‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 265 sur 433 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les commencements d'un art local dans les pays de montagnes.

I. i<" comté île Molixe. — Les deux basiliques de Santa Maria di Canneto et de Santa Maria délia Strada. Leur date probable. Étrange sauvagerie de leurs sculptures.

n. /.'/ Basilieate. — Le mont Voiture, centre géographique de l'Italie méridionale et centre historique de l'épopée normande. Melli, première capitale des conquérants : ses monuments. — Campanile de la cathédrale de Melli, fondation royale et municipale (1153); l'architecte Noslo; incrustations polychromes analogues à celles de la Sicile ; exemples antérieurs de cette décoration près de Melti ; la lave du Mont Voilure. — Église de Santa l.ueia à Hapolla : ses deux coupoles; son plan, qui réunit les plans des deux églises grecques. — Petites églises de la légion de Voilure. — Portes du xli" et duxm" siècle conservées à .Melli. — Maître Sarlo de Muro; monuments qu'il a signés ; architecture, mosaïques de lave et sculpture. L'église de Santa Maria di Perno (U89-H97). Le campanile de la cathédrale de Rapolla(t209) et ses reliefs grossiers. — Les monuments épars dans la basse Basilieate; portes d'églises à Harsico Nuovo. La cathédrale d'Anglona : sculptures enfantines; plan basilical; détails d'architecture imités des églises basiliennes.

Tandis que l'Apulie s'élevait à l'apogée de son développement artistique et. que les ateliers campaniens adoptaient les créations ingénieuses île l'école panormitaine, un art local avait commencé à sortir de l'ombre dans les pays de montagnes. Dans ces régions d'accès difficile, au milieu desquelles une population rude el pauvre se trouvai! dispersée en groupes peu nombreux, les œuvres destinées à la parure de la vie collective n'avaient été longtemps connues que par les communautés de moines. L'art qui s'était formé, soit dans les lointains monastères d'Orient, soit au Mont-Cassin ou dans les monastères «le Campanie, parvenait, amoindri et altéré, au fond de quelque vallon habité par des Basiliens ou fies Bénédictins, et y restait confiné. Cependant, à partir des dernières années du xi" siècle, les régions les plus étroitement fermées au commerce et à la civilisation donnent naissance à des architectes et à des sculpteurs. Les écoles qui se forment loin des plaines et des ports font des progrès différents, selon la région ; les unes ne sortent pas de l'enfance avant la fin du xms siècle; d'autres deviennent, dès le xii", aussi fécondes et aussi originales que les écoles de Campanie et d'Apulie.

Entre toutes les régions montagneuses de l'Italie méridionale, le comté de Molise était, vers lti lin du xus siècle, la plus retardataire. Dans ce pays d'immenses forêts, où les Bénédictins n'avaient fait aucun établissement considérable et où les grandes voies ne

pénétraient pas, on n'a pu découvrir que deux monuments antérieurs au xive siècle. Ce sont encore des églises de monastères, isolées à quelque dislance de bourgs qui occupent les crêtes. L'une, Santa Maria di Cannclo, s'élève non loin de Montefalcone del Sannio, au bord du fleuve Trigno, dont le large lit est pierreux et aride comme un désert. L'autre église, appelée Santa Maria délia Strada, est bâtie sur un plateau dénudé, à 2 kilomètres do la petite ville de Matrice'. Ces deux églises sont de petites basiliques à trois nefs, séparées par des piliers trapus-; chacune d'elles est flanquée d'un campanile carré, qui se dresse à côté de l'édifice, comme une tour de vigie3. Un chaos de croupes autrefois couvertes de forets sépare les deux édifices : pourtant ils se ressemblent si étroitement par

leur architecture et leur décoration qu'on doit les considérer comme l'œuvre d'un même artiste indigène.

Cet inconnu a employé adroitement à la construction de Santa Maria délia Strada des blocs antiques, amenés de ruines assez éloignées, celles de Fagifuliei ; il les a superposés de manière à faire alterner de hautes assises et d'étroits bandeaux de pierres. Quand il s'est agi d'orner des édifices d'architecture décente, le sculpteur a fait preuve d'une maladresse d'enfant. Les chapiteaux de Santa Maria di Cannclo sont des prismes irréguliers, creusés de stries qui dessinent vaguement des volutes; au portail, les feuilles de figuier ébauchées sur les chapiteaux des pilastres et les pampres qui courent sur l'archivolte sont plats et mous comme les plus grossières sculptures du vnf siècle; le tympan est couvert de tètes humaines et de figures d'animaux, découpées en silhouette : un Agneau de Dieu, avec sa croix sur l'épaule, semble tomber sur un lion ailé, que ses jambes flasques et flottantes no peuvent soutenir. Des figures non moins sommaires couvrent, sur la façade de Santa Maria délia Strada, le couronnement du portail et le tympan des deux arcades. Dans le fronton triangulaire, un homme est assis sur un animal; des oiseaux se penchent vers lui. En dehors de ce groupe inintelligible, les sculptures de la façade no

FlG. 22b. —

Page 1