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VERS 1098), A SAINT-NICOLAS DE BARI

Bari et de Canosa, résidant à Bari, fit placer son

trône de marbre dans l'église de Canosa, de même l'archevêque de Siponlo et du Gargano pouvait établir un siège pontifical dans la grotte de l'archange, élevée à la dignité de cathédrale. Mais, alors que les archevêques de Bari, Urso et Hélie, faisaient graver leur iKiin sur le dossier de leur trône, le trône de Moule Sauf Angeloest anonyme. L'absence d'un nom de prélat sur le trône exposé dans la grotte s'explique par les disputes opiniâtres que les autorités ecclésiastiques menèrent, à partir du milieu du xr* siècle, autour de la grotte miraculeuse !.

1. Cf. !.. Millet, le Monastère de Vaphni, p. 68. Plusieurs chapiteaux du M* sii'cle, dans le narthex de Saint-Marc dé Venise, ont été décorés d'incrustations semblables (Ch. Erbabd, l'Art byzantin, I, Venise, pl. vi et vu).

2. L'atmosphère pesante et humide de la grotte a fait échouer les tentatives que j'ai répétées pour obtenir une photographie satisfaisante de ce trône, à la lumière du magnésium. J'ai dù me contenter de reproduire le dessin publié par Schulz [Atlas, pl. XLI, flit. 2-4).

:i. Cf. Sciillz, I, p. 230-238, en note.

L'église du Gargano était desservie, au moins depuis le ixe siècle, par un chapitre analogue à celui qui fut préposé, à la garde de Saint-Nicolas de Bari, lorsque l'église neuve attira les pèlerins, en concurrence avec la grotte vénérée depuis le vi'' siècle. Un saint prêtre du chapitre du Gargano, nommé Léon, devint en 1034 archevêque de Siponto. Par dévotion pour l'archange, il prit le double titre d'archevêque de Siponto et du Gargano, et résida le plus souvent sur la montagne. Après la mort de Léon, les chanoines de l'église miraculeuse s'autorisèrent du précédent établi pour revendiquer en faveur de leur grotte tous les droils d'une église cathédrale. Le débat ouvert entre ce chapitre et celui de la cathédrale de Siponto s'aigrit de telle manière que, pour y couper court, le pape Léon IX, en 1053, réunit le siège de Siponto à celui de Bénévent. En 1066, l'archevêché de Siponto fut rétabli; aussitôt le chapitre du Gargano reprit ses doléances. Jusqu'au xvn" siècle, le litige fut entretenu par des protestations en forme, sans que les papes eussent ratifié, par un acte authentique, les prétentions des chanoines : seul Boniface IX reconnut, en 1401, Monte Sant'Angelo comme ville épiscopaleet l'église souterraine comme cathédrale, dans une bulle, sans cloute arrachée par surprise, et que d'autres bulles vinrent aussitôt annuler.

Il est facile désormais de comprendre qu'aucun nom de prélat ne soit cité dans l'inscription gravée sur le trône de .Monte Sauf Angelo : un archevêque de Siponto ne pouvait contresigner ces deux vers, qui formulaient des prétentions combattues par son propre chapitre et condamnées par la cour romaine. Cependant il faut peut-être lire, sur la base du siège, un nom d'archevêque, qu'on n'a pas osé introduire clans l'inscription du dossier. Entre les tètes des deux lions accroupis, qui servent de supports au trône, sont dissimulés deux mots énigmatiques : soie leoni. Schulz a pensé aux lions, sans tenter d'explication grammaticale. Le mot leoni n'évoque-t-il pas plutôt le souvenir de Léon, l'archevêque de Siponto, qui, en résidant sur le Gorgano, avait donné origine aux ambitieuses visées des chanoines ? Les deux mots peuvent se traduire en une prière : « Seigneur, reçois ce trône, au nom de Léon1. » En rappelant, dans une sorte d'énigme, le saint homme dont le nom était leur unique argument, les chanoines de Gargano ajoutaient peut-être une sorte d'autorité traditionnelle aux deux vers dont la rime elle-même s'efforçait d'unir dans les mêmes droits l'église de Siponto et celle de la montagne.

Aussi bien que les inscriptions, le trône est une œuvre des chanoines, qui réalisaient en lui, sous forme matérielle, les prérogatives qu'ils revendiquaient pour leur église : la cathedra se montre comme le signe distinctif de la cathédrale. Dans le débat qui s'ouvrit, aussitôt après la mort de l'archevêque Léon, le chapitre produisit, selon l'usage, des bulles falsifiées; l'une d'elles, mise au compte du pape Eugène III (f 1153), fut dénoncée bientôt après clans une bulle d'Alexandre III. Le trône épiscopal doit être

1. On ne peut supposer que l'archevêque Léon ait lui-même fait graver ces deux mots sur un trône qui aurait été commandé par lui. vers 1040 : les deux vers gravés sur le dossier, avec les mêmes caractères que les deux mots mystérieux, font allusion à des luttes qui ne s'engagèrent qu'après la mort de Léon.

considéré, à côté des faux sur parchemin, si nombreux dans la plupart des archives capitulaires, comme un véritable faux en marbre. 11 est aussi un précieux monument d'art (fig. 185).

L'œuvre ne peut pas être antérieure à l'année 1066, où le siège archiépiscopal fut rétabli à Siponto ; la l'orme générale du meuble, les tètes de lions aux angles, la crinière à boucles plates des lions couchés, le décor même des montants, fait d'un grénetis de lo-

Fic. 185. — Trône épiscopal de Monte Sant'Angelo, d'après sculx?..

sanges, rappellent, comme les caractères des inscriptions, le siège épiscopal de Canosa ; les rosaces des bordures se détachent sur un champ rempli de cire brune, suivant le procédé employé à la décoration du trône de Bari. A n'en pas douter, le trône commandé par les chanoines de Montesantangelo est contemporain des deux trônes exécutés pour des archevêques de Bari et Canosa. Par l'emploi de deux motifs, sa décoration diffère de celle de ces deux trônes. D'abord, sur toute la hauteur du dossier et sur la face externe de l'un des bras, on remarque deux systèmes d'entrelacs curvilignes, l'un en relief, formé d'une sorte de cordon côtelé, l'autre <« champlevé », comme les lleurons des bordures, sur un fond garni do cire brune. Ces entrelacs sont d'un tracé assez compliqué pour que Schulz ait cru y distinguer une imitation de l'art musulman : on en trouve d'ailleurs de pareils sur des

orfèvreries et des boiseries exécutées dans l'Orient chrétien '. Sur le liras du troue qui n'est pas décoré d'entrelacs, un saint Michel est sculpté en bas-relief. Cette curieuse figurine, au visage épaté et au corps trapu, est, par son altitude et son action, étrangère à l'iconographie byzantine. Le sculpteur apulien n'a pas représenté l'archange empereur debout, comme au milieu de la cour céleste, et tenant pacifiquement le globe et le sceptre ; il lui a mis la lance au poing et a tordu sous ses pieds le corps du dragon. Ce combattant céleste n'est [ias l'éphèbe que les peintres de tradition grecque ont représenté dans les grottes basiliennes d'Italie; vainqueur du monstre infernal, il apparaît plutôt comme la puissance mystérieuse dont les Lombards de Pavie et de Bénévent avaient fait une sorte de divinité nationale-, et qui rappelait aux Germains convertis sur la terre italienne les exploits des dieux du Nord en lutte contre les dragons.

A côté des ambons et du groupe solennel des sièges épiseopaux, l'Apulie n'a conservé qu'un seul ciborium du xn" siècle, celui qui se voit encore, à sa place primitive, dans le sanctuaire de Saint-Nicolas de Bari {fig. 187) 3. Les deux colonnes antérieures de ce tabernacle son! plantées an bord du pavement du choeur, que trois marches élèvent andessus de la nef. Les gradins, en marbre blanc, sont décorés, l'un d'une rangée de palmettes, l'autre d'une file d'oiseaux d'eau, détachés sur un champ rempli de cire brune. L'inscription suivante court, en lettres hautes et grêles, tout le long du gradin supérieur :

I1IS GRADIBUS TUMIDIS ASCElNSUS AU ALTA NEGATUR. [IIS GRADIBUS BLANDIS QUERERE GELS A DATUR. ERGO NE TUMEAS QUI SURSUM SCANDERE QUERIS. SIS HUMILIS, SUPPLEX, PLANUS, ET ALTLS ERIS, UT l'ATEIl IIELIAS HOC TEMPLUM QUI PRIMUS EG1T, QUOD PATER EUSTASIUS SIC DECORANDO REGIT1.

Ces hexamètres, unis deux à deux par des rimes, contiennent, en même temps qu'une leçon d'humilité adressée au prêtre qui doit monter les degrés pour célébrer l'office, une

1. CL, par exemple!, la lipsanothèque Je Cran, citée plus haut (p. 402, n. 3), et les entrelacs gravés sous le linteau de la porte de l'église de Ghilandari, au Mont-Athos, (voir ci-dessus, p. 445, n. 1).

2. E. Gothbin, Die Culturentwickelung Snd-ltuliens, lîreslau, 1880, p. 70-97 ; — P. Wieiiand, Dec Erzcni/el Ulehael in (1er Bildenden Kunsl, Stuttgart, 1880, p. 44. — Sur les représentations de saint Michel, vainqueur du dragon, dans l'art germanique, cf. Ans'» Wkrth, Kunstdenkmâler îles Christl. Mittelalters in. den Rheinlûndern, 1857, in-f°, I, p. 03.

3. Schi'lz, I, p. 39 et suiv., Allas, pl. IV et V; — Sbaus, der Kirchcnschmmk, XII, 1881, p. 83-83.

4. On comparera à ces vers, pour l'idée exprimée et pour la l'orme, les quatre vers gravés à l'entrée de l'église bénédictine de Sant'Angelo in Fonnis: Conscendes vélum... ut Desiderius...

précieuse indication de date ; les gradins furent élevés au temps de l'abbé Eustache, qui succéda à l'abbé-archevèque Hélie dans l'administration de la basilique fondée par celui-ci, et qui fut en charge de 1105à 1123.

Le ciborium est surmonté d'un dais octogonal, en marbre cipollin, dont les deux étages sont portés par des colonnettes trapues1. L'édicule repose sufquatrecolonnesantiqu.es, fortement galbées, deux en brèche rouge et deux en brèche violette, dont les bases massives sont cerclées de trois tores. Deux des chapiteaux sont flanqués aux angles de figurines d'anges grossièrement dessinées, qui se tiennent debout sur les longues feuilles grasses du chapiteau, et sont complètement détachées de la corbeille [fig. 186) ; les deux autres chapiteaux ont aux angles des têtes de bélier d'une forte saillie. Les quatre architraves portent l'inscription suivante, en grandes lettres de bronze rivées dans le cipollin :

■j- Altçi nEC PAt! CEUS INTRA BONIi SERVE FIDEl.IS (IRA DEVOTE D0M1NUM PRO PRO T E POPOLOQt'E.

C'est un souhait de bienvenue au prêtre arrivé sous le dais du tabernacle, et qui est comme une suite de l'exhortation gravée sur le degré du chœur. La première ligne de l'inscription, celle qui décore l'archivolte antérieure, face à la nef, est encadrée entre deux arabesques de bronze, de même travail que les grandes lettres latines, et qui sont des imitations de caractères couflques privés de sens. Au milieu de cette architrave, dans un vide ménagé entre les deux premiers mots de l'inscription et les deux mots suivants, est encastrée une plaque de cuivre rouge émaillé. Deux figures debout, avec deux cartouches qui portent gravés les noms des deux personnages, sont champlevées sur le fond. L'une est le roi Roger (Rex Rogerius), en costume de basileus, avec la stola, le globe et le labarum; l'autre est saint Nicolas (S. Nicolaus), qui s'appuie de la main gauche sur sa crosse d'évèque, et de la droite soutient la couronne sur la tête du roi.

Des groupes analogues sont représentés sur deux mosaïques siciliennes. Dans l'église fondée à Païenne, en 1113, par l'amiral Georges d'Antioche, le même roi Roger, paré du Àûpo? impérial, est incliné devant le Christ debout, qui touche sa couronne. Quarante ans plus tard, c'est le roi Guillaume 11, le petit-fils de Roger, qui. vu de face, tenant le globe dans la main gauche, comme son aïeul sur la plaque émaillée de Rari, est debout, à la droite d'un Christ colossal, assis sur un trône élevé, et qui tient à pleine main la couronne

Fig. 186. — Chapiteau du ciborium

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