‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 239 sur 433 · SUB COMITIS UAGNI DOUINIQUE ROBERT1 AUXILIO CUJUS TEMPLI LABOR · texte numérisé non relu

SUB COMITIS UAGNI DOUINIQUE ROBERT1 AUXILIO CUJUS TEMPLI LABOR

le seul membre de lu famille de Hauteville qui ait porté au comte Familles Normandes; publié en appendice à «l'Ystoire de U 348).

et les consoles engagées dans la muraille pour soutenir les colonnettes. Une figurine humaine, allongée comme une gargouille, sert de coussinet entre l'archivolte et le chapiteau de chaque colonnette. Les consoles sont faites de deux groupes, dont la monstruosité contraste étrangement avec la calme assemblée des anges, autrefois alignes sous l'archi-

FlG. -00. — Portail de la cathédrale d'aoerenza. Commencement du .\iic siècle.

volte. Sur l'un des groupes, un gorille et une femme, sur l'autre, un homme et une guenon se tiennent embrassés1. La haie de l'entrée, ouverte entre les consoles et l'archivolte, est bordée d'une bande décorative continue; aux palmettes byzantines, sculptées avec un faillie relief sur les montants, fait suite, sur l'arcade, un réseau de fines volutes, dans lesquelles se jouent des figurines humaines, des centaures et des animaux -.

1. Cf. F. Lenorma.nt, A travers VApulie el la Lucanie, I, p. 28. •2. Schixz, Allas, pl. LXXXVII, fig. 1 et 2.

Le portail d'Acerenza marque le point do départ (l'une importante série. Sans doute on ne retrouvera pins, en avançant dans le xne siècle, ni les figurines d'anges alignées sous l'archivolte, ni les grands singes accroupis sur les consoles. Mais d'autres animaux en ronde bosse prendront, sous les colonnettes, la place des groupes monstrueux d'Acerenza. Désormais le type du portail apulien est fixé. Au-dessus de la baie, encadrée tout entière dans un ruban couvert de rinceaux et de figurines, une archivolte s'avance, en saillie, portée sur des colonnettes détachées en avant de la muraille, et qui reposent elles-mêmes sur des consoles robustes et vivantes. C'est, autour des montants et de l'archivolte, décorés de bas-reliefs, un dais en haut-relief. Ce type de portail diffère, autant par la richesse de son décor que par la solidité de ses articulations, des portails campaniens, dont les archivoltes, peu saillantes, étaient soutenues au-dessus du linteau par de modestes corbeaux, et où le décor sculpté était limité soit à l'archivolte, soit aux montants, sans jamais entourer la baie tout entière.

Dans la décoration sculptée des églises apulien nés du xn" siècle, les motifs orientaux formenl comme le thème du décor. Ils sont en nombre sur les montants du portail de l'église San Giovanni de Brindisi, dont les chapiteaux à figurines humaines rappellent encore ceux de Monopoli '. Les rinceaux qui prennent racine, au bas des montants, en deux vases portés l'un par un lion, l'autre par un éléphant, encadrent les figurines les plus variées : des paons affrontés, des centaures, un Samson luttant avec un lion, un homme nu à cheval sur une licorne, une harpie à tète de femme, un gladiateur armé d'un bâton et d'un bouclier triangulaire, un ours dévorant un chien, un griffon qui, de son bec, crève les yeux d'un quadrupède (fig. 201). Certains groupes rappellent encore les reliefs qui décorent les chapiteaux archaïques de la cathédrale de Tarente; d'autres figurines d'hommes et d'animaux sont copiées d'après quelque ivoire byzantin, peut-être même d'après des coffrets sarrasins ou siciliens analogues aux deux boites d'origine espagnole, datées l'une et l'autre du x" siècle, qui sont conservées aux Musées de South-Kensington et du Louvre.

Ce décor animal achève de s'épanouir dans toute sa richesse et sa variété sur le portail central .le la façade de Saint-Nicolas de Bari, qui, par ses dimensions, comme par l'opulence de sa décoration, est le plus remarquable de tous les portails de l'Italie méridionale (Pl. XXI). L'archivolte saillante s'élève de toute sa hauteur au-dessus du cadre rectangulaire, laissant vide un tympan semi-circulaire destiné, sans doute, à recevoir une peinture1. Les animaux qui supportent les colonnettes sont des bœufs qui s'avancent à mi-corps en dehors de la muraille, sur des consoles faites d'une tranche d'architrave antique; les cornes de ces bœufs étaient en bronze. Un sphinx à tète de femme sert d'acrotère au pignon. Au-

I. Le linteau de cette porte est une copie grossière d'un morceau d'architrave antique.

■2 Le bas-relief qu'on voit encastré au milieu de ce tympan et qui représente saint Nicolas, en costume épiscopal au milieu dune foule de figurines agenouillées, n'est pas antérieur au ivh« siècle : il parait être l'imitation d'un relief

UU XIVe.

dessus des chapiteaux et des tailloirs, couverts de feuillages épineux, passe une corniche d'oves et de denticules. De même l'intrados de l'archivolte supérieure est décoré, à l'antique, de caissons Qeuronnés. Au lias des montants, quatre hommes, disposés en manière d'Atlantes, semblent plier sous le faix. Tous les autres motifs du décor sont orien-

FlG. 201. — Portail iie San t.iovanni de brikdisi.

taux. Le long des montants et de l'archivolte, qui sont décorés sur la face interne (fig. 202), comme sur la face externe, reparaissent d'abord les figurines du portail de San Giovanni de Brindisi. à commencer par le lion et l'éléphanl qui supportent l'échafaudage des rinceaux. Des couples de gladiateurs, qui combattent avec un bâton et une targe ronde, rappellent les reliefs des coffrets profanes d'origine byzantine1, sur lesquels ont été copiées,

1. Cf. un coffret dn musée de ['Ermitage (Schluhbbrgbr, VÉpopée byzantine. II, p. 348) et les coffrets byzantins de Cranenbarg et de XariteD (Aus'u Wbrth, Kunstdenkmàler in dm Rhcinlândern, mm, pl. VI, fig. s ; pl. XVII. fiy. 2 et 26. A

jusqu'au xn" siècle, les images des jeux du cirque popularisées autrefois par les diptyques consulaires. Parmi la foule des animaux et des oiseaux est un singe, campé sur la bosse d'un chameau. Au sommet de l'archivolte supérieure se détache la silhouette d'un basileus, conduisant un quadrige dont les chevaux se cabrent, à droite et à gauche du char: c'est un motif souvent reproduit sur les soieries byzantines. Le décor végétal est byzantin comme le décor d'animaux et de figures humaines : les fleurons des rinceaux sont identiques à ceux des portails de Salerne et de Troja. Le cadre du portail est couvert de feuillages secs, sur lesquels se relèvent en bosse, de loin en loin, des demi-boules ciselées et repercées, pareilles à un umbo de bouclier; c'est un des motifs de décoration les plus familiers à l'art byzantin : on le trouve en Grèce et en Orient sur le marbre des iconostases, le bois des portes ouvragées, l'argent et l'or des cadres d'icones1.

A côté de ce décor profane apparaissent deux archanges inclinés, qui occupent les éeoinçonsdu portail. Vêtus à l'antique, ils présentent sur un voile le globe qui est l'insigne de leur puissance impériale. Leurs ailes sont ingénieusement disposées, comme elles le seraient dans les coins d'une reliure d'Évangéliaire, pour remplir les angles du cadre2. Ces images saintes, dont la présence dans un décor île marbre sculpté semble au premier abord en contradiction avec les habitudes de l'art chrétien d'Orient, sonl précisément, de toutes les ligures représentées sur h' portail de Saint-Nicolas de lia ri, les plus «byzantines», non seulement par le style de leurs draperies, mais encore par la place même qu'ils occupent. Le sculpteur apulien imitait un modèle oriental dont un exemplaire unique est conservé à Consfantinople. Dans les écoinçons d'une archivolte de marbre qui a été sculptée à la fin du xm" siècle, pour l'église de la Vierge, devenue sous les Turcs la Kahrié-Djami, deux demi-figures d'anges se font face, comme à Bari, à droite et à gauche d'un buste du Christ Pantocrator •'.

Dans le détail de l'exécution, h' sculpteur du portail de Saint-Nicolas montre une maîtrise pareille à celle de Barisanus. Il est probable que ce portail est contemporain des portes de bronze de Tram, et qu'il fut encastré dans la façade vers la fin du xne siècle, au moment où l'église de Saint-Nicolas fut élargie extérieurement par la construction des contreforts latéraux et allongée par l'addition de deux tours de chevet. En effet la décoration du grand portail de Saint-Nicolas offre la plus étroite ressemblance avec les sculptures qui entourent la grande fenêtre ouverte dans le chevet de la cathédrale de Pari, après 11784.

Venise comme en Pouille les ivoires représentant des combats et des chasses ont été imités, par les marbriers, sur des médaillons dont quelques-uns sont encore en place dans le revêtement de Saint-Marc et de quelques façades de palais.

1. Iconostases d'Apidia et de Vrestena, dans le Péloponnèse (Col!, byz. de l'licole des Hautes Etudes ; phot. Laurent); porte de l'église de Diocbiariu (xvi« siècle), au Mont-Alhos (Bhocbhaus, Die Kunst in den Athos Wstern, p. 251, n. 1, et pl. XXIX) ; encadrement d'une icône de saint Georges en stéatite, et cadre en argent doré d'une mosaïque portative représentant la Vierge, au monastère de Vatopédi (Schlumbebgeh, Basile II, p. 273 ; Konoaeoff, Monum. de l'art chrétien à l'Athos, p. 204, fig. 81, pl. XII).

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