'histoire des industries d'art en France. — Date de cette plaque et du eiborium (vers 1150). — Type de Pédicule: ce type est d'origine romaine, et non byzantine. — Variété et richesse des modèles qui se trouvent combinés dans le mobilier de marbre exécuté au xic etau xuc siècle. pour les églises d'Apulie.
Le sanctuaire des églises de Campanie et d'Apulie qui furent décorées sous la domination normande reçut un mobilier liturgique, dont les pièces principales étaient le eiborium de l'autel, la chaire et l'ambon, qui se faisaient face à l'entrée du chœur, le trône de l'évêque ou de l'abbé, adossé à l'abside.
Parmi les ouvrages d'art qui figuraient dans le sanctuaire des églises de Campanie ou d'Apulie, à côté de l'autel ou de la transenna, quelques-uns étaient en métal. C'est probablement en bronze ou en argent que furent exécutés les ciboria, à coupole mince et ronde, qui sont représentés sur les miniatures bénédictines de Campanie et sur VExullet de Bari, contemporain de l'empereur Basile II '. Les candélabres dressés à côté de l'ambon, pour recevoir le cierge pascal, étaient parfois des colonnes de métal : celui du Mont-Cassin était
I. Voir la planche X [fuj. 1) et l'honooraphie comparée des rouleaux (/'Exullet.
en argent; celui île la cathédrale de Canosa fut exécuté par Rogerius, le fondeur de la porte du mausolée de Bohémond'. Autour de certains de ces candélabres voltigeaient, au milieu de fleurs de métal, des abeilles de métal, retenues à la colonne par des fils métalliques : elles rappelaient ces chastes ouvrières de cire, dont la prose du Samedi Saint comparait la virginité à celle de Marie2. La valeur de la matière employée à de tels ouvrages explique la disparition totale des cïboria et des candélabres qui ont été représentés sur les plus anciennes miniatures de l'Italie méridionale.
Quelques autres meubles des églises étaient de bois précieusement travaillé, comme les meubles d'un château. Tel est le trône sacerdotal qui s'est conservé, intact et inconnu, dans le chœur de la grande église baroque de Montevergine. Deux sièges ont été ajoutés, à droite et à gauche du fauteuil, pour le diacre et le sous-diacre. Les parties anciennes du meuble sont très richement sculptées : le siège de forme rustique et massive, les bras très élevés, le haut dossier à fronton triangulaire sont divisés en compartiments de formes variées, dont chacun est rempli d'un entrelacs, d'un rinceau ou d'une figurine d'animal {fig. 180). Dans ce décor touffu, il n'y a place pour aucune image sainte. Les animaux sont ceux que les ouvriers musulmans sculptaient dans l'ivoire ou gravaient sur le cuivre. L'éléphant, le griffon, les lions et les léopards, le centaure sagittaire, l'autruche et l'onagre, que chevauchent de petits personnages, ont l'air, dans les médaillons circulaires qui les encadrent, d'avoir été copiés d'après les reliefs d'un olifant. Les deux bètes enchaînées qui se regardent sur le devant du siège sont des guépards de chasse. Les statuettes de lions assises à l'extrémité des bras du fauteuil de bois ont la face ronde et la mine puérile des petits lions rangés autour de la grande vasque de l'Alhambra. Au milieu du fronton, entre deux oiseaux symétriques, un disque taillé à facettes est couvert d'un lacis de polygones étoilés, dont le couteau du sculpteur a réservé les lignes avec une étonnante précision. Si frappant que soit le caractère oriental de ce décor, plus d'un détail laisse voir que le meuble de Montevergine n'a point été rapporté des pays musulmans. Les entrelacs réguliers, les rinceaux de style grec, les figurines trapues, placées en manière d'acrotères aux angles du fronton, sont d'ouvrage italien. Où a pu être exécuté, non loin de la montagne qui a vue sur les trois golfes de Gaète, de Naples et de Salerne, ce meuble d'église décoré dans le goût des boiseries et des ivoires musulmans? Le disque sculpté sur le fronton de bois, avec son décor géométrique, si savamment compliqué, doit être rapproché des disques ciselés sur les portes de bronze destinées au tombeau de Bohémond, et qui sont peut-être l'œuvre d'un fondeur amalfîtain. Amalli, le rendez-vous des marchands musulmans, est bien la ville d'Italie où l'on placerait le plus volontiers, en imagination, l'atelier d'où est sorti ce siège, dont le dossier est ciselé comme un panneau de mimbar.