‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 26 sur 433 · M» de Vogué, la Syrie centrale, II, pl. CXXIX et CXLV · texte numérisé non relu

M» de Vogué, la Syrie centrale, II, pl. CXXIX et CXLV

7. Ballu, le Monastère byzantin de Tébessa, Paris, 1897, in-f°.

8. Cf. Mohmert, Die licitiije Grabeskirche, 1899; — StbzïGOWSKT, Orient oder Rom, 1900, p. 136 et suiv.

9. QuicoBKAT, Mélanges d'archéologie et d'Iiist.; Arch. du moyen âge, p. 66.

dont elle vivait pieusement séparée. La singulière ressemblance des constructions de Nola et de Tours ne peut s'expliquer que par l'imitation d'un modèle commun. Ce modèle, selon toute vraisemblance, a été donné aux architectes par les souvenirs des pèlerins qui revenaient de Palestine'. La ville sainte de la Campanie et l'église de Gaule qui attirait de toutes parts des visiteurs et des dévots ont sans doute offert aux fidèles une image lointaine di1 Jérusalem.

Tandis que Paulin élevait aux portes de Nola tout un ensemble d'églises, l'évèquo Sévère (363-409) avait entrepris à Naples des constructions importantes. Sur les quatre basiliques (ondées par cet évêque, une seule peut être étudiée d'après un fragment important de l'édifiée du Ve siècle. C'est la basilique du Sauveur, ('levée à peu de distance de l'ancienne cathédrale (Santa Restituta) et orientée dans le même sens; l'église, après avoir longtemps porté le nom de Severiana, en mémoire de son fondateur, a pris et gardé celui de San Giorgio Maggiore. On voyait encore, au milieu du xvi" siècle, presque tout l'édifice ancien : le porche, île petites dimensions, la nef avec ses vingt colonnes de marbre, le transept avec douze autres colonnes d'albâtre et de marbre africain2. L'église fut rebâtie au cours du xvn" siècle : il ne subsista delà construction de Sévère que l'abside, qui fut retrouvée en 1880 sous les plâtras, et à laquelle, de Rossi consacra aussitôt une étude magistrale.

C'est une abside à joui', semblable à celle de la basilique neuve de Nola, décrite par saint Paulin. La paroi est bâtie par lits alternés de pierres d'appareil et de briques plaies, suivant la pratique usitée par les architectes romains des derniers temps de l'Empire et adoptée par les architectes byzantins : deux colonnes de granit oriental sont encore debout, aux retombées des trois archivoltes. Les chapiteaux qui surmontent ces colonnes ont été pris â des monuments romains ; mais les tailloirs, exécutés pour la construction de Sévère, sont d'épais coussinets, de modèle byzantin, les plus anciens que l'on connaisse en Italie. Le, monogramme réservé en relief sur le bloc massif offre lui-même, avec son P en forme de R latin, une particularité qui ne se rencontre ni à Rome, ni dans l'Italie centrale, el qui n'a pénétré dans la Lombardie qu'après le vi* siècle, par le canal de Ravenne. Les seuls exemples d'un tel monogramme, qui remontent aux premières années du va siècle, sont tous en Crèce et en Syrie. Cette simple boucle, ajoutée a une lettre, a paru â de Rossi une marque d'origine assez nette pour que lui-même ait conclu: « Peut-être Sévère a-t-il employé un architecte appartenant à la même école que ceux de la Syrie et de l'Empire d'Orient3. »

1. Le sanctuaire primitif de Saint-Martin de Tours a pu être considéré comme une imitation de YAnastasis de Jérusalem ( Dehio et Bezold, die Kirchl. Baukunst des Abendlandes, I, p. 208).

2. Voir le résumé de la visite pastorale du cardinal Francesco Carafa (1542), publié par H. Capasso (l'Abside deir antica basilica di S. Gior/jio Mar/giore, Rclazione délia Commissione per la conservazionc dei monwnenti, Naples, 1881, p. 18-21). I.e passage relatif au transept reste fort obscur: « Nella crociera... erano altre 12 colonne, sei délie quali dividevano l'abside e la navi délia crociera, ed erano di diametro e di allez/a maggiore délie altre. >•

3. L'Abside dell' antica basilica. etc., p. 36 ; — Boll. di Arch. crist., 1880, p. 156-157, pl. XXI ; reprod. par Kraus, Gesch. der L'hristl. Ktuist, I, p. 30.3, fig. 241. C'est un fait remarquable que la diffusion en Gaule de ce monogramme oriental, si rare

A quelques pas de la grande église baroque de San Giorgio Maggiore, où se trouve murée l'abside de la basilica Severiana, on peut voir, à Naples, un second monument du v- siècle, le baptistère de la primitive cathédrale. C'est un modeste édifice de plan carré, surmonté d'une coupole hémisphérique qui repose sur quatre trompes d'angles, voûtées on cul-de-four. Il s'élève contre l'abside de Santa Restituta et n'est séparé de la nef latérale de l'église que par une paroi '. La date de ce baptistère a été pendant longtemps un sujet de discussion. En effet, la chronique des évêques de Naples et son appendice, rédigés au i\e siècle, cl qui oui l'autorité d'un Liber Pontificalis, relatent la construction de deux baptistères : le plus grand, élevé à la fin du ve siècle par l'évêque Soter ; le plus petit, élevé par l'évêque Vincent, après 550 5 . La plupart dos érudits napolitains imaginèrent que le baptistère actuel était le plus petit; ils le placèrent en conséquence au vic siècle; d'autres négligèrent le témoignage de la chronique pour accepter celui d'une inscription italienne qui attribue la fondation de « cette chapelle » à Constantin lui-même. M. Mùntz, après avoir étudié les mosaïques conservées sur les parois du baptistère, attribua l'édifiée au ve siècle, et reconnut en lui le « grand « baptistère de l'évêque Soter". Aux considérations exposées par le savant historien doit s'ajouter une observation topographique, qui est décisive. Le baptistère actuel était, comme l'indique la place qu'il occupe à l'abside de Santa Restituta, le baptistère de la première cathédrale. L'autre baptistère fut destiné à desservir la seconde cathédrale, la Stephcmia., fondée, près de vingt ans après la mort de Soter, par le second de ses successeurs.

Le baptistère napolitain, négligé par tous les historiens de l'architecture, est peut-être la plus remarquable construction du v* siècle qui subsiste en Italie. Qu'on le compare, en effet, au grand baptistère de Nocera dei Pagani, si souvent dessiné1. Ici nous trouvons une calotte posée directement sur un cylindre et épaulée par la voûte annulaire du pourtour : la grande rotonde, bâtie près de la route qui conduit de Naples à Salerne, n'a rien qui diffère, de constructions romaines, comme le mausolée de Sainte-Constance et le baptistère du Latran. Au contraire, le baptistère de Naples, contemporain de la chapelle funéraire de Galla Placidia, à Ravenne, est, en Italie, l'un des plus anciens exemples d'une coupole sur plan carré; il est, dans le monde, le premier édifice chrétien où le passage de la coupole au carré du plan soit ménagé au moyen des trompes d'angle, qui sont l'élément le plus caractéristique de l'architecture sassanide5. Le procédé persan se répandit dans les

en Italie, De Hossi pense que le monogramme îi P latin aura été introduit à Trêves par des architectes envoyés d'Orient pour bâtir le palais impérial de cette ville (Bull., p. 160). Il faut retenir celle hypothèse du célèbre historien, qui tend à représenter Trêves comme un centre d'art byzantin, qui aurait joué pour les Gaules le rôle d'intermédiaire que Ravenne joua pour l'Italie.

1. La vasque autrefois encastrée dans le pavement en menue mosaïque de ce baptistère était un énorme canthare de porphyre, orné de motifs bachiques. Celte vasque a été transportée, en 1621, dans la cathédrale angevine, où elle sert encore aux baptêmes.

2. Mo». Germ. Bkt. (Script, rer. ital. et long.), p. 412 et 437.

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